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Le collant, cette icône de la fast fashion que la mode responsable tente de réparer

Le collant, cette icône de la fast fashion que la mode responsable tente de réparer.

© artursfoto

24 oct. 2022 à 12:30Temps de lecture4 min
Par RTBF avec AFP

Il est l’un des symboles de la fameuse obsolescence programmée, ne passant que très rarement la barre des trois ou quatre utilisations avant de finir en boule à la poubelle.

Tel qu’on le connaît depuis des décennies, le collant est source de gaspillage et de déchets et pire, sa déclinaison la plus connue, en nylon, est des plus polluantes. Un problème que des marques ont pris à bras-le-corps, tentant de faire du collant une pièce durable et éco-responsable.

Aussi fragile que polluant !

Un trou, une déchirure, des bouloches ou cette longue ligne fine inhérente à une ou plusieurs mailles filées… Il existe mille et une raisons de jeter ses collants et elles sont fréquentes. De quoi accroître la montagne de déchets induite par l’industrie textile, toujours plus néfaste pour la planète. D’après l’association Halte à l’Obsolescence Programmée (HOP), près de 130 millions de paires de collants sont vendues en France chaque année et 104 millions sont dans le même temps jetés, soit plusieurs milliers de tonnes de déchets… Rapportées aux quelque 8 milliards de paires vendues dans le monde, il y a de quoi s’interroger sur l’avenir de cet accessoire pourtant incontournable.

Il faut dire que le collant ne jouit pas d’une très bonne image en matière de durabilité. D’après une enquête menée par HOP en 2018 auprès de 3000 personnes (essentiellement des femmes), le collant ne dépasserait pas les six utilisations dans 72% des cas.

Quatre sondés sur dix affirment ne pas les utiliser plus de deux à trois fois, grand maximum.

Pour couronner le tout, les collants filés (50%) et les collants troués (42%) finissent le plus souvent à la poubelle (64% des cas). Seuls 24% des répondants les réutilisent de diverses façons et encore moins (de l’ordre de 10%) les déposent dans une borne de recyclage ou de collecte. Et le collant en nylon met au moins 40 ans à se décomposer… De quoi motiver certains acteurs de la mode à tenter de réinventer cette pièce star du dressing féminin.

Des matières plus responsables

Plusieurs entreprises œuvrent depuis plusieurs années pour rendre le collant plus durable avec des fils issus du nylon recyclé, à l’image de Fulgar ou Nilit, permettant aux marques de proposer des produits moins nocifs pour l’environnement. Les marques Hēdoïne et REV Society se sont engagées à proposer des collants écolos. La première via du nylon biodégradable pour une décomposition en 3 à 5 ans, la seconde via des collants en fils recyclés à partir de déchets industriels. Depuis, nombreuses sont les marques, installées ou émergentes, qui ont apporté leur pierre à l’édifice pour révolutionner un secteur sans cesse pointé du doigt.

Cela passe par l’émergence de matières moins polluantes pour la planète et surtout plus résistantes.

Fini le temps où le collant pouvait filer dès la première utilisation, l’objectif est de mettre fin au gâchis écologique qu’il représente. La marque Dear Denier propose des collants fabriqués à partir de chutes de nylon recyclées en Europe quand Swedish Stockings privilégie le polyamide recyclé et Billi London, pionnière en la matière, associe résistance et éco-responsabilité grâce à des fibres high-tech éco-responsables tricotées en 3D. Une technique qui tend à se démocratiser et à laquelle a également recours Organic Basics, qui mise aussi sur le nylon recyclé.

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La marque Thought a quant à elle recours à la viscose de bambou tandis que Yade mise sur des fibres certifiées Oeko-Tex résistantes aux étirements, frictions, frottements et autres lavages en vue d’augmenter significativement la durée de vie des collants.

On le voit, les marques sont aujourd’hui de plus en plus nombreuses à tenter de réinventer l'accessoire pour amoindrir son impact sur la planète. Et certains mastodontes comme Dim et Wolford ne sont pas en reste, proposant aussi - doucement mais sûrement - des collections plus durables. L’objectif principal est de présenter des collections toujours plus "propres" et résistantes, sans rogner sur le confort.

La consigne et le recyclage

On l’a vu, les collants génèrent d’importantes quantités de déchets textiles, contribuant non seulement à la pollution des eaux mais aussi à la hausse des émissions de CO2. S’il est important de recourir à de nouvelles matières premières pour les fabriquer, il convient également de s’intéresser à leur fin de vie.

En France, il est possible de déposer ses collants dans des points de collecte, où ils seront revalorisés en énergie, entre autres, plutôt que de les jeter à la poubelle, où ils mettront plusieurs décennies à se décomposer. L’éco-organisme ReFashion propose pas moins de 45.000 points de collecte dans toute la France pour offrir une seconde vie à ces textiles.

Mais il est également possible de les déposer dans des bennes dédiées, des boutiques ou auprès d’associations.

De son côté, TerraCycle recycle vos collants sur simple envoi. Il suffit pour cela de créer un compte en ligne, de sélectionner une boîte en carton, de collecter les collants puis de les expédier grâce à une étiquette prépayée. Cerise sur le gâteau, recycler permet de gagner des points convertibles en dons pour les écoles ou associations de votre choix.

L’entreprise Povera Slowdesign ne se contente pas de recycler les collants via des bornes de collecte (accessibles essentiellement à Lille et Paris) puisqu’elle les upcycle en divers accessoires allant du collier au headband en passant par l’élastique ou l’éponge.

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Outre le recyclage, la consigne apparaît également comme une alternative pour limiter les déchets. C’est ce que proposait Atelier Unes avec son collant recyclé et consigné jusqu’en septembre dernier. Pour 2 euros supplémentaires à l’achat (restituables), il était possible de renvoyer ses collants en fin de vie afin que ces derniers soient recyclés. Si l’aventure s’est arrêtée pour la marque, nul doute qu’elle a ouvert la voie pour faire de la consigne une nouvelle habitude d’achat permettant de lutter contre les déchets et le gaspillage. Autant d’initiatives qui laissent penser que le collant a bel et bien entamé sa mue pour se tisser un avenir plus durable.

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