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Ecologie

Le cycle de l’eau verte, profondément affecté par l’humain, a dépassé sa limite planétaire

30 avr. 2022 à 05:00 - mise à jour 30 avr. 2022 à 12:58Temps de lecture3 min
Par Adeline Louvigny

Depuis 10.000 ans, l’Humanité vit dans une période de stabilité environnementale et climatique exceptionnelle, qui a permis le développement de notre civilisation : c’est l’Holocène. Depuis la révolution industrielle, certains considèrent que nous sommes passés dans l’Anthropocène, soit une ère où les activités humaines ont un tel impact sur la planète qu’elles en affectent les grands systèmes climatique, biologique, physique. Le concept de "limite planétaire" s’articule autour de cette idée de sortie de cet état de stabilité. Neuf limites planétaires ont ainsi été définies, et sont régulièrement réévaluées.

Aujourd’hui, la communauté scientifique estime que nous avons dépassé six limites planétaires. En janvier dernier, une étude estimait que la pollution chimique (soit l’ajout "d’entités nouvelles" dans l’environnement) avait franchi sa zone de stabilité ("safe operating zone"). Tout récemment, une étude a réévalué le cycle de l’eau douce, et en a déduit que cette limite planétaire avait également été franchie…

Le moment de l’annonce de dépassement d’une limite planétaire ne veut pas forcément dire qu’elle vient d’être franchie. Concernant les deux dernières limites, "franchies" en 2022 (la pollution chimique et l’eau douce), c’est plutôt lié à une évolution des méthodes d’évaluation et des outils technologiques.

Les limites planétaires restent un concept théorique, une simplification de la réalité, dont la compréhension évolue constamment. Par exemple, dans le cadre de cette 6e limite planétaire, celle de l’eau douce, c’est une analyse plus poussée du cycle de l’eau qui a permis aux chercheurs d’estimer que "l’eau verte" était sortie de sa zone de stabilité. La limite ne vient pas d’être franchie, elle l’a sûrement été depuis pas mal de temps, c’est juste que les scientifiques ont enfin les outils théoriques et technologiques pour pouvoir mieux estimer cette limite planétaire.

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"L’eau verte" a un rôle fondamental dans la biosphère

L’étude a différencié "l’eau verte" — soit la pluie, l’humidité du sol, l’évaporation — de "l’eau bleue" — l’eau se trouvant dans les rivières, lacs et nappes phréatiques. En version simplifiée, l’eau verte est l’eau qui intervient dans le cycle de croissance d’une plante : la pluie arrive dans le sol, devient disponible pour la plante, qui l’absorbe via son système racinaire, et en rejette une partie sous forme d’évaporation (un phénomène appelé évapotranspiration).

L’eau verte a donc un rôle fondamental dans la résilience de la biosphère, les puits de carbone, et la régulation de la circulation atmosphérique. Sa perturbation affecte donc profondément les forêts, et surtout, la forêt tropicale amazonienne, qui "dépend de l’humidité du sol pour sa survie. Il est évident que certaines parties de l’Amazonie sont en train de s’assécher."

"La forêt perd l’humidité du sol en raison du changement climatique et de la déforestation", commente Arne Tobian, second auteur de l’étude et doctorant au Stockholm Resilience Center, où le concept de limite planétaire a été développé. "Ces changements sont susceptibles de rapprocher l’Amazonie d’un point de basculement où de grandes parties pourraient passer de la forêt tropicale à des états de type savane."

Car le cycle de l’eau est si fortement lié à la biosphère, que sa dégradation peut fortement impacter les autres limites planétaires. "Partout sur la planète, depuis les forêts boréales jusqu’aux tropiques, l’humidité des sols change. Des sols anormalement humides ou secs sont devenus bien plus communs", explique l’étude, qui préconise "des actions immédiates en faveur de l’eau pour lutter contre le changement climatique, la déforestation et la dégradation des sols."

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