Santé physique

L’Agence européenne des médicaments alerte sur les risques graves liés à l’association de codéine et d’ibuprofène

L’Autorité européenne du Médicament alerte sur les risques graves liés à l’association de codéine et d’ibuprofène. Photo d’illustration.

© Getty Images

L’Agence européenne des médicaments (EMA) lance un avertissement à propos de la codéine et de l’ibuprofène lorsque ces médicaments sont associés et pris pendant des périodes prolongées à des doses supérieures aux doses recommandées. Dans ces conditions, ces molécules peuvent abîmer les reins ou endommager gravement le tube digestif, ces effets secondaires pouvant aller jusqu’à engendrer la mort. Le comité de pharmacovigilance de l’EMA recommande de modifier les informations sur ces produits en ajoutant les nouveaux risques observés.

Conclusion sans appel

L’association de codéine (dérivée de la morphine, un opioïde) et d’ibuprofène (un anti-inflammatoire) est utilisée pour traiter la douleur. Certains effets secondaires découlant de la prise de ces molécules associées étaient déjà connus comme l’accoutumance qui n’est pas le moindre. Mais d’autres observations ont été réalisées par le comité de pharmacovigilance de l’EMA. Le comité a examiné "plusieurs cas de toxicités rénales, gastro-intestinales et métaboliques qui ont été signalés en association avec des cas d’abus et de dépendance à la codéine et à l’ibuprofène, dont certains ont été mortels".

La conclusion est sans appel. Lorsqu’elle est prise à des doses supérieures aux doses recommandées ou pendant une période prolongée, la codéine associée à l’ibuprofène peut empêcher les reins "d’éliminer correctement les acides du sang dans l’urine (acidose tubulaire rénale). Un dysfonctionnement rénal peut également entraîner de très faibles taux de potassium dans le sang (hypokaliémie), ce qui peut à son tour provoquer des symptômes tels qu’une faiblesse musculaire et des étourdissements".

Et en Belgique ?

En Belgique, l’ibuprofène est en vente libre en pharmacie mais "une prescription médicale est nécessaire dès que le médicament contient de la codéine. La prescription est obligatoire pour la codéine seule ainsi que pour la codéine associée à l’ibuprofène ou au paracétamol", précise Aline De Vriese, gérante de la pharmacie Bauphar à Bierghes.

Ces molécules ont prouvé leur efficacité contre la douleur depuis des années. Le problème, c’est que "leur association peut se révéler dangereuse si elle n’est pas bien prescrite et expliquée car il y a un risque d’automédication" avertit le généraliste Paul de Munck, par ailleurs membre du GBO, le syndicat des médecins généralistes. Automédication et surdosage ne font pas bon ménage avec ces molécules.

Le danger, c’est qu’un malade lambda range sa boîte de codéine associée à l’ibuprofène dans son armoire à pharmacie après son traitement et la reprenne quelque temps plus tard alors qu’il n’a, par exemple, pas besoin de la codéine à ce moment-là ou qu’il ingurgite le médicament à des doses trop importantes. "La codéine n’est pas un médicament anodin", conclut Paul de Munck, "elle crée une accoutumance".

Pour faire simple, aujourd’hui, un médecin dispose de deux types de médicaments pour agir sur la douleur. Primo, les antidouleurs comme le paracétamol qui agissent directement sur la douleur. Secundo, les anti-inflammatoires comme l’ibuprofène qui eux agissent sur l’une des causes de la douleur c’est-à-dire l’inflammation. Ces molécules peuvent être dosées, prises séparément ou associées.

À cela s’ajoute la codéine qui, à certaines doses, a une action analgésique. Pour la petite histoire, la codéine a souvent été utilisée pour stopper la toux. Beaucoup de sirops en proposaient… ce qui a suscité en son temps une polémique en raison de l’accoutumance qu’elle provoque.

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