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Le "check" entre Joe Biden et MBS fait polémique, mais illustre aussi l’influence grandissante du prince héritier saoudien

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Lors de sa première tournée au Moyen-Orient, le président américain Joe Biden a été accueilli en Arabie saoudite au palais royal de Jeddah par Mohammed ben Salmane, surnommé MBS, faisant un "check" du poing avec le jeune et puissant dirigeant de facto du royaume saoudien, âgé de 36 ans.

Un geste qui n’est pas passé inaperçu, alors que certains reprochent au président américain cette visite en Arabie saoudite, accusée de nombreuses violations des droits humains, et que de lourds soupçons pèsent sur la responsabilité du prince héritier saoudien dans l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi.

Une Arabie saoudite pas si "paria" que ça

Cette rencontre était le point d’orgue de cette tournée au Moyen-Orient, alors que Washington cherche à convaincre le royaume d’ouvrir les vannes de sa production pétrolière. L’enjeu est de taille : abaisser le prix du gallon d’essence à l’approche des élections de mi-mandat aux États-Unis.

Mais lorsqu’il était encore candidat, Joe Biden avait promis de traiter l’Arabie saoudite en "paria", en particulier à cause de l’assassinat en 2018 du journaliste et critique saoudien Jamal Khashoggi. Une fois élu, il avait déclassifié un rapport accablant sur la responsabilité du prince dans ce meurtre.

A Jeddah, Joe Biden a déclaré avoir prévenu le prince héritier d’Arabie saoudite d’une "réponse" de sa part si de nouvelles attaques contre des dissidents devaient se produire, qualifiant de "scandaleux" le meurtre de Khashoggi. "J’ai juste fait comprendre que si une telle chose se reproduit, ils auront cette réponse et bien plus encore", a-t-il déclaré devant des journalistes, disant avoir évoqué cette affaire "au tout début" de la réunion avec MBS.

Les autorités saoudiennes ont toujours nié la responsabilité directe du prince héritier dans ce meurtre.

"Sang sur vos mains"

La veuve du journaliste, Hatice Cengiz, a publié un tweet avec une capture d’écran du compte de son défunt mari : "est-ce ainsi que vous exigez comme promis de rendre des comptes comme promis pour mon meurtre ?" "Le sang de la prochaine victime de MBS est sur vos mains", est-il ajouté, avec une photo du "check" du poing que le président américain a fait au prince saoudien.

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Cette visite a été particulièrement critiquée par les défenseurs des droits humains, la puissante monarchie du Golfe étant accusée de graves violations, et d’une répression féroce de ses opposants.

En novembre 2017, au nom de la lutte "anticorruption", MBS fait arrêter quelque 200 personnalités, dont des princes et des hommes d’affaires, lors d’une purge sans précédent. Des rafles visent également religieux et intellectuels mais aussi des militants des droits humains, dont des féministes connues. En février 2020, il fait même arrêter des rivaux parmi des princes de premier plan.

Pouvoir et influence croissants

D’un autre côté, afin d’améliorer l’image du pays, il allège les restrictions imposées aux femmes, leur permettant de conduire et d’obtenir un passeport sans l’autorisation de leur "tuteur" masculin. Il banalise devant un public mixte des événements sportifs et culturels internationaux.

Après des années de disgrâce, il a récemment fait un retour en force sur la scène internationale, en recevant fin 2021 le président français Emmanuel Macron et en 2022 le président turc Recep Tayyip Erdogan, qui avait personnellement accusé les "plus hauts niveaux du gouvernement saoudien" d’avoir commandité l’assassinat de Khashoggi. MBS a également récemment relancé le dialogue avec l’Iran.

Le prince héritier saoudien a réussi à s’octroyer "un pouvoir et une influence extraordinaires en très peu de temps", relève Frederic Wehrey, spécialiste du Moyen-Orient à la fondation Carnegie, basée à Washington.

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