Concours Reine Elisabeth

Le concours Reine Elisabeth 2023 Chant valorise des prestations intimistes

CMIREB 2023

© Alexandre de Terwangne

Par Paula Floch via

Du 1er au 3 juin se déroulera la finale du Concours Reine Elisabeth 2023 Chant avec l’Orchestre Symphonique de La Monnaie dirigé par Alain Altinoglu. Airs d’opéra mais aussi lieder, mélodies françaises, russes et anglaises ont jusqu'à présent dessiné la particularité d’un concours qui laisse place à l’intime.

"Prima le parole, doppo la musica"

Lors de la demi-finale du Concours Reine-Elisabeth chant 2023, la dimension intimiste du concours s’est révélée. En effet, il n’est pas nécessaire au chanteur d’interpréter seulement de l’opéra romantique pour mettre en valeur sa personnalité vocale et musicale : voilà une approche que le concours semble favoriser.

L'interprétation de Floriane Hasler de Monteverdi a été particulièrement remarquée par plusieurs des experts de Musiq3 : Céline Scheen, Camille de Rijck et Nicolas Blanmont s’accordent sur la grande force émotionnelle de cette interprétation. Il est pourtant rare d’entendre du Monteverdi lors d’un concours. Ce répertoire demande des instruments spécifiques, le clavecin sera donc préféré au piano. Aussi, la qualité de cet air ne réside pas dans l’exécution de prouesses techniques, mais plutôt dans l’expression dramatique que le chanteur déploie : "Prima le parole, doppo la musica" (d’abord les mots, puis la musique) disait ce même compositeur. Le chanteur est un artiste qui sublime les mots grâce au chant, c’est ce que cette prestation semblait nous dire.

Floriane Hasler lors de la demi-finale
Floriane Hasler lors de la demi-finale © RTBF - (capture d'écran Auvio)

Floriane Hasler affirmera cette démarche artistique jusqu’en finale : nous l’entendrons dans le fameux air : "J’ai perdu mon Euridyce" de Glück, compositeur symbolique du baroque tardif aux prémices du classicisme. Ainsi, elle incarnera Orphée, qui est un musicien mais aussi un poète, comme un hommage rendu au pouvoir des mots.

Pianiste et chanteur : un duo propice au récital

Lors de la finale, les chanteurs seront accompagnés par l’Orchestre symphonique de La Monnaie dirigé par Alain Altinoglu. Certains candidats décident donc d’attendre l’orchestre pour chanter le répertoire de l’opéra, et profitent du piano pour explorer des styles spécifiques au duo piano-voix. La candidate finaliste Maria Waremberg l’explique ainsi : "Les mélodies sont écrites pour piano, donc j’en profite pour faire une demi-finale dans le genre du récital. J’attendrai la finale pour l’opéra. Je souhaitais transmettre le répertoire des mélodies russes que j’aime tant." 

Maria Warenberg

Preuve que la construction d’un programme original peut être un pari gagnant, Camille de Rijck suggère à propos de la prestation de Maria Waremberg :" Plus que d’aller chercher le public par les décibels comme l’opéra le permet, elle nous propose de venir à elle" avec ce répertoire uniquement mélodique. Peut-être que la liberté du répertoire présenté lors de ce concours demande une certaine maturité artistique, qui pourrait expliquer l’âge moyen des candidats, plutôt avancé.

Lieder et mélodies : un répertoire de contrastes

Strauss, Schoenberg, Poulenc, Fauré ou encore Viardot, les maîtres de la mélodie et du lied ont la part belle lors du Concours Reine-Elisabeth 2023 Chant. Bien sûr, le format piano-voix est propice à ce répertoire, mais la richesse expressive que la voix peut déployer dans ce répertoire explique aussi cette grande présence de la mélodie.

© Martin Godfroid

La prestation d’Alexandra Lowe par exemple, notamment son interprétation d’extraits du Pierrot lunaire de Schoënberg, a retenu l’attention des spécialistes. C’est un des coups de cœur de Camille de Rijck et Céline Scheen. La chanteuse invitée Isabelle Kabatu commente ainsi cette prestation : "Il émane d’elle une poésie qu’elle a partagée avec tout le monde, et elle arrive à créer une rupture de ton admirable." Cette rupture de ton fait partie des qualités indispensables du chanteur lors d’un récital : pouvoir passer avec souplesse d’un répertoire à l’autre, adaptant vocalité et énergie scénique, c’est ce que permet un programme libre.

Silvia Sequeira

La mélodie est un monde musical qui oscille entre lumière et obscurité : c’est dans ces couleurs contrastées que s’exhale la voix de la finaliste Silvia Sequeira dans le lied de Richard Strauss Beim Schlaffengehen, "une voix qui virevolte et nous emporte" commente l’experte Céline Scheen.

Sandrine Piau, qui sera l’une des chanteuses invitées de la finale, est particulièrement attachée au répertoire mélodique pour ses inflexions contrastées, tout en nuance. Cette année, elle était à La Monnaie pour un récital de mélodies justement appelé Clair-obscur.

Inscrivez-vous aux newsletters de la RTBF

Info, sport, émissions, cinéma... Découvrez l'offre complète des newsletters de nos thématiques et restez informés de nos contenus

Sur le même sujet

Articles recommandés pour vous