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Le défilé immobile de Jeanne Vicerial à la galerie Templon

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Jeanne Vicerial est une de ces jeunes artistes aux pratiques contemporaines mêlant art, science et technologie. Bardée de diplômes - Costumière, designeuse du vêtement, docteure en art-science - et initiatrice d’un laboratoire de recherche sur les matériaux souples, aujourd’hui Jeanne Vicerial est avant tout plasticienne. Selon ses mots, créatrice de collection de " haute-sculpture ". Présences est sa première exposition en Belgique.

"Présences", vue de l'exposition de Jeanne Vicerial
"Présences", vue de l'exposition de Jeanne Vicerial © Templon Brussels

Quelques heures avant le vernissage, j’ai rendez-vous à la galerie Templon avec Jeanne Vicerial. Deux assistantes démêlent les fils des sculptures armées d’un peigne. L'artiste n'utilise jamais de tissu ou de machine à coudre. Seulement du fil de polyester recyclé. Les silhouettes noires en imposent et révèlent peu à peu leur épaisseur, les plis et surplis, les lissage de fils pareils à des cheveux révélés sous une structure de corde torsadée, des coiffes molles, entre folklore et science fiction. L’épaisseur des sculptures est aussi dans les couches d’évocation. Un monde.

La Venerina (« petite Vénus »), statue anatomique en cire d'abeille réalisée par Clemente Susini à la fin du XVIIIe siècle
La Venerina (« petite Vénus »), statue anatomique en cire d'abeille réalisée par Clemente Susini à la fin du XVIIIe siècle © La Rocaille — Museo Palazzo Poggi, CC BY-SA 2.0, wikimedia.org
Vénus ouverte # 2, Jeanne Vicérial, 2020  Textile, fils tricotissés (technique déposée), fleurs séchées de la Villa Médicis - Courtesy Templon, Paris – Brussels
Vénus ouverte # 4, Jeanne Vicérial, 2020 Textile, fils tricotissés (technique déposée), fleurs séchées de la Villa Médicis - Courtesy Templon, Paris – Brussels

La série des Vénus ouvertes

Dans une alcôve, quatre inquiétantes silhouettes de femmes - toutes au ventre ouvert - entourent une cinquième, allongée sur une table de dissection... ou de couture. Ces Vénus sont une réinterprétation des études anatomiques en cire de dissection féminine connues en Italie dès le 16e siècle. Ces Venerina sont souvent représentées allongées sur un drap de soie dans une vitrine en état de grâce ou de jouissance, éventrées et souvent avec la représentation d’un petit fœtus. L’idée de l'artiste est de les transposer dans une pratique artistique et, dans une optique féministe, de les remettre debout. 

Le prêt-à-porter, le corps normé, la sculpture

Le travail de sculptrice textile de Jeanne Vicerial est le résultat d'une réflexion sur la disparition de l'artisanat et du sur-mesure dans la conception vestimentaire aujourd'hui. "Une pratique délaissé ou complètement inaccessible". Jusqu’aux années 50, explique l'artiste, on composait une silhouette par le vêtement avec un travail de ligne, de coupe et "des aberrations comme le corset". Depuis les années 60, c'est l’avènement du prêt-à-porter "qui est une très belle révolution d’accessibilité", mais par ailleurs "on n’a jamais autant modifié notre corps (corpulence, poitrine...) pour correspondre à des normes et une image imposée". En repartant du corps de l'individu, en étudiant les planches anatomiques, Jeanne Vicerial est fascinée par le tissage musculaire interne. Pendant une année, elle copie les muscles et les créée en 3 dimensions en utilisant un seul fil. Par exemple, une épine dorsale réalisée avec un fil de 150km de long selon un procédé déposé aujourd'hui: le tricotissage. Ce sera sa première collection.

Jeanne Vicérial a reproduit les muscles de l'épine dorsale avec un fil unique de 150 km
Jeanne Vicérial a reproduit les muscles de l'épine dorsale avec un fil unique de 150 km © Jeanne Vicérial

L'art et la recherche scientifique

Après sa thèse sur le procédé du tricotissage et la création d'un robot, projet de design industriel, Jeanne Vicerial, avec sa casquette de chercheuse, crée La clinique vestimentaire, un studio de recherche qui travaille sur les matériaux souples dans une approche pluridisciplinaire arts-sciences-technologies. Une approche très développée au Royaume-Uni et dans les pays du nord de l'Europe qui consiste à faire de la recherche par la pratique. Parler de la mode, du corps et du vêtement par le biais de performance artistique, de recherche scientifique et de publication d’article. 

"Présences", vue de l'exposition de Jeanne Vicerial - Galerie Templon 2022
"Présences", vue de l'exposition de Jeanne Vicerial - Galerie Templon 2022 © Templon Brussels

Un défilé de sculpture

Dans la mode, il y a ce travail assez long qui est régi par les collections. Par contre, le défilé est un temps très court de quelques minutes "où l’on n’a pas vraiment le temps de voir les vêtements et bien souvent ce ne sont pas des corps auxquels on s’attend", nous dit l'artiste, "d’où l’idée de les déformer". La galerie d'art étant un espace pensé pour donner du temps au regard, "Présences" est "une sorte de catwalk inversé où les seuls véritables corps, tous avec leurs variations et leurs différences, se sont les nôtres qui sommes projetés devant ces pièces."

En pratique : 

Présences - Jeanne Vicerial

Du 10 mars au 23 avril 2022

Galerie Templon - 1050 Bruxelles

Armor n°1, Jeanne Vicerial ,2020  Textile, fils, cordes, tricotissage - Courtesy Templon, Paris – Brussels
Armor n°3, Jeanne Vicerial ,2020  Textile, fils, cordes, tricotissage - Courtesy Templon, Paris – Brussels

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