Santé physique

Le désir d'enfant face aux causes trop mal connues de l'infertilité

Le désir d'enfant face aux causes trop mal connues de l'infertilité.

© Sam Edwards

31 oct. 2022 à 13:30Temps de lecture3 min
Par RTBF avec AFP

Sujet mal connu, l'infertilité concerne de nombreux couples. S'expliquant en premier lieu par le recul de l'âge de la maternité, ce problème de société manque d'une approche publique de grande ampleur.

Un couple sur quatre ne concrétise pas son désir d'enfant

"Peu de sujets ont autant d’implications à la fois individuelles et collectives dans la société française", écrivait en février le professeur Samir Hamamah, en préambule d'un rapport remis au gouvernement français. Inscrit dans le prolongement de la loi bioéthique d'août 2021 qui prévoyait la mise en place d’un plan national pour lutter contre l'infertilité, ce rapport en listait pour la première fois les causes.

"Son but n'était pas de culpabiliser ou d'inquiéter mais d'apporter une information au plus grand nombre sur les facteurs de risque ou les limites de l'assistance médicale à la procréation (AMP)", explique le Pr Hamamah, responsable du service reproduction humaine et fertilité au CHU de Montpellier.

"C'est pour nous un problème de santé publique auquel il faut donner de la visibilité", relève Virginie Rio, fondatrice du collectif Bamp, qui organise la 8e semaine de sensibilisation à l'infertilité, du 31 octobre au 6 novembre.

Aujourd’hui, dans la plupart des pays développés, un couple sur quatre en désir d’enfants ne parvient pas à obtenir une grossesse après 12 mois d’essai, délai correspondant à la définition de l’infertilité par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). 

L'aide médicale à la procréation "surinvestie" ?

Au cours des dernières décennies, la fréquence de l'infertilité masculine et féminine ne cesse d’augmenter. Avec pour principale cause le recul de l'âge de la maternité. En 2020, les Françaises avaient leur premier enfant à 30,8 ans en moyenne, contre 24-25 ans en 1977. Or la fertilité féminine décline dès 30 ans et cette chute s’accélère significativement à partir de 35 ans. En 2020, environ 190.000 enfants, soit un quart du nombre total de naissances, sont nés d’une mère âgée de 35 ans ou plus. 

En outre, le public accorde une confiance excessive à l'aide médicale à la procréation (123.000 "tentatives" en France en 2020) pour contrebalancer les effets de l’âge, soulignent les spécialistes.

Or "ce n'est pas une baguette magique", avertit Joëlle Belaisch-Allart.

Dans les centres d’AMP français, le taux de naissance vivante par tentative n’atteint ainsi que 20% en moyenne. Et après 38 ans, les résultats de la fécondation in vitro sont insatisfaisants.

Les nombreuses causes d'infertilité

Parmi les autres causes d'infertilité, on peut citer des causes médicales (endométriose, syndrome des ovaires polykystiques chez les femmes), des facteurs liés au mode de vie (tabac, alcool, obésité...) mais aussi une baisse de la qualité du sperme.

L'environnement est pointé du doigt. De nombreuses études ont décrit un lien entre l’exposition à certaines familles de substances chimiques et les troubles de la fertilité.

Une méta-analyse publiée en 2017 révélait que la concentration de spermatozoïdes dans le sperme a diminué de plus de 50% en moins de quarante ans (1973 -2011) chez les hommes occidentaux.

Hommes et femmes trop peu informés

"On est aujourd'hui face à un défi majeur mais on peut prendre un certain nombre de mesures simples qui ne sont pas nécessairement coûteuses", plaide le Pr Hamamah. Le sujet pâtit notamment d'un déficit d'information. "Trop de femmes essaient d'avoir un premier enfant à 40 ans mais ne comprennent pas pourquoi elles n'y parviennent pas", pointe le Dr Belaisch-Allart. Parmi ses préconisations, le rapport proposait ainsi d'informer régulièrement le public, dès l'école secondaire, sur la physiologie de la reproduction et le déclin de la fertilité avec l’âge.

Autre idée : instaurer des consultations ciblées pour qu'hommes et femmes puissent repérer de potentiels facteurs d’altération de leur fertilité.

En France, la loi bioéthique a certes ouvert la possibilité d'une congélation de gamètes (ovocytes ou spermatozoïdes) sans motif médical. Mais "l'activité n'a pas été ouverte aux centres privés, elle reste concentrée dans les centres publics. Or la demande explose", regrette Virginie Rio. Et les délais pour obtenir un rendez-vous varient généralement de trois à six mois. Autant de temps perdu face à un désir d'enfant, déplore-t-elle.

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