Les Grenades

L’Afropolitan Festival visibilise les talents féminins

© Caroline Lessire

Pour cette cinquième édition de l’Afropolitan Festival, qui aura lieu du 26 au 29 mai prochain, le thème sera "Women Power". Cinéastes, créatrices, autrices, activistes et artistes belges africaines et afrodescendantes se retrouvent le temps d’un week-end pour partager avec le public leurs créations et leurs combats antiracistes et féministes.

Siré Kaba, fondatrice et designer d’Erratum Fashion, est à l’initiative du NAW (New African Waves) pop-up fashion qui réunit douze créateurs de mode lors du festival, dont dix femmes, à partir du 27 mai. "Ce ne sont pas juste des vêtements et de la mode, on porte aussi un message."

C’est la troisième fois que NAW est convié au festival Afropolitan. Et promouvoir le travail des femmes est une évidence pour Siré Kaba. "Dans les sociétés africaines, la femme est le pilier de la famille. On se rend compte en fait du pouvoir qu’elles ont toujours porté. Et les festivals féminins font bouger les choses et permettent enfin de mettre leur travail en avant."

Déficit de représentation

Lorsqu’elle a fondé Erratum Fashion, le projet de base de Siré Kaba était de participer à la société, en tant que femme, mère et citoyenne. Elle s’est aussi rendu compte du manque de représentation des personnes africaines et afrodescendantes. Même si beaucoup de personnes de nationalités différentes vivent à Bruxelles, "elles ne se mélangent pas forcément."

La culture pourrait permettre, selon elle, de faire de la capitale de l’Europe, un réel spot multiculturel. "Pour créer un monde plus varié, il faut avoir des propositions plurielles. Je pense que c’est à travers la culture qu’on va faire avancer la société. Elle permet de toucher les gens au cœur, au fond d’eux-mêmes, et c’est à ce moment-là qu’ils prendront conscience qu’il faut faire bouger les choses."

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Siré Kaba a sélectionné douze designers provenant tous de pays différents (Afrique du Sud, Algérie, Angola, Belgique, Cameroun, Congo, France, Guinée, Grande-Bretagne, Maroc, Nigéria et Portugal) pour le NAW pop-up fashion afin de montrer la pluralité et la diversité des communautés africaines. "J’ai choisi des créateurs avec des directions artistiques différentes, mais avec des points communs. Ils sont innovants, travailleurs et leurs réalisations plaisent beaucoup."

Deux ateliers seront aussi proposés lors du festival, en collaboration avec NAW. L’un animé par Twaska pour apprendre à tisser, et l’autre proposé par Aurélie Dinganga pour customiser son propre tote bag.

"Qu’est-ce que je peux raconter ?"

L’Afropolitan Festival, c’est aussi une collaboration entre créatrices d’univers différents. Le samedi 28 mai à 14h aura lieu la projection du film "The ones who keep walking" d’Amarachi Nwosu qui célèbre la créativité africaine sous toutes ses formes. La projection sera suivie d’un débat avec la réalisatrice et d’une performance de Siré Kaba.

Pour la préparer, la fondatrice d’Erratum Fashion s’est alors posé une question qui revient souvent dans son travail : "Qu’est-ce que je peux raconter ?". Elle a finalement décidé de réaliser dix silhouettes qui représentent la résilience et la puissance des femmes. Le tout, raconté par l’artiste bruxelloise MPLI.

Siré Kaba cherche toujours à porter un message au travers de la mode. Le 25 mai, cela fera deux ans que George Floyd est mort sous le genou d’un policier, aux États-Unis. Beaucoup de manifestations ont eu lieu par la suite et des mouvements antiracistes se sont crés ou ont pris plus d’importance sur la place publique. Siré Kaba s’en souvient et constate une prise de conscience. "Mais elle est individuelle. Il n’y a eu pas de réels changements structurels, tout est encore à faire. Il y a en effet une libération de la parole, mais aujourd’hui on retourne quand même à ce qu’on a toujours fait." Il semble donc important à ses yeux, voire essentiel, que les créatifs s’emparent de causes pour faire bouger les lignes de la société.

Je pense que c’est à travers la culture qu’on va faire avancer la société

Deux films, deux réalisatrices

Durant le festival, d’autres activités sont aussi proposées. "Khartoum offside", récompensé à plusieurs reprises, sera projeté le 28 mai à 17h. Le film de Marwa Zein raconte l’histoire de Soudanaises déterminées à monter une équipe de football féminine, malgré l’interdiction du gouvernement militaire islamique en place.

Ce film réalisé sur plusieurs années montre le combat de ces femmes pour être reconnues en tant qu’équipe nationale du Soudan. Elles continuent d’être marginalisées malgré les subsides qu’elles ont perçus de la FIFA, mais elles sont bien décidées à ne pas lâcher l’affaire.

Le film de la comédienne et réalisatrice Aissa Maïga, "Marcher sur l’eau", clôturera l’Afropolitan le 29 mai à 17h. Faisant partie de la sélection officielle du Festival de Cannes en 2021, ce long métrage aborde la problématique de l’eau, dans un village du Niger asséché par le réchauffement climatique. Le spectateur suit l’histoire de Houlaye, une jeune fille de 14 ans qui doit s’occuper de ses frères et sœurs parce que leurs parents sont absents. Chaque jour, elle parcourt plusieurs kilomètres pour rapporter de l’eau. Les journées sont longues et rythmées par les conséquences bien visibles du changement climatique.

Musique, danse, etc.

Dans un autre registre, la comédienne flamande Soe Nsuki proposera une parenthèse stand up, entre la performance de la danseuse et chorégraphe Jeny BSG, et celle du groupe de slameurs et slameuses "Next outspoken generation". Monique Mbeka Phoba animera aussi une masterclass sur la rumba congolaise, fraîchement reconnue au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO.

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Elle mettra en avant la place des femmes dans cette musique. Elles ont non seulement inspiré dans l’ombre de grands noms masculins de la rumba, mais aussi chantés avec beaucoup de talent, sans pour autant être mises dans la lumière. Et justement, côté musique, l’artiste ASA fera également un concert le vendredi 27, avec la Bruxelloise Oriana Ikomo en première partie.

L’artiste britannico-kényane Grace Ndiritu, accompagnée par de groupes locaux de la diaspora africaine à Bruxelles et par le public, expliquera ce que signifie une grève de femmes. À travers la méditation, l’écriture de lettres, des jeux de mots et avec des textes de la féministe italienne Silvia Frederici, les participants sont invités à prendre part à une installation textile qui reprend une image emblématique du mouvement "Women’s strike" (grève des femmes) fondé dans les années 1970. Cette performance de Grace Ndiritu fait partie de son travail "Healing the museum" dans lequel elle réactive l’espace d’art "mourant" en tant qu’espace de partage, de participation et d’éthique.

Siré Kaba insiste, ce festival "est un très beau voyage pour tous les amoureux de l’art et de la culture, à quelques arrêts de métro."


Informations pratiques

L’Afropolitan Festival aura lieu à Bozar du 26 au 29 mai 2022.


Cet article a été écrit lors d'un stage au sein de la rédaction des Grenades.

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