L’Association biélorusse des journalistes primée à Bruxelles: "Nous devons préserver le journalisme indépendant"

Barys Haretski (à droite), président adjoint de l'Association des journalistes de Biélorussie, a reçu le titre honorifique pour la liberté d'expression de l'ULB et de la VUB.

© Difference Day 2022

Décerné à l'occasion de la Journée internationale de la liberté de la presse ce 3 mai, lPrix mondial de la liberté de la presse de l'Unesco a été décerné cette année à l’Association des journalistes de Biélorussie (BAJ), une des plus importantes ONG de Biélorussie reconnue pour avoir sauvé plusieurs médias de la répression du président Loukachenko (également Prix Sakharov en 2004).

Son président adjoint, Barys Haretski, est actuellement en Belgique où il a reçu, au nom de l'association, le titre honorifique pour la liberté d'expression de l'Université Libre de Bruxelles (ULB et VUB) remis lors du gala "Difference Day 2022".

"Nous aidons les journalistes biélorusses depuis 26 ans, ce que les autorités n'aiment pas du tout"

Barys Haretski a quitté son pays l'été dernier, après la dissolution de l'Association biélorusse des journalistes décidée par la justice. Depuis, le collectif fondé en 1995, soit un an après l'arrivée au pouvoir de Alexandre Loukachenko, continue de travailler en faveur de la liberté d'expression et l'indépendance journalistique en Biélorussie, mais depuis l'étranger.

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En Biélorussie, l'an dernier, des centaines d'organisations de la société civile et ONG ont été fermées", explique-t-il, "et notre organisation était en première ligne, parce que nous aidons les journalistes biélorusses depuis 26 ans, ce que les autorités n'aiment pas du tout, plus particulièrement depuis ces deux dernières années" (et la réelection du président biélorusse en 2020, Ndlr).

Durant ces deux ans, la BAJ a enregistré environ 1 000 cas de détentions arbitraires, de passages à tabac, d'arrestations, d'amendes et de poursuites pénales visant des journalistes en Biélorussie. 26 représentants de médias y sont actuellement derrière les barreaux. Beaucoup ont été contraints de cesser de publier ou de fuir le pays pour travailler en exil, principalement depuis la Lituanie, la Pologne, la Georgie ou l'Ukraine.

De Minsk à Kiev, de Kiev à Vilnius

Depuis qu'il a quitté Minsk, Barys Haretski vivait à Kiev. "L'Ukraine était le plus pays le plus proche et facile à rejoindre pour travailler et vivre", explique-t-il... jusqu'à l'invasion russe le 24 février dernier, qui l'a forcé à quitter la capitale ukrainienne pour la Lituanie. C'est depuis ce pays qu'opère l'Association des journalistes de Biélorussie désormais. 

Ce qui ne l'empêche pas de continuer à aider quotidiennement les journalistes professionnels biélorusses et, désormais aussi, les collègues ukrainiens: "Nous avons une communauté d'une centaine de journalistes en Ukraine, un pays que nous connaissons bien et avec lequel nous avons renforcé nos liens", affirme le Biélorusse.

"Nous avons réussi à préserver notre secteur médiatique, même depuis l'étranger, alors que le président Loukachenko a voulu le détruire"

Dans son discours prononcé lors du gala "Difference Day" à BruxellesBarys Haretski a aussi réaffirmé la mission de la BAP: "transmettre des informations véridiques à la société et élargir l'espace de liberté d'expression dans le pays". Il espère que le titre honorifique pour la liberté d'expression qui vient de lui être décerné contribuera à sensibiliser le monde à la situation délétère des médias en Biélorussie. Le pays vient d'ailleurs de passer dans la liste rouge du classement annuel de Reporters Sans Frontières (à la 153ème place sur 180).

Après le prix mondial de la liberté de la presse, "c'est un tel honneur", déclare-t-il avec fierté. "Nous avons réussi à préserver notre secteur médiatique, même depuis l'étranger, alors que le président Loukachenko a voulu le détruire. Le pouvoir biélorusse veut faire disparaître le journalisme indépendant dans notre région. Notre devoir est de le préserver", conclut Barys Haretski.

Le titre honorifique pour la liberté d'expression de l'Université libre de Bruxelles et la Vrije Universiteit Brussel a aussi été décerné à The Fix, une organisation internationale par et pour les journalistes, qui, depuis le début de la guerre en Ukraine, est à la base d'un consortium d'assistance aux collègues journalistes en Ukraine.

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