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Le documentaire LOVE (le choix de la vie d’artiste) : une déclaration d’amour aux artistes bientôt sur Tipik

Les candidats au concours d’entrée de l’école supérieure d’Acteurs du Conservatoire de Liège (ESACT).

Julien Stroïnovsky réalise un documentaire en immersion tourné à l’occasion du concours d’entrée de l’école supérieure d’Acteurs du Conservatoire de Liège (ESACT).

Caméra au poing, il filme les candidats au concours d’admission venus présenter avec leurs répliques (parfois eux-mêmes candidats) leurs scènes d’entrée devant un jury composé des professeurs de l’école. Leur seront demandés une scène classique, une scène contemporaine et un texte non dramatique, communément appelé "parcours libre".

 

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Au sortir d’une audition, lors de la pause déjeuner ou dans les sanitaires alors qu’ils se rafraîchissent, Julien Stroïnovsky suit les candidats et immortalise des moments de vie : une étreinte entre deux partenaires qui semblent heureux de leur passage, la démarche énergique et volontaire d’une toute jeune fille de dix-huit ans, la déception rencontrée par suite d’un passage qui ne s’est pas passé comme on l’espérait… Quelquefois il les interpelle. A voix basse, dans un murmure, il interroge :

Pourquoi choisir la vie d’artiste ? Comment l’imaginent-ils ? A quoi rêvent-ils ? Comment sont-ils venus au théâtre ? Pourquoi présentent-ils ce concours en particulier ?

Les réponses se croisent ou divergent. Parfois longuement réfléchies ou au contraire improvisées, certaines sont dites du bout des lèvres quand d’autres fusent, immédiates. Elles finissent toutefois par former un patchwork, une mosaïque aux multiples couleurs et nuances dont un motif se détache pourtant : la volonté de vivre une vie autre, loin des sentiers battus et de l’existence rangée qu’offre apparemment celle d’un employé de bureau. LOVE (le choix de la vie d’artiste) brosse le portrait d’une jeunesse aux yeux emplis d’étoiles, ces yeux que Julien Stroïnovsky adore filmer. Privilégiant les gros plans ou plans rapprochés, le réalisateur/ cameraman nous offre sur un plateau les émotions qui traversent ces jeunes. Ne dit-on pas que les yeux sont les fenêtres de l’âme ?

Photo d’une citation d’Olivier Py écrite sur un mur du Conservatoire de Liège.
Photo d’une citation d’Olivier Py écrite sur un mur du Conservatoire de Liège. Julien Stroïnovsky / Novsky Films

Passeur d’émotions

Là où excelle Julien Stroinovsky, c’est dans sa capacité à nous faire ressentir les émotions des jeunes qu’il filme sans pour autant jamais tomber dans le pathos ou l’excès. De son film se dégage une grande pudeur alors même que le principe pourrait être considéré comme un peu voyeuriste tant ses protagonistes sont à fleur de peau. Dans sa note d’intention, il écrit :

Je suis diplômé d’un Conservatoire en Art dramatique, mais je ne me suis jamais considéré comme un comédien. J’ai fait les études, mais je n’ai pas fait le choix de la vie d’acteur. A l’aube de la quarantaine, j’ai ressenti le besoin d’interroger mon désir d’artiste en tant que réalisateur. J’ai cherché un lieu où le choix de la vie d’artiste est posé comme condition de départ. Être au contact de là où tout commence, où le désir est affirmé haut et fort. C’est l’ESACT qui m’a accueilli très simplement et avec grande confiance. L’énergie qui se dégageait du concours de cette école, du bâtiment et des participant.es faisaient pleinement écho avec ce qui me taraudait. Tous les ingrédients étaient là pour que LOVE voit le jour. J’ai choisi de travailler seul, rapidement et proche des jeunes. J’ai choisi de me confondre avec les énergies en présence. J’ai accepté que le film soit à l’image des évènements, des lieux et des gens. C’est-à-dire qu’il soit mal éclairé, mal décoré, mal habillé, mal sonorisé, mais plein de vie. Plein d’engagement, plein d’amour.

