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Matin Première

Le 11 juillet 1302 : date fondatrice de l'identité flamande ?

11 juil. 2022 à 13:49Temps de lecture3 min
Par L'oeil dans le rétro

Nous sommes aujourd’hui le 11 juillet, date officielle de la fête de la Vlaamse gemeenschap, la communauté flamande. Mais que fête-t-on exactement ce jour-là ? À quoi le 11 juillet fait-il référence ?

Cette date commémore en fait la bataille dite - en français - des " éperons d’or " qui a eu lieu le 11 juillet 1302 du côté de Courtrai. Elle opposait l’armée du roi de France Philippe le Bel aux milices des villes flamandes, soit environ 10 000 combattants de chaque côté mais avec une différence de taille :  juchés sur leur monture, la fine fleur de la chevalerie française pense ne faire qu’une bouchée de cette piétaille flamande. Mal leur en prit : ils vont se faire tailler en pièce par les Flamands qui les décarçonnent, les massacrent et ramassent ensuite leurs éperons d’or qui seront exposés comme des trophées dans l’église Notre-Dame de Courtrai. Autant le dire, à l’époque, le résultat de cette bataille fit sensation : le prestige de l’armée du Roi de France en prend un sacré coup. Pour l’expliquer, la propagande royale réussira à imposer un récit officiel : si la cavalerie française a été défaite c’est parce qu’elle a été victime de méthodes déloyales, de stratagèmes malhonnêtes : les milices flamandes avaient creusé des fossés pour piéger les chevaux. En réalité, les chevaux français se sont embourbés sur un terrain peu favorable à l’offensive et s’y est ajouté – et oui déjà- la fameuse arrogance française de ces preux chevaliers vis-à-vis des fantassins flamands.

Naissance d’un mythe

La défaite française soit disant due à des méthodes perfides des milices flamandes est donc un mythe mais au 19e siècle cette bataille des éperons d’or verra naître un autre mythe qui est toujours bien présent aujourd’hui. Le mythe linguistique : les Flamands se seraient battus pour préserver leur langue et leur culture et cette victoire au début du 14e siècle est en somme le moment fondateur de la nation flamande. Comment cette réinterprétation de la bataille des éperons d’or s’impose-t-elle ? Tout d’abord, il faut savoir que cette bataille est oubliée au fil des siècles et c’est la naissance de la Belgique de 1830 qui va la ressusciter. Pourquoi ? Parce que la jeune nation belge est en quête de récits fondateurs, censés légitimer son besoin de liberté et d’indépendance. C’est ainsi que l’écrivain flamand Hendrick Conscience découvre cette bataille mais avec une vision totalement opposée au récit national belge. Dans son roman, De leeuw van Vlaanderen, Hendrick Conscience fait des Eperons d’or un affrontement entre d’un côté le Bien , le peuple flamand qui lutte pour sa liberté et de l’autre le Mal, les Français présentés comme des oppresseurs.

MichaelUtech / GettyImages

Des oppresseurs francophones

En écrivant son roman en 1838, Hendrick Conscience a une intention claire et nette. Elle est explicite dans la préface du roman : " Nous, les Flamands, avons une histoire passée en tant que pays et en tant que peuple. Et maintenant ils veulent que nous devenions des Wallons, que nous sacrifions notre gloire ancienne, notre langue et tout ce que nous avons hérité de nos ancêtres ". Qui est ce " ils " ? Les dirigeants du jeune Etat belge qui à l’époque a le français comme seule langue officielle. Les racines du nationalisme flamand sont posées et ce n’est donc pas un hasard si au début du fédéralisme belge, en 1973, la Flandre choisit le 11 juillet comme fête officielle : c’est par la réinterprétation d’Hendrick Conscience et de son " leeuw van vlaanderen " que la bataille des éperons d’or prend une dimension nationaliste flamande.

Cette idée d’une bataille fondatrice pour la nation flamande est donc à prendre avec distance

Cette bataille de 1302 n’oppose pas des francophones et des néerlandophones. Bien sûr les Chevaliers de Philippe le Bel parlent l’ancien français mais il y a à leurs côtés des chevaliers brabançons qui parlent le thiois, ancêtre du néerlandais. Dans l’autre camp, le comté de Flandre va à l’époque jusqu’à Lille, Arras ou Douai où l’on se dit " flamand " en français et il y a aussi des Namurois puisque le comte de Namur est le fils du comte de Flandre. La version présentée par le lion des Flandres de Conscience n’est donc pas conforme à la vérité historique.

Par contre, il est vrai que les grandes villes flamandes comme Gand, Lille et Bruges cherchent à s’émanciper de la tutelle française et 1302 est clairement une victoire pour cette Flandre riche et remuante. Sauf que deux ans plus tard, Philippe le Bel prend sa revanche et remet dès 1304 le comté de Flandre sous son autorité. Si la Flandre finira par quitter la tutelle française, ce sera au siècle suivant grâce à des Français, les ducs de Bourgogne. Si vous voulez comprendre comment, filez écouter le podcast de la Première " Les Téméraires ".

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