Le flop de la Super League : "UEFA et FIFA n'ont pas d'avantages à donner voix aux plans de réformes"

22 avr. 2021 à 06:39 - mise à jour 22 avr. 2021 à 06:39Temps de lecture3 min
Par RTBF

La Super League est enterrée avant d’avoir vécu. Le flop de cette compétition annoncée en début par les 12 des plus grands clubs d’Europe a été retentissant. Supporters, joueurs, instances du football européen et mondial : tous ont fait front contre ce projet dont se sont retirés la quasi-totalité des premiers engagés. Jean-Michel De Waele, sociologue du sport et professeur en sciences politiques à l’ULB, n’y a pas cru dès le début, en raison notamment de la "capacité de résistance des supporteurs, des clubs, des joueurs. Et elle a été forte", réagit-il ce jeudi dans Matin Première.

Totalement coupés de la réalité sociale et sociologique

Mais l’élément déterminant aura été les réactions politiques, dit le spécialiste de sport. "Je pense que le projet est très mal ficelé. On peut être des dirigeants de clubs huppés et vivre dans un monde de business et d’argent et être totalement coupés de la réalité sociale et sociologique du football. Je pense que cet essai raté montre aussi une incompétence et une méconnaissance du tissu social, du football et de la réaction profonde de projet peut susciter."

Foot / 12 grands clubs européens lancent leur Super League

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Les acteurs du football ne se taisent plus quand il s’agit de dénoncer les injustices ou les décisions prises sans leur approbation. On l’a constaté avec le mouvement Black Lives Matter et la lutte contre le racisme qui a gagné les terrains de football. Il se passe donc "quelque chose dans le monde du sport en général", soutient Jean-Michel De Waele. "Le monde du sport a tenu à son apolitisme et a toujours tenu à dire : 'le sport n’a rien à voir avec la politique'. Ce qui était évidemment une fiction complète."

Je pense qu’on est en train de basculer dans autre chose

Il n’empêche, depuis quelque temps, "on peut en effet noter un investissement de joueurs, d’entraîneurs sur un certain nombre de causes. Alors, Black Lives Matter a donné un exemple venant les États-Unis. Il y a un joueur de football (Marcus) Rashford qui joue dans un club important en Grande-Bretagne (NDLR : Manchester United) qui a mené un combat extrêmement courageux contre Boris Johnson pour que les enfants défavorisés reçoivent au moins un repas par jour".

Du côté français, "il y a (Antoine) Griezmann, un joueur de Barcelone qui a rompu son contrat avec Huawei, pour protester contre la politique vis-à-vis des Ouïgours. Et maintenant aussi, toute une série de joueurs et d’entraîneurs se sont prononcés. Donc oui, il y a quelque part un barrage qui a l’air de céder. Je pense que la société sportive était grosse de quelque chose. Parfois, il faut attendre très longtemps. On ne sait pas très bien ce qui fait qu’on bascule, mais je pense qu’on est en train de basculer dans autre chose."

La Super League, portée notamment par la Juventus de Turin et de le Real Madrid n’existe plus. Mais que proposer pour contenter ces grosses écuries ? Quelles réformes l’UEFA doit-elle lancer en Europe pour proposer une alternative aux compétitions actuelles pour ne léser ni les grands ni les petits clubs ?

Un secteur économique qui doit être régulé

Le monde du football doit se remettre en question pense Jean-Michel De Waele. "Je pense que c’est évidemment ça la grande faiblesse, c’est qu’on s’arrête à la protestation et dire : 'On ne veut pas de ce foot-business, que Kevin De Bruyne gagne 50.000 euros par jour'. Ce sont des choses qui sont peu acceptables, mais les personnes qui travaillent sur des alternatives à l’organisation d’autres types de championnat tentent de réguler le football qui est un secteur économique extrêmement important et qui, comme tout secteur économique, doit bien entendu être régulé."

Ces personnes sont peu entendues, estime l’expert. "Il faut dire évidemment que les personnes qui dirigent le football, que ce soit à l’UEFA ou à la FIFA, qui sont quand même mal placés pour donner des leçons de morale et des leçons d’éthique. Ils n’ont pas beaucoup d’avantages à donner voix aux plans de réformes qui existent un peu partout. Ces plans devaient être plus travaillés. Ce qui me frappe, c’est qu’alors que le sport en général, le football en particulier, joue un rôle aussi important, on peut vraiment dire que c’est un impensé politique, idéologique de la gauche ou de la droite."

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