Cinéma

L’assassin habite au 21... depuis 80 ans !

Pierre Fresnay est le curé et le commissaire de ce thriller

© (Continental Film)

Le premier film du réalisateur Henri-Georges Clouzot est sorti en salles le 7 août 1942. Revoyez-le aujourd’hui, il est toujours aussi moderne !

J’adore le brouillard ! On y trouve de tout : des femmes en détresse, des fantômes et des fous. L’aventure, l’amour et la mort…

Ces quelques mots issus de "L’assassin habite au 21", le polar écrit par le belge Stanislas-André Steeman (et publié en 1939), sont merveilleusement bien retranscrits à l’écran dans le film au titre éponyme, le premier en tant que réalisateur pour Henri-Georges Clouzot (connu comme scénariste et dialoguiste). Un film noir, sombre, léger, drôle, antifasciste (il sort en pleine Seconde guerre mondiale) et terriblement moderne. Inventif aussi… surtout avec son premier plan, réalisé en vue subjective, à travers lequel les spectateurs prennent la place de l’assassin de cette histoire, lui qui habite au numéro 21…

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Mais reprenons tout depuis le début avec le pitch du film. Nous sommes à Paris (alors que dans le livre de Steeman, nous sommes à Londres), en pleine occupation. Monsieur Durand est un tueur en série qui terrorise la capitale française en signant ses crimes d’une carte de visite qu’il dépose à chaque fois sur les corps de ses victimes. Un soir, un clochard est arrêté pour avoir troublé l’ordre public. Dans la poche de son veston, la police découvre un lot de cartes de visite. Des cartes portant la signature du tueur. Le SDF raconte alors qu’il a volé cette veste dans une pension (Les Mimosas) située au numéro 21 de la rue Junot (à Montmartre). Une pension tenue par Madame Point. Ah bon, elle n’a pas de prénom (réplique culte d’un autre temps) ? Le commissaire Wens (pour Wenceslas Vorobeïtchik) décide alors d’y loger quelques jours pour enfin mettre la main sur cet assassin…

Le commissaire Wens enquête
Le commissaire Wens enquête (Continental Film)

Dans cette pension, Wens côtoie des personnages tous aussi étranges les uns que les autres. Ce n’est pas compliqué, ils et elles ont tous et toutes une tête de coupable et surtout quelque chose à cacher. Se met alors en place une nouvelle forme de Cluedo, sans Colonel Moutarde ni Mademoiselle Rose mais avec, en vrac, un petit artisan, une romancière qui n’a toujours pas été publiée, un boiteux et un drôle de fakir. Tous ces personnages permettent surtout à Clouzot de se moquer, de critiquer, de fustiger toutes nos mesquineries, nos travers et autres vilains petits défauts. Il s’en amuse dans une atmosphère tendue et sombre (ce brouillard oppressant), dans cette enquête efficace à la Agatha Christie, dans ce drame psychologique à la Georges Simenon (des contemporains de Steeman), dans ce thriller à la Alfred Hitchcock.

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L’autre réussite de ce film reste son casting. Dans le rôle du commissaire Wens, nous retrouvons le grand Pierre Fresnay. Vu et adoré dans "La grande illusion" et dans "Marius" (c’est lui le Marius), "Fanny" et "César" (la trilogie inspirée de l’œuvre de Marcel Pagnol), il sera encore plus tard le docteur Rémy Germain dans "Le corbeau", encore de Clouzot. En attendant, ici, dans cet "Assassin…", comme toujours, il étale tout son talent, sa classe, son élégance et son charme. Même si, parfois, il cabotine un peu, mais qu’importe. En face de lui, pour lui donner la réplique, il y a encore Suzy Delair, le rayon de soleil de ce film en noir et blanc. Sans oublier Noël Roquevert, Pierre Larquey et Jean Tissier, des gueules de cinéma, des noms un peu oubliés mais importants du 7e Art français.

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