Santé physique

L’allergie à l’eau : existe-t-elle vraiment et comment se manifeste-t-elle ?

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Certaines personnes éprouvent des réactions allergiques au contact de l’eau. Est-ce que cela vient de la molécule elle-même ou y a-t-il d’autres raisons ? Le point avec le Dr Xavier Van der Brempt, pneumo-allergologue à Marche-en-Famenne et à la Clinique St-Luc à Bouge, dans l'émission "La Grande Forme".

L’hydroallergie est communément assimilée à l’urticaire aquagénique et au prurit aquagénique. Techniquement, la maladie n’est pas une allergie car elle n’est - probablement - pas causée par une réaction à un corps étranger

C'est une affection rare de la peau, qui ressemble à une urticaire classique et qui est liée à un contact ± prolongé avec l'eau. On la classe dans les urticaires chroniques "inductibles", donc celles que l'on peut provoquer - comme l'urticaire au froid ou l'urticaire à la pression. Les petits boutons se localisent sur les zones qui ont été en contact avec de l'eau, quelle que soit sa température, mais elles peuvent rester très localisées - pas sur toute la zone exposée à l'eau - explique le Dr Xavier Van der Brempt, pneumo-allergologue à Marche-en-Famenne et à la Clinique St-Luc à Bouge

Différents types d'allergie à l'eau

  • L’urticaire aquagénique : c'est une forme rare de réaction de la peau au contact de l’eau. Mais ce n’est pas la réaction à la molécule d’eau qui crée la réaction violente, certains scientifiques pensent que ce seraient des minéraux, des molécules organiques, des microorganismes ou encore la fraîcheur de l’eau qui pourraient être en cause… De nombreuses hypothèses qui sont toujours à l’étude.
  • Le prurit aquagénique : ce sont des démangeaisons cutanées liées au contact avec l'eau, mais sans les lésions habituelles de l'urticaire. C'est donc un diagnostic subjectif, et c'est une entité peu claire, qui peut apparaître puis disparaître en quelques mois ou quelques années. 

Quand on parle d’allergie à l’eau, c’est surtout à l’urticaire aquagénique que l’on fait référence. Cette affliction est extrêmement rare, selon un rapport de 2011, il y aurait moins de 100 cas d’urticaire aquagénique rapportés dans la littérature médicale.

La libération des protéines histaminiques inflammatoires peut provoquer des démangeaisons et des éruptions cutanées douloureuses, de l’urticaire et des cloques remplies de pus et aller jusqu’à la fermeture des voies respiratoires. Une fois le corps séché et toute l’eau enlevée, les symptômes disparaissent habituellement au bout d’une heure.

Selon des études, la réaction est déclenchée par contact cutané uniquement (l’eau à l’intérieur du corps n’a aucun impact sur "l’allergie") et se produit quelles que soient la température, la pureté ou la teneur en sel de l’eau en cause.

Quelles seraient les causes de cette maladie ?

Il existe plusieurs théories mais aucune n’a encore pu être prouvée et donner une réponse unanime à l’allergie à l’eau.

Tout d’abord, certains scientifiques pensent que la réaction se fait uniquement avec la couche supérieure de l’épiderme, composée de cellules de peau morte et du sébum maintenant la peau "humide". Ces deux éléments pourraient réagir de manière violente en entrant en contact avec les molécules d’eau et libérer des toxines qui entraîneraient l’urticaire.

Une autre hypothèse serait que l’eau dissout cette première couche de protection de la peau et entraînerait avec elle les toxines qui créeraient l’urticaire. Une étude a d’ailleurs été publiée sur le sujet et les recherches continuent.

Facteurs de risque 

  • Ce sont plus souvent des femmes (60%), jeunes, mais il y a aussi des enfants, des ados mais peu de personnes âgées ;
  • L'âge moyen de début est vers la vingtaine ;
  • Il existe quelques cas de formes familiales, "héréditaires".

Conséquences au quotidien ?

Comme pour toute personne allergique, les antihistaminiques peuvent aider. Seulement, dans le cas de l’allergie à l’eau, ils ne permettent pas une réaction positive à chaque fois. Les scientifiques ne savent pas pourquoi certaines personnes réagissent plus ou moins ni pourquoi certaines situations répondent ou pas à la médication.

Un autre médicament existe, l’omalizumab, qui a eu de bonnes réactions lors de quelques tests cliniques mais son prix, et le fait que l’efficacité du médicament (au départ créé contre l’asthme) spécifiquement contre l’urticaire n’a pas encore été démontrée dans un essai clinique à grande échelle. Tout cela n’en fait pas une solution viable.

Sur Tiktok, une dame allergique à l’eau a partagé des vidéos de son quotidien et notamment de comment elle "prend une douche". Niah Selway, 23 ans souffre de prurit aquagénique et doit adapter l’ensemble de sa vie à cette maladie.

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"Avec une allergie à l’eau, se laver est vraiment difficile. Je commence par prendre ma tension artérielle et ma température, puis je sélectionne mes produits spéciaux pour la peau sensible", explique-t-elle.

"Je prends cette brosse sèche et la frotte sur ma peau pour exfolier et éliminer une partie de la peau morte qui s’accumule sur ma peau. Ensuite, je vais sous la douche – cela prend généralement environ 5 à 10 minutes avant que la douleur ne commence, mais une fois que c’est le cas, elle peut durer jusqu’à trois heures après le premier contact avec l’eau. Quand je sors de la douche, je souffre beaucoup", poursuit Niah.

Cette maladie ne touchant pas beaucoup de personnes sur Terre, les recherches ne sont pas nombreuses et les difficultés à vivre dont souffrent les personnes malades ne peuvent qu'être minimisées avec les moyens existants.

Retrouvez "La Grande Forme" en direct du lundi au vendredi de 13h à 14h30 sur VivaCité. Vous avez manqué l’émission ? Nous vous invitons à la revoir sur Auvio ainsi que sur différentes plateformes de Podcast.

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