L'agenda Ciné

Las Bestias : L'homme est un loup pour l'homme

26 juil. 2022 à 04:00Temps de lecture3 min
Par L'Agenda Ciné

Olga et Antoine, un couple de quinquagénaires français, ont posé leurs valises en Espagne, dans un village reculé de cette Galice montagnarde et sauvage pour laquelle ils ont eu un véritable coup de cœur. Loin d’être une toquade, et après avoir pas mal bourlingué, ce choix de quitter leur famille, leurs amis, la ville et leur boulot respectif pour s’installer dans cette ferme répondait à une aspiration profonde qu’ils avaient d’une vie plus authentique et plus proche de la terre.

À l’épreuve de ce quotidien désormais partagé entre leur petite exploitation, la vente de leurs produits bios sur le marché local et la restauration de vieilles bergeries à l’abandon dans l’espoir de redynamiser et de redonner vie à cette région de plus en plus désertée, ils ne regrettent rien. Et cela d’autant plus que des liens sincères se sont tissés avec quelques locaux dont ils apprécient la simplicité et l’hospitalité.

Tout irait pour le mieux s’ils n’avaient pas provoqué l’animosité de certains villageois et surtout de leurs plus proches voisins, Xan et son frère Lorenzo, légèrement handicapé, après qu’ils ont signé une pétition contre l’installation rémunératrice d’éoliennes dans le secteur.

Les relations entre eux vont alors progressivement et sérieusement s’envenimer jusqu’à l’irréparable…

Un film à ne pas manquer !

Écriture renversante de finesse et de puissance qui plus que jamais s’affirme dans ce récit orchestré avec maestria en deux temps. Intelligence du propos qui raconte et interroge sur fond de querelle de voisinage deux visions du monde diamétralement opposées et inconciliables, notre rapport à l’autre, l’économie, l’écologie et la réalité du monde rural, la xénophobie et l’ostracisme tout autant que le féminin et le masculin. Plans-séquence magistraux, dont celui particulièrement percutant au centre du film. Mise en scène au cordeau qui distille avec une incroyable économie d’effets une tension constante et diffuse, jusqu’à devenir suffocante. Interprétation hors pair de Marina Foïs, Denis Ménochet, et Marie Colomb côté français, et de Luis Zahera, Diego Anido côté espagnol…

Las Bestias c’est tout ça à la fois et plus encore, car caché derrière ce thriller implacable façon western rural se cache une étonnante et bouleversante histoire d’amour !

Copyright Lucia Faraig

Pour l’Agenda Ciné Rodrigo Sorogoyen nous en dit plus sur Las Bestias et sur son cinéma.

Quelle fut votre inspiration pour Las Bestias ?

C’est un fait divers de 2010 que nous avions lu en 2014 dans un journal et qui prenait place dans cette même région de la Galice. Nous avons commencé à écrire en 2015 et ça devait être notre premier film. Mais les circonstances, les choses de la vie ont fait que notre film s’est fait en 2021… ce qui est mieux, car nous avons pris de l’âge !

Vos films sont autant de portraits de mères… le cas encore dans Las Bestias

C’est une figure qui m’intéresse… un mérite que je dois également à ma co-scénariste Isabel Peña. Nous sommes tous les deux, enfant unique. On a donc une relation avec nos parents, et plus particulièrement avec notre mère, très spéciale !

Copyright Lucia Faraig

Est-ce que vous et votre co-scénariste voyez un fil rouge qui relierait vos films, pourtant très différents les uns des autres ?

Oui… avec tous les entretiens que je fais avec vos confrères et vos consœurs ! Grâce à vous je commence à me connaître un peu !

Je pense que le fil rouge c’est d’essayer de comprendre l’attitude de quelques êtres humains qui apparaît comme répréhensible, négative, voire horrible.

À partir de ce même fait divers, un autre réalisateur aurait pu en faire un thriller, et ne s’attacher qu’aux hommes de cette histoire. Nous, nous voulions faire un film sur l’après, ce qui advient ensuite. Et après, il y a une femme, une étrangère, qui a vécu des choses horribles et qui fait le choix de rester habiter là. C’est ce que nous n’avons pas compris quand on a lu ce fait divers, mais que nous avons essayé de comprendre en écrivant, en habitant, et en travaillant le film.

C’est ce que nous avions déjà fait sur la série Antidisturbios.

La vie n’est pas simple, elle n’est pas facile, elle est toujours complexe… ce que nous montrons toujours dans nos films.

Une caractéristique de votre cinéma est cette façon que vous avez de rendre les choses inconfortables, de nous mettre mal à l’aise, et cela avec très peu d’effets.

Un autre fil rouge ! Il y a l’éthique que je vous exposais et puis l’esthétique.

J’adore provoquer des émotions chez le spectateur… ce qui est génial pour un réalisateur !

Je ne m’explique pas cette façon de créer le malaise, car j’ai une vie géniale, j’ai aussi eu une enfance géniale et je pense que je suis quelqu’un d’équilibré … c’est peut-être que je m’ennuie ?! (rires)

Mais très vite et très jeune, j’ai découvert Michael Haneke… ça vient peut-être de là ?! 

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