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Festival de Cannes

Le Festival de Cannes, 75 bougies et beaucoup de défis à relever

Le Festival de Cannes ouvre ses portes ce soir
17 mai 2022 à 11:13 - mise à jour 17 mai 2022 à 11:14Temps de lecture3 min
Par Hugues Dayez

Moteur ! Action ! C’est ce soir que démarre le 75e festival de Cannes. Après une édition en mode mineur pour cause de Covid l’an dernier, un des évènements cinéma les plus suivis de la planète entend bien retrouver un peu de son lustre d’antan. Mais ce ne sera pas simple…

Une édition historique pour le cinéma belge

Quel que soit le palmarès à la fin de ce 75e festival de Cannes, on sait déjà que cette édition restera dans les annales du cinéma belge puisque deux cinéastes wallons et deux Flamands concourent pour la Palme d’Or, c’est du jamais vu. Les Wallons, ce sont bien sûr les frères Dardenne qui, pour la neuvième fois consécutive, se retrouvent en compétition, leur nouveau film s’intitule "Tori et Lokita", et évoque le sort des mineurs non accompagnés en Belgique.

Les Flamands, ce sont Félix Van Groeningen et Lukas Dhont. Le premier, révélé à Cannes avec son film "La merditude des choses" arrive en sélection officielle avec un film tourné en Italie avec Charlotte Vandermeersch, "Le otto montagne". Le second, lauréat de la Caméra d’or sur la Croisette il y a quatre ans avec "Girl" viendra présenter son deuxième long-métrage, "Closer". Van Groeningen ouvrira la compétition ce mercredi, Dhont sera en lice le jeudi 26.

La présence belge ne s’arrête pas là : le duo Adil El Arbi/Bilall Fallah ("Black", "Bad boys for life") aura les honneurs d’une séance de minuit avec "Rebel", leur nouveau film qui évoquera le destin des jeunes musulmans qui rejoignent la Syrie… Enfin, dans la section de la "Semaine de la critique" (là où fut révélé il y a trente ans "C’est arrivé près de chez vous"), on pourra découvrir le premier long-métrage de la cinéaste Emmanuelle Nicot, " Dalva ", qui traite avec pudeur du thème de l’inceste.

Le retour des studios hollywoodiens

L’autre fait marquant de cette édition 2022, c’est le retour de Hollywood à Cannes. Demain, trente ans après sa première visite, Tom Cruise se servira du festival comme rampe de lancement pour "Top Gun – Maverick", la suite, 36 ans après (!), du blockbuster de feu Tony Scott. Et la semaine prochaine, le réalisateur de "Moulin Rouge", Baz Luhrmann, viendra présenter son biopic sur Elvis Presley. Comme de coutume, ces films sont HORS compétition, car Hollywood n’aime pas voir la carrière de ses grosses productions dépendre d’un jury de neuf personnes. (Warner a mis très longtemps à digérer le fait que "Mystic River", un des meilleurs films de Clint Eastwood présenté en compétition, reparte bredouille en 2003. Même chose pour les frères Coen avec "No country for old men", boudé par le jury en 2007 et vainqueur l’année suivante aux Oscars… La liste de ce genre d’injustices est hélas longue, et a rendu les rapports entre Cannes et Hollywood assez compliqués.)

Une compétition VRAIMENT internationale

Le jury, présidé cette année par Vincent Lindon, devra décerner une Palme d’Or à partir d’une sélection de 21 films. Et contrairement à l’édition 2021 où le cinéma français se taillait la part du lion (et remportait une incongrue Palme d’Or avec "Titane "), cette fois la variété des nationalités est beaucoup plus large. Il y a les anciens lauréats de la Palme d’or : outre les frères Dardenne, le Roumain Cristian Mungiu, le Japonais Kore-Eda, le Suédois Ruben Ostlund seront de retour pour briguer un nouveau trophée. Il y a l’Américain James Gray et le Canadien David Cronenberg, habitués de la compétition, mais qui n’ont jamais remporté de Palme… Il y a aussi des revenants inattendus, comme le doyen du cinéma polonais Jerzy Skolimowski.

La crise du cinéma d’auteur

Cette belle présence de grands noms du cinéma d’auteur arrive dans un contexte économique difficile pour le cinéma en salles. Selon les pays, la fréquentation a baissé de grosso modo 40% par rapport aux chiffres de 2019, l’année avant la crise du Covid. Et pendant les deux ans de la pandémie, les studios hollywoodiens ont choisi la politique des plateformes de streaming : Disney +, Amazon Prime, Apple TV sont montés en puissance et font aujourd’hui de l’ombre à Netflix. Et dans les salles, si les films de superhéros continuent à cartonner, le cinéma d’auteur peine à retrouver son public d’antan…

Dans ce contexte, quel rôle peut jouer le Festival de Cannes ? Dès ce soir, les montées des marches, les soirées mondaines, les dîners entre professionnels vont tenter d’occuper le terrain médiatique pour relancer la grande machine du cinéma. The show must go on, c’est bien connu. Mais il ne continuera s ans doute plus ni avec les mêmes acteurs ni avec les mêmes rapports de force.

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