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Le chef de la diplomatie ukrainienne accuse des soldats russes de commettre des viols

Le chef de la diplomatie ukrainienne accuse des soldats russes de commettre des viols
05 mars 2022 à 11:445 min
Par Camille Wernaers pour Les Grenades

Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kuleba, a déclaré ce vendredi 4 mars que des soldats russes avaient commis des viols dans des villes ukrainiennes, rapporte Reuters qui précise ne pas avoir été capable de vérifier cette affirmation.

"Quand les bombes tombent sur vos villes, quand les soldats violent les femmes dans les villes occupées – et nous avons de nombreux cas, malheureusement, quand les soldats russes violent les femmes dans les villes ukrainiennes – il est difficile, bien sûr, de parler de l’efficacité du droit international", a déclaré Kuleba. "Mais c’est le seul outil de civilisation dont nous disposons pour nous assurer qu’à terme, tous ceux qui ont rendu cette guerre possible seront traduits en justice", a-t-il poursuivi.

Les médias locaux ukrainiens auraient quant à eux signalé 11 cas de viols à Kherson, une ville désormais sous contrôle russe.

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Le spectre des viols de guerre

Autant de signalements qui font resurgir le spectre des viols de guerre. "Souvent regroupées sous l’appellation de ‘viol de guerre’, les violences sexuelles dans les conflits sont une stratégie militaire ou politique à part entière. Elles sont définies et décidées en haut lieu au même titre qu’est décrété le bombardement d’un village, […] Si le viol dans la guerre a toujours existé ; le viol comme outil de guerre est lui, devenu endémique et quasi systématique dans les conflits contemporains. Le viol devient alors un outil utilisé pour humilier, détruire et prendre le pouvoir, employé aussi bien contre les femmes (RDC, Kenya, Bosnie, Rwanda) que les hommes (Libye, Ouganda) et les enfants (Syrie, RDC)", écrit l’association We Are Not Weapons Of War ("Nous ne sommes pas des armes de guerre"), spécialisée sur cette question.

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L’anthropologue française Véronique Grappe-Nahoum explique que "[…] le viol est à la fois un risque permanent en temps de guerre et, qu’en même temps, il échappe à son histoire économique ou politique sérieuse : il n’est qu’une ignoble bavure, un excès fâcheux, qu’il s’agit d’effacer ou de seulement ajouter à la longue liste des infamies prédictibles […] le fait même de la guerre brouille toutes les perceptions et peut rendre moins visibles certaines pratiques […] lorsque sur le terrain, des miliciens en armes, des soldats plus ou moins réguliers font face à des hommes et à des femmes de tous âges, désarmés, mais appartenant aux populations définies comme ‘ennemies’ […] le soldat violeur des femmes 'ennemies' sait qu’il risque beaucoup moins d’ennuis qu’en temps de paix."

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Depuis 1998, le statut de Rome de la Cour pénale internationale (CPI) considère le viol comme un crime de guerre et comme un crime contre l’humanité lorsqu’il est pratiqué "dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique". C’est également le cas de l’esclavage sexuel, la prostitution forcée, la grossesse forcée, la stérilisation forcée ou toute autre forme de violence sexuelle.

En 2016, le Congolais Jean-Pierre Bemba est condamné à 18 ans de prison par la Cour pénale internationale pour crime contre l’humanité concernant les viols qu’il a ordonnés en République centrafricaine. "Ceci prouve combien le viol de guerre n’est pas une question qui concerne uniquement ceux qui commettent les viols, mais avant tout la question de ceux qui ordonnent l’utilisation de cette arme comme on ordonnerait de tirer sur des civils. Cette décision historique ouvre la voie à une meilleure compréhension du viol comme arme de guerre qui n’a rien à voir avec une pulsion sexuelle", observe We Are Not Weapons Of War.

La Cour pénale internationale ouvre une enquête

Huit jours après l’invasion russe de l’Ukraine, le ministre ukrainien des Affaires étrangères Dmytro Kouleba s’est dit en faveur de la création d’un tribunal pénal spécial pour juger le "crime d’agression" russe en Ukraine, une initiative portée par des dizaines de spécialistes du droit international et des personnalités politiques et littéraires telles l’ex-premier ministre britannique Gordon Brown ou l’écrivain américain Paul Auster. La Cour pénale internationale a annoncé le 28 janvier l’ouverture d’une enquête sur la situation en Ukraine, évoquant de possibles "crimes de guerre" et des "crimes contre l’humanité".

"L’invasion de l’Ukraine par la Russie est grave, sévère et définie par un seul mot : agression. La Russie envahit le cœur de l’Ukraine, cherchant à renverser un gouvernement démocratiquement élu, avec un impact massif, réel et potentiel, sur la vie, la sécurité et le bien-être des civils ; ses actes ne peuvent en aucun cas être justifiés par l’une des raisons avancées par la Russie. Pourtant, tout cela est commis par un membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies", a déclaré Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International. "La Russie viole clairement ses obligations internationales. Ses actions vont manifestement à l’encontre des règles et des principes sur lesquels les Nations unies ont été fondées."

Depuis le début de l’invasion russe, le 24 février dernier, Amnesty explique avoir recueilli des informations sur l’escalade des violations du droit humanitaire et du droit relatif aux droits humains, notamment sur la mort de civils résultant d’attaques aveugles contre des zones et des infrastructures civiles. Les frappes sur des hôpitaux et des écoles, l’utilisation d’armes aveugles comme les missiles balistiques et l’utilisation d’armes interdites comme les bombes à fragmentation peuvent toutes être qualifiées de crimes de guerre, selon Amnesty.

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"En moins d’une semaine, l’invasion de l’Ukraine par la Russie a déclenché une crise massive des droits de l’homme, une crise humanitaire et une crise de déplacement qui a tout pour devenir la pire catastrophe de ce type dans l’histoire européenne récente. La Russie ne se contente pas de violer la souveraineté d’un voisin et de son peuple, elle remet également en question l’architecture de sécurité mondiale et exploite ses faiblesses, notamment le dysfonctionnement du Conseil de sécurité des Nations unies. Cette situation aura des conséquences durables pour nous tous", a déclaré Agnès Callamard.

Environ un million de personnes ont déjà fui l’Ukraine, selon le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, Filippo Grandi, principalement des femmes, des enfants et des aîné·es. L’ONU a déclaré s’attendre à ce que l’invasion russe de l’Ukraine entraîne l’exode de jusqu’à 10 millions de réfugié·es supplémentaires fuyant les combats.

Guerre en Ukraine : exode massif de civils vers l’Ouest – Sujet JT 25/02

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Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui propose des contenus d’actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

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