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Journal du classique

Le concours Tchaïkovski est exclu de la Fédération mondiale des concours de musique

22 avr. 2022 à 14:10Temps de lecture3 min
Par Paula Floch

Le concours international de musique classique Tchaïkovski s’inscrit dans le paysage musical comme l’un des plus prestigieux. Depuis 1958, il est mondialement reconnu comme un révélateur des grands talents de demain en violon, violoncelle, piano et chant. Mais le 13 avril dernier, Fédération mondiale des concours de musique a décidé à la majorité des votes de ses membres d’exclure le Concours international Tchaïkovski de ses membres avec effet immédiat.

Lors de sa création, le concours veut faire rayonner l’excellence et le prestige de l’école russo-soviétique. A cette fierté patriotique se mêle un désir d’ouverture et de partenariat. C’est bien dans cette dynamique à double sens que réside l’intérêt de tout concours international : mettre en valeur les talents du pays et tendre les bras au reste du monde musical.

Pour illustrer ce paradoxe, notons que c’est le pianiste américain Van Cliburn qui obtient le premier prix l’année de la création du concours, ovationné pour ses interprétations du 1er concerto pour piano de Tchaïkovski et du 3e concerto de Rachmaninov : un bel hommage aux compositeurs russes !

Et pourtant, en 1957, Spoutnik 1 était envoyé dans l’espace, dégradant encore un peu plus les rapports entre les Etats-Unis et l’URSS alors en pleine Guerre froide… Un contexte qui dore la victoire de l’américain d’une beauté symbolique.

Depuis, le concours a atteint une notoriété internationale grâce à des jurys d’excellence, qui reflètent l’ouverture du concours sur le monde : Citons certains membres de l’édition de 2015 comme Mischa Maisky (Israël), David Geringas (Lituanie), Salvatore Accardo (Italie) Liana Issakadze (Géorgie) ou encore Julia Varady (Hongrie).

Suite au conflit Russo-ukrainien, la Fédération mondiale des concours de musique a décidé d’exclure le Concours international Tchaïkovski, avec effet immédiat.

Le secrétaire général de la Fédération émettait pourtant son désir "de maintenir les relations avec l’autre côté de la frontière". Il affirmait sa position en se demandant publiquement : "Dans quel autre domaine que celui de la culture pouvons-nous trouver autant de valeurs communes ?" Mais la décision d’annuler le concours a été prise par une écrasante majorité. Dans son communiqué, la Fédération mondiale des concours de musique a déclaré que "face à la guerre brutale de la Russie et aux atrocités humanitaires en Ukraine, la FMCIM en tant qu’organisation apolitique ne peut pas soutenir ou avoir comme membre un concours financé et utilisé comme outil promotionnel par le régime russe."

Encore une fois, la culture paie le prix fort des conflits géopolitiques. Ne pourrait-elle pas être garante d’une universalité envers et contre tout ?

Au moins, la Fédération s’est opposée à "la discrimination et l’exclusion d’artistes individuels en raison de leur nationalité" suite au renvoi du pianiste russe Alexander Malofeev par l’Orchestre symphonique de Montréal et le "boycott" des candidats russes par le concours international de piano de Dublin.

Le concours Tchaïkovski s’organise tous les quatre ans. En 2019, le pianiste français Alexandre Kantorow devenait le premier français à recevoir à la plus haute distinction au Concours Tchaïkovski. Cette dernière édition avait également marqué les esprits par ce malheureux incident survenu au candidat chinois An Tianxu : ce dernier pensait commencer sa prestation de finale du prestigieux Concours Tchaïkovski par le Concerto pour piano n°1 en si bémol mineur de Tchaïkovski, il s’est retrouvé devant un orchestre qui entamait la Rhapsodie sur un thème de Paganini de Rachmaninov. Une inversion de partition aux conséquences désastreuses pour la prestation du candidat chinois.

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