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Le Champs des Possibles : les Robin di Bwés réenchantent la forêt wallonne

Robin di Bwè

© Jonathan Bradfer

22 sept. 2022 à 10:19Temps de lecture3 min
Par Jonathan BRADFER

On vous emmène en randonnée, dans la forêt de Vecmont près de La Roche-en-Ardenne dans les pas de Marie et Nicolas… C’est un grand moment pour ces deux passionnés de la nature, ils marchent sur leur terre : la première forêt que le collectif citoyen Robin di Bwés vient d’acquérir !

Les Robins di Bwè
Les Robins di Bwè Jonathan Bradfer

Ensemble, avec quelques dizaines de citoyens, ils forment le premier groupement forestier citoyen belge, qui sera lancé officiellement ce mardi 4 octobre à Namur. Leur objectif : recréer des massifs forestiers vivants et résilients, les gérer en commun pour avoir un impact visible sur la région et la planète.
 

Une forêt résilliante

Le début de leur forêt présente une vaste zone rasée par l’ancien exploitant, mais la vie reprend déjà son cours…

"Regarde toutes les espèces qui sont en train d’apparaître comme le noisetier ou le chêne. Ce sont les pionnières qui réapparaissent naturellement." dit Marie Collard, membre du projet. "Oui et cet arbre là-bas qui a survécu à la mise à blanc", complète Nicolas Spineux, porteur du groupement forestier citoyen, "Je suppose que c’est un chêne. Tout le reste, c’était de l’épicéa qui a été coupé et donc ils ont épargné celui-là. C’est un peu un symbole de résistance et c’est un bon signe pour l’avenir."

Robin di Bwè

La forêt est notre meilleure alliée contre les changements climatiques, la perte de la biodiversité et la crise énergétique. Ces citoyens veulent passer à l’action et construire ensemble les forêts de demain ! "Il y a beaucoup de tensions entre les chasseurs et les producteurs de bois et ceux qui voient la nature comme quelque chose de sacré", explique Nicolas. "Notre approche, c’est de dire : il y a une dimension économique, il y a une dimension écologique, il y a une dimension socioculturelle et, en fait, nous pensons que le meilleur moyen de balancer tout ça et de faire des arbitrages, c’est de gérer la forêt en groupe !"
 

La forêt belge occupe aujourd’hui 23% du territoire national soit un peu plus de 700.000 ha. 55% de cette surface appartient à des propriétaires privés avec une surface moyenne de 2,5 ha par propriétaire. La Belgique ne protège actuellement que 15% de son territoire, ce qui est en dessous de la moyenne européenne (26%) et des objectifs des Nations Unies pour 2030 (30%). Marie est aussi une passionnée de la nature, elle est notamment maraîchère et rêve d’une forêt plus vivante, plus sauvage, avec une plus grande diversité que les monocultures actuelles : "Si on n’a qu’une seule essence et qu’on plante des arbres qui ont tous le même âge au même moment, ils vont être tous coupés en même temps. Ça veut dire qu’on a une coupe à blanc. Et donc, pendant un moment, on n'a plus rien. Ça fait aussi une moins grande résistance aux maladies dans notre forêt !"

Les forêts wallonnes
Les forêts wallonnes Jonathan Bradfer

Les Robin veulent réduire le morcellement extrême des forêts en Belgique pour recréer un véritable maillage écologique et mutualiser les moyens au service de la forêt. Assurer une sylviculture plus proche des dynamiques naturelles, respectueuse des sols et de la biodiversité tout en permettant la récolte de bois de grande qualité alimentant une filière forêt-bois locale, à taille humaine.
"On est convaincus quand on va se balader en forêt en Ardenne qu’on est dans ‘la forêt sauvage ardennaise’. Mais en fait, la plupart du temps, c’est la même culture classique, hyper bien rangée, avec des arbres du même âge, de mêmes essences. Et donc au final, on s’aperçoit qu’elle n’est pas du tout sauvage. Maintenant, heureusement, je sais bien qu’il y a plein d’initiatives qui se lancent à gauche, à droite, du côté du public, du côté du privé, pour essayer de sauver la forêt.", explique Nicolas.
 

Les forêts wallonnes
Les forêts wallonnes Jonathan Bradfer
Visite de Vincent Colson

Aujourd’hui, ils reçoivent la visite de Vincent COLSON, Expert forestier pour l’Office économique wallon du bois, il vient soutenir les citoyens pour la gestion de petite forêt privée. "Il y a de plus en plus de citoyens qui veulent acquérir un petit bout de forêt. C’est dans l’air du temps et c’est sans doute un effet post-confinement.", nous dit-il.

Et Nicolas de conclure, les pieds bien ancrés dans le sol riche de la première forêt du collectif : "Tout le monde se rend compte de l’enjeu du 21e siècle et la forêt a une influence énorme sur tous les enjeux donc pour nous c’est un terrain de jeu pour avoir un impact !"
 

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