LOVE est l’occasion de célébrer ces jeunes artistes en devenir, leur élan et leur courage de se frotter à ce rêve un peu fou. C’est l’occasion de les remercier sincèrement de nous permettre de réinterroger et nourrir notre flamme originelle.

Un feu sacré qui, dans LOVE (le choix de la vie d’artiste), témoigne tour à tour de l’extrême engagement physique et émotionnel des participants au concours : on y voit les corps en sueur sur un plateau lors des exercices et échauffements effectués sous la conduite de professeurs de l’ESACT ; la détermination d’une jeune femme au sortir de scène… Celle-ci, yeux exorbités, cheveux ébouriffés, essoufflée à la suite de l’effort physique qu’elle vient de fournir et peut-être le souffle coupé par l’émotion, presque hébétée, explique : "J’ai fait des millions de concours". De son passage, elle confie : "c’était surprenant, même pour moi. C’était aussi le but, se surprendre ! Les mots, je les ai tellement mâchés qu’ils ne m’appartiennent presque plus, l’idée c’était que ça sorte… (elle mime le geste, effectue une pause, ndlr), je ne sais pas, comme un rituel !". À une autre candidate qui vient d’interpréter "Fais-moi mal, Johnny, Johnny, Johnny", le réalisateur lui demande la raison de son choix. Elle explique l’avoir passée au premier tour du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique de Paris (CNSAD) et être allée jusqu’au second tour, preuve que le jury avait apprécié sa prestation. Elle a donc décidé de la passer à nouveau. De sa non-admission au CNSAD elle déclare, geste à l’appui :

Ce n’est pas grave, je tente jusqu’à ce que ça rentre, bordel !

Il y a chez ces candidats quelque chose de l’énergie du désespoir. Lors de la première séquence du film, un jeune homme énumère les concours qu’il a passés en France avant de tenter sa chance en Belgique. Il porte un tee-shirt jaune, couleur de l’espérance, et sourit, mais celui-ci semble figé comme pour masquer sa crainte d’être encore une fois refusé. On perçoit chez ces jeunes l’envie d’en découdre, la peur de sortir du cocon des études. Quand Julien Stroïnovsky demande à une candidate pourquoi passer les concours, sa réponse est : "Je préfère être dans une école, j’ai 22 ans alors il faut que…". Elle s’interrompra là, les mots se perdant dans le vide, ne pouvant pas dire son angoisse. Se ressent aussi l’amour du jeu – quelques minutes sur un plateau valant "tout l’or du monde !" – leur besoin de reconnaissance (l’un d’entre eux déclare qu’il veut être acteur parce que cela lui donne la possibilité d’être aimé, peu importe qui il est). Julien Stroïnovsky montre aussi les différences. Certains tiennent absolument à entrer dans une école quand d’autres pensent que "c’est une voie comme une autre pour devenir artiste". D’aucuns relativisent l’importance du théâtre pour la société, d’autres y voient la possibilité de s’emparer de l’outil, "très puissant pour altérer la manière de penser des gens, pour le meilleur bien entendu".

Certaines de ces graines d’artistes se proposent de "faire oublier aux gens ne serait-ce que quelques minutes leur vie de merde". On sent un certain dégoût vis-à-vis du modèle sociétal proposé. À la question "serais-tu prêt à sacrifier le petit confort bourgeois pour devenir artiste ?", l’un d’eux confie qu’une partie de lui veut justement faire du théâtre pour ça, "parce qu’il y a quand même des choses bien plus belles à faire que de rester là-dedans et d’attendre la fin". Julien Stroïnovsky nous offre à voir ces jeunes qui effectuent pour certains presque une quête, une véritable profession de foi qui s’impose à eux, telle que la décrit Noé Preszow dans sa chanson "Cette route-là" (que le réalisateur a choisi comme générique de fin de son film et que nous vous proposons de découvrir ci-dessous). Julien Stroïnovsky ne nous épargne pas ce qui peut paraître comme de la prétention, atténue par la gaucherie de la jeunesse.

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Informations pratiques

Le documentaire LOVE (le choix de la vie d’artiste) de Julien Stroïnovsly sera diffusé le mardi 22 février à 23h25 sur Tipik dans le cadre de la semaine du Spectacle vivant.

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