Le Dit du Gaijin

Le Dit du Gaijin : qui est son réalisateur, M. Tikal ? [Interview]

© M. Tikal – Dit du Gaijin épisode 1

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Le premier épisode du Dit Du Gaijin ("Le Dit de l’Étranger") est sorti hier sur la chaîne YouTube d'iXPé ! Véritable expédition dans la société japonaise, le web-documentaire jouit d’une approche inédite et de plans de qualité. Mais qui se cache derrière la réalisation de la série documentaire ? Nous avons pu rencontrer et interviewer l’homme derrière et devant la caméra : M. Tikal.

 

Bonjour Tikal, pourrais-tu te présenter pour celles et ceux qui te découvrent ?

Je m’appelle Tikal, je suis né à l’Ere Heisei [période allant de 1989 à 2019, ndlr] et j’adore les chats. Il m’arrive fréquemment de me réveiller au milieu de la nuit parce que j’ai une nouvelle idée pour un film, et je me suis récemment installé au Japon, pays qui m’intrigue depuis l’enfance…

 

D’où ça vient, cette passion pour la culture et la vie au Japon ?

Comme beaucoup, j’ai découvert le Japon par le biais des animes. Et pas n’importe lequel, puisqu’il s’agissait d’une œuvre matricielle : Dragon Ball ! Je devais avoir aux alentours de cinq ans… Très vite, j’ai préféré le manga à son adaptation animée, le style de Toriyama Akira ayant provoqué en moi un choc sensuel qui m’a immédiatement donné envie de dessiner et créer à mon tour ! Mais à l’époque, les animes et manga n’étaient pas encore appréciés et reconnus par le grand public, c’étaient des médias considérés comme marginaux et sujets à de nombreuses polémiques…

La chance que j’ai eue, c’est d’avoir des parents très pédagogues ! Ils ont donc encadré et nourri ma curiosité, m’expliquant que c’était des bandes dessinées venant d’un autre pays situé au bout du monde. C’est de cette façon que j’ai appris la notion "d’ailleurs", mais surtout qu’il y avait d’autres cultures, d’autres langues, d’autres mœurs, etc. Mon attirance pour les mangas s’est donc vite transformée en intérêt profond pour l’ensemble de la culture japonaise, principalement son histoire, sa langue et ses arts.

La chance que j’ai eue, c’est d’avoir des parents très pédagogues ! Ils ont donc encadré et nourri ma curiosité, m’expliquant que c’était des bandes dessinées venant d’un autre pays situé au bout du monde.

Et cette passion pour la vidéo, la réalisation de courts ou longs métrages, ça vient d’où ?

Dragon Ball a donc provoqué en moi une envie créatrice, qui s’est concrétisée par le biais de dessins. Pendant très longtemps, j’ai d’ailleurs songé à faire carrière dans la bande dessinée. Sans prétention, j’avais même atteint un très haut niveau… Mais qui ne me suffisait pas ! Je voyais bien que je n’arriverais jamais à atteindre l’excellence de Toriyama Akira ou Otomo Katsuhiro au Japon, de Enrico Marini en Italie ou de Marc Michetz en Belgique…

Je me suis donc tourné vers ma troisième et dernière passion majeure, à savoir le cinéma ! Car contrairement au dessin, je me sens beaucoup plus libre dans cette discipline, mais surtout, j’ai le sentiment que mes créations y sont plus pertinentes… Mes références absolues sont Speed et The Matrix à l’Ouest (j’étais fan de Keanu Reeves avant que ça ne soit la mode !), et Kurosawa, Kitano et Miike à l’Est.

Yamcha, célèbre personnage de Dragon Ball (bien qu’assez faiblard) |
Yamcha, célèbre personnage de Dragon Ball (bien qu’assez faiblard) | M. Tikal – Dit du Gaijin épisode 1

A travers la série du Dit du Gaijin, qu’est-ce que tu veux nous transmettre ?

La beauté de la culture japonaise, par le biais de ses innombrables facettes ! C’est un pays qui, paradoxalement, bénéficie d’un intérêt mondial, mais cet intérêt est malheureusement très limité, pour ne pas dire étriqué et faussé… Sa douceur aussi ! Le Japon bénéficie d’une image très étrange et stricte, alors que sur de nombreux points, elle est beaucoup plus tolérante et agréable que nos sociétés occidentales.

