Laurence Vielle

Laurence Vielle lit "Marie-Lou-Le-Monde" de Marie Testu

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24 déc. 2021 à 14:46Temps de lecture2 min
Par Laurence Vielle

Laurence Vielle lit "Marie-Lou-Le-Monde" de Marie Testu.

 

Tout commence et tout finit par / Marie-Lou

Marie-Lou est née en / Avril c’est le mois / Où les murs de la rue d’Aubade/ Explosent /  De chaleur

C’est le mois où elle est entrée / Dans la classe / C’est le mois où elle a fait disjoncter / Mes yeux / De leurs orbites c’est le mois où / Je me suis sentie bête car j’ai compris / Que c’était elle et qu’elle était tout / Et que tout ça / Ce n’était rien

Marie-Lou arrive toujours à la même heure /

Sa chevelure / Trop vaste pour cette école / Trop vaste / Pour les yeux fatigués

La première fois qu’elle a peuplé / Mon sang /  Elle s’est assise juste / Devant mon rang

Sur le terrain d’athlétisme / Juste pour rire elle s’était mise à / Faire la course avec moi / On était déjà copines et elle allait déjà / Toujours plus vite / Que moi / Mais je la suivais quand même

N’importe où car / N’importe où avec elle / C’est toujours mieux / Que là

Et dans les vestiaires elle chantait / A poil

Les autres filles avaient toutes / Le visage retourné / Dans le mur opposé

Elle les avait clouées / Au mur

C’était la rue d’Aubade  / Où on se réfugiait pour fumer / Quelques cigarettes pour le geste /

C’est ça, c’est / Là / Le moment premier où tout commence et tout finit / Pour moi  /

Les cheveux en arrière / Elle coupe l’air / Et le geste balaie // Tout / Commence et finit / Là / Dans ce geste où tout / Commence et finit / Dans ce geste où tout s’arrête et / Rien n’existe et / Tout commence / Avec elle /  D’un simple coup de bras / 

Un morceau de nuque éclate / D’un seul coup / Comme ça

On se tait

C’est la naissance de la musique

Au milieu de la circulation des voitures / Au milieu de la salle de classe /

Au milieu du terrain rouge et usé / Au milieu de sa chambre aux tulipes /

Un morceau de nuque éclate

Un mouvement de ses doigts et / Ce n’est plus l’air qui la soutient c’est elle / Qui produit l’air qui la soutient

Au milieu de la classe /  Elle avance avec ses baskets blanches / 

Une seconde,   elle éclaire    /     Le monde

Ses mots sont des couteaux / Des oiseaux qui plongent en piqué / Dans un océan assez vaste pour y abriter / Des planètes

Pour la première fois / Dans mon estomac les fourmis déraillent /

Elle me serre dans ses bras et dans une main elle avale / Son whisky-coca /

J’imagine l’avenir / Avec Marie-Lou

C’est une fille paquebot / Un Titanic sans iceberg et sans / Destination  /

Avec beaucoup d’adieux et beaucoup / De foule et beaucoup / De douleur mais /

J’aimerais en faire partie juste / Une seule seconde car / C’est un avenir qui ne laisse pas de place à  / La réflexion / C’est un saut dans le vide / C’est un feu dans les paumes

Et je préfère ça / Pour l’instant à / N’importe quoi / Car je n’imagine pas la mort /

Avec Marie-Lou / Rien ne peut faillir

Tout commence et / Tout finit toujours par / Marie-Lou

Marie-Lou-Le-Monde de Marie Testu

Roman-poème

Editions Le Tripode / 2021

Le mot de Laurence Vielle

La lecture de ce roman-poème est un coup de coeur pour moi. Ce livre est fulgurant.

Je n’ai rien d’autre à ajouter que la présentation courte sur le site de l’éditeur :

"Marie-Lou-Le-Monde, c’est un vertige amoureux, un chant du désir, un hommage à un fantasme impérissable. Dans le sud de la France, deux adolescentes se rencontrent au lycée. L’une est solaire et ténébreuse, irradiante, libre. L’autre, amoureuse et à l’affût. Le roman, c’est l’histoire de ce télescopage, une étincelle, une bouffée de chaleur, un roman-poème qui dit l’amour passionnel d’une jeune fille pour l’incandescente Marie-Lou."

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