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Laurence Vielle

Laurence Vielle lit "Telepathie" de Raymond Devos

29 avr. 2020 à 08:00Temps de lecture3 min
Par Carine Bratzlavsky et Laurence Vielle

Chaque jour, la poétesse Laurence Vielle fait sonner, scander, rythmer de son souffle lumineux les mots des poètes et poétesses, et notamment de poètes belges. Découvrez un poème de Raymond Devos, issu du recueil "Sens dessus dessous", paru aux éditions Livres de Poche en 1976.


"Telepathie" - Raymond Devos

Il faut vous dire, mesdames et messieurs,

que je suis télépathe.

Ce qu’on appelle un télépathe !

C’est-à-dire que je peux transmettre

ma pensée à distance !

C’est ce que l’on appelle la télépathie !

Vous savez que la télépathie

c’est le téléphone de demain !

Alors, comme mon téléphone est toujours

en dérangement,

quand je veux entrer en communication

avec quelqu’un,

au lieu de le faire téléphoniquement,

je le fais télépathiquement !

C’est-à-dire qu’au lieu de téléphoner,

je télépathe !

ça va plus vite, et puis

ça ne coûte rien !

Vous savez que tout le monde

peut télépather.

Vous n’avez jamais cherché à télépather quelqu’un ?

C’est très facile de télépather !

Si vous voulez télépather quelqu’un,

vous cherchez dans l’annuaire télépathique…

la longueur d’onde de celui avec qui

vous voulez entrer en communication…

Vous branchez votre esprit sur le sien…

et vous sifflez mentalement,

c’est-à-dire que vous émettez des ultra-sons….

Dès que votre correspondant

entend que les oreilles lui sifflent

il sait que quelqu’un pense à lui et il dit :

-Hola ? qui télépathe ?

Ce n’est pas :

-Allô ? Qui téléphone, hein ?

C’est : -Hola ? Qui télépathe ?

Alors, dès que vous êtes en communication

vous pouvez lui dire tout e que vous voulez !

Tout ce que vous voulez !

Parce qu’il n’y a pas de table d’écoute !

La télépathie pour la police, c’est le téléphone arabe !

ça lui échappe !

Les idées… ça lui passe au-dessus !

D’ailleurs, vous n’avez pas d’agent de police télépathe

parce que la pensée est insaisissable

ça ne les intéresse pas !

Ah ! je vous signale une chose :

il y a un inconvénient !

C’est que, en matière de télépathie,

il n’y a pas encore l’automatique !

Alors…

ou la pensée est mal émise,

ou elle est mal reçue,

ou c’est l’esprit de votre correspondant

qui est occupé,

ou alors -et c’est ce qui arrive le plus souvent-

c’est votre propre esprit

qui est en dérangement !

Raymond Devos est né le 9 novembre 1922 à Mouscron en Belgique et mort le 15 juin 2006 à Saint-Rémy-lès-Chevreuse dans les Yvelines. C'est un humoriste franco-belge. Il est resté célèbre pour ses jeux de mots, ses qualités de mime, son goût pour les paradoxes cocasses, pour le non-sens et pour la dérision.

Raymond Devos a hérité de sa mère sa sensibilité artistique : adepte des jeux de mots, elle jouait du violon et de la mandoline. Il se met en tête de retrouver le château natal dont lui a souvent parlé sa mère. Dans son souvenir, c’était un château immense. Il commence par ce que Mouscron avait de plus imposant : le château des Comtes, dont la façade ne lui rappelle rien. Quelqu'un lui suggère d’aller voir le château des Tourelles, où il se sent chez lui. Aujourd'hui, la salle principale du centre culturel Marius-Staquet de Mouscron porte son nom, ainsi qu'une école primaire du quartier qui l'a vu naître, le Mont-à-Leux.

Tout jeune encore, Raymond Devos se découvre un don pour raconter des histoires et captiver son auditoire. Élève à l’Institution libre du Sacré-Cœur à Tourcoing, il doit arrêter ses études à treize ans à cause des graves problèmes financiers que connaît sa famille, sans pouvoir assouvir sa soif de connaissances. Cela restera son plus grand regret et lui donnera cette posture d’éternel étudiant, fasciné par le savoir.

C’est donc par lui-même qu’il parfait sa culture et sa maîtrise de la langue française et de la musique. Son univers familial le prédispose à jongler avec la musique. Son père joue de l’orgue et du piano, sa mère du violon et de la mandoline, son oncle de la clarinette. Il apprendra lui-même des instruments aussi divers que la clarinette, le piano, la harpe, la guitare, le concertina, la trompette, la scie musicale…

 

Ce que Laurence Vielle nous dit de Gertrude Stein :

Le livre "Sens dessus dessous" est tout chiffonné. Je le trimballe avec moi depuis mon adolescence. J’apprenais par cœur "le nain et le géant", "à tort ou à raison", "sens dessus dessous", "parler pour ne rien dire". Et je les disais tout haut, comme des poèmes. Raymond Devos, l’empereur des jeux de mots, humoriste oui, poète sûrement, fait frétiller ma langue, et déride le quotidien en ne mâchant jamais ses mots.

 

Les poèmes sont des emails de l’inconnu au-delà du cyber-espace.

Lawrence Ferlinghetti, "Poésie, art de l’insurrection", Éditions Maelström, 2012

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