Régions Brabant wallon

Le frigo solidaire de Waterloo confronté à une forte hausse du nombre de bénéficiaires

Le frigo solidaire de Wavre

© RTBF

18 oct. 2022 à 10:04Temps de lecture3 min
Par Barbara Boulet

L’an dernier, une personne sur dix vivait sous le seuil de pauvreté en Brabant Wallon, d’après les statistiques belges officielles. Aujourd’hui, des indicateurs laissent penser que cette proportion est en train de gonfler.

Ainsi, le frigo solidaire de Waterloo, sorte d’épicerie qui distribue gratuitement les invendus des grandes surfaces, a vu son public grandir dans des proportions plutôt préoccupantes. Bien sûr, la fermeture du frigo solidaire de Braine-l’Alleud peut avoir joué un rôle dans ce succès. Mais elle n’explique pas tout. D’abord parce que la hausse des bénéficiaires n’a pas attendu la fermeture du voisin. Et puis, parce qu’il suffit d’écouter les témoignages pour s’en rendre compte.

Je travaille mais mes revenus ne me permettent plus de vivre correctement.

Ce lundi après-midi, par exemple, arrive à l’épicerie une jeune maman, assez coquette et souriante. Avant même d’entrer dans la petite boutique sociale, elle se choisit un des jolis bouquets de fleurs proposés dans un grand vase à l’entrée. A l’intérieur, elle recevra des viennoiseries, du pain, de la viande. "Un peu de tout", résume-t-elle, pour la modique somme d’un euro de participation aux frais fixes de l’association. C’est le principe ici : faire ses courses presque gratuitement, grâce à un réseau de récupération d’invendus de grande surface, organisé par plusieurs dizaines de bénévoles.

Cette maman nous confie qu’elle est nouvelle ici. "La hausse de l’énergie fait que c’est difficile de finir le mois. Je travaille mais mes revenus ne me permettent plus de vivre correctement. Ici, il y a des petits plaisirs, des yaourts. Ça change un peu la vie".

+ 1300 bénéficiaires en plus depuis juin 2021

De nouveaux bénéficiaires, Marianne en a vu beaucoup ces derniers temps. Elle est la présidente de l’association. "J’ai fait une statistique sur une année. De juin 2021 à 2022, on a eu 1000 personnes supplémentaires. Puis j’ai vu que les frigos se vidaient rapidement. J’ai refait une analyse du mois passé : on a gagné encore 300 personnes supplémentaires sur un mois. Alors qu’on tourne autour des 3000 par mois. Ça fait 10% en plus. C’est énorme", explique-t-elle.

Pour Marianne, qui s’entretient beaucoup avec les bénéficiaires, la raison de cette hausse de la demande est plutôt évidente. Il y a eu d’abord le chômage temporaire durant la crise du Covid. Puis sont arrivés les Ukrainiens avec leurs besoins. Et maintenant, la crise de l’énergie qui frappe de plein fouet un nouveau public de classe moyenne : "Plutôt que d’aller chercher de l’aide au CPAS, certains commencent par ici, pour faire quelques économies avec des colis alimentaires", analyse-t-elle.

La crise à tous les niveaux

Et comme si cela ne suffisait pas, à cette hausse de la demande vient s’ajouter la baisse de l’approvisionnement. Car les articles à prix réduits pour cause de vente rapide s’écoulent comme des petits pains dans les supermarchés, décode Marianne : "Évidemment vous et moi, on cherche aussi à faire des économies. Donc on va dans les magasins acheter les promotions à la date du jour. Ceux qui finissaient jusqu’ici chez nous. Donc on a moins de récoltes. C’est un engrenage sans fin".

Avec cette hausse de la demande et cette baisse de l’approvisionnement, l’association n’a eu d’autre choix que de limiter les colis : un repas et demi par bénéficiaire, deux légumes, et deux fruits. Mais n’y fait : aujourd’hui, plusieurs frigos restent vides.

Cinq frigos sont vides, tant la demande est importante et l’approvisionnement qui ne suit plus.
Cinq frigos sont vides, tant la demande est importante et l’approvisionnement qui ne suit plus. © RTBF

Ce qui se passe actuellement au frigo solidaire de Waterloo ne ferait-il que refléter une tendance plus générale ? Des indices le laissent, hélas, penser.

Même constat au CPAS et aux restos du cœur

Ainsi, au CPAS de Waterloo, les assistants sociaux sont plus que jamais sollicités. "Beaucoup de gens appellent pour demander des renseignements", observe le président Raphaël Szuma. "Il y a beaucoup d’appels de la part de personnes qui ont peur de la suite". Le nombre de dossiers ouverts y a fait un bond de 25%, en quelques semaines.

Même constat aux restos du cœur de Wavre. Entre le moins de janvier et septembre de cette année, 52.888 repas ont été servis sur les trois antennes de Wavre, Beauvechain et Chaumont-Gistoux. L’an dernier, sur la même période, ce nombre était de 40.836. Cela signifie une hausse de fréquentation de 29%. Des chiffres qui parlent d’eux-mêmes dans la province la plus riche de Wallonie.

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