C’est un pays qui, paradoxalement, bénéficie d’un intérêt mondial, mais cet intérêt est malheureusement très limité, pour ne pas dire étriqué et faussé…

Et en quoi le Dit du Gaijin se démarque des autres productions qui ont déjà été réalisées sur le Japon ?

Je me démène pour que notre création s’illustre sur deux points ! Concernant la forme, je tiens vraiment à me démarquer des codes "YouTube" en mettant mes connaissances cinématographiques au service de la réalisation et de la narration. Je suis très minutieux quant à la mise en scène de la série, dont la forme est assez unique puisque déclinée en deux formats qui s’alternent : d’abord des courts-métrages sous forme de contes, ensuite des vidéos face caméra en apparence plus spontanées, mais en réalité également fictionnalisées. Dans ce second format, j’utilise d’ailleurs un ton assez provocateur et irrévérencieux envers la culture occidentale !

Concernant le fond, c’est un peu plus délicat… Comme dit plus haut, le prisme occidental sur la culture japonaise est assez limité et malheureusement, la majorité des vidéastes produisant du "contenu" à propos du Japon restent dans un carcan assez réduit, à savoir celui de la pop culture et du "choc" culturel. Personnellement, je trouve ça assez irrespectueux, car cette notion de "choc" découle uniquement du fait qu’ils abordent quasi systématiquement la société japonaise selon leur point de vue d’étranger, comme s’ils étaient la norme et le Japon une curiosité (au mieux) voire une anomalie (au pire) à apprivoiser… Il y a aussi un phénomène "parc d’attractions à ciel ouvert" que je trouve assez dérangeant, et un entretien de clichés et lieux communs assez agaçant ! Du coup, j’essaye de me positionner à l’opposé de cette attitude : dans les épisodes sous forme de contes, je minimise ma présence et mon temps de parole au maximum, afin de laisser les Japonais parler en leur nom de leur culture.

[…] La majorité des vidéastes produisant du "contenu" à propos du Japon restent dans un carcan assez réduit, à savoir celui de la pop culture et du "choc" culturel.

Combien de temps a duré cette épopée sur l’archipel ? Y as-tu rencontré une diversité de personnalités ?

Au moment de cette interview, mon immigration est encore très récente, cela ne fait même pas cinq mois que je suis venu m’installer à Tokyo ! J’espère m’y établir pour de bon, le Japon correspondant beaucoup plus à ce que je recherche dans mon quotidien… Pour ce qui est des personnalités, en effet, j’ai eu l’occasion de rencontrer de nombreux profils, tous très différents les uns des autres ! Mais je n’en dis pas plus, car vous pourrez les retrouver au fur et à mesure des épisodes du Dit du Gaijin !

Le shodô, l’art de la calligraphie japonaise |
Le shodô, l’art de la calligraphie japonaise | M. Tikal – Dit du Gaijin épisode 1

Selon toi, pourquoi le Japon a-t-il toujours attiré notre regard d’Européens ?

C’est une excellente question, d’autant plus qu’elle ne se limite pas aux Européens ! En Asie, le Japon est depuis longtemps une destination d’élévation sociale pour les Philippins et les Vietnamiens, alors que les États-Unis ont porté un regard de plus ou moins bon goût sur l’archipel avec l’exploitation des films de ninja dans les années '80…

Je pense que le côté légèrement inaccessible de l’île, avec sa langue et sa culture uniques, ont un côté fascinant : on est toujours intrigué par les choses qui nous semblent inatteignables ! La recherche perpétuelle de l’excellence par le peuple nippon est également très séductrice… Mais en vérité, le côté multifacettes du pays peut vous attirer pour mille et une raisons. C’est d’ailleurs le postulat d’une émission très célèbre au Japon intitulée YOUは何しに日本へ?(You ha nani shi ni Nippon he ? – Pourquoi êtes-vous venu au Japon ?), dans laquelle une équipe de télévision se rend dans les différents aéroports de l’archipel pour interviewer au hasard les étrangers arrivant au Japon ! Les réponses sont d’une grande diversité, et sont même souvent assez surprenantes…

 

Pour suivre l’épopée de Tikal au Pays du Soleil Levant, on se retrouve deux fois par mois pour un nouvel épisode sur la chaîne YouTube d’iXPé et sur la plateforme Auvio !

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