Jupiler Pro League

Le gâchis Anouar Ait El Hadj, comment en est-on arrivé là ? "Anderlecht l’a cassé mentalement"

© Tous droits réservés

Le week-end dernier, Anouar Ait El Hadj a refusé de jouer avec le RSCA Futures, l’équipe U23 d’Anderlecht qui évolue dans l’antichambre de l’élite. Le milieu offensif, symbole du 'process' au temps de Vincent Kompany, a connu des débuts canon avant de régresser, dès la saison dernière, dans la hiérarchie du noyau anderlechtois. Golden-boy devenu paria, mais pourquoi ? Tentative de décryptage en retraçant le fil d’un début de carrière déjà accidenté.

Les débuts pour le retour du Prince

© Tous droits réservés

Le 28 juillet 2019, Vincent Kompany effectue un retour princier au Parc Astrid. Etendard du nouveau projet mauve, il est accueilli par un tifo XXL. Face à Ostende, il fait jouer un onze de poussins et fait monter un certain Anouar Ait El Hadj (17 ans). Le Molenbeekois passe une première saison dans l’ombre mais s’apprête à éclore pour la deuxième saison estampillée "Trust The Process". C’est dans ce deuxième exercice qu’il se révèle, profitant d’une blessure de Verschaeren pour s’installer dans le onze. Lors d’un soir de grâce à Genk, il offre la victoire aux Mauves d’une frappe magistrale. En Playoffs 1, il est titulaire à part entière d’une équipe qui renoue avec le top 4. Avec 52% de temps de jeu répartis sur l’ensemble de la saison à 18 ans à peine, Kompany semble lui accorder une confiance aveugle. "La fin de saison régulière où Anderlecht a été accrocher in extremis les Champions Playoffs, c’est en partie grâce à lui", analyse Nordin Jbari. "Il avait trouvé une vraie complémentarité avec les autres joueurs et se montrait régulièrement décisif." Tous les voyants sont au vert pour connaître une deuxième saison faste, mais l’été qui suit va tout changer.

Une surcharge qui pèse lourd

La saison dernière (2021-2022), Kompany entame sa première saison complète en tant que T1. Mais le coach anderlechtois pointe, dès la préparation, un manquement chez son joueur. Aït El Hadj serait revenu de ses congés estivaux avec 1,5kg en trop. Un "oubli de faire du sport" dû à un "besoin de déconnecter" qui le marginalise auprès d’un Kompany qui revendique sa sévérité envers le jeune joueur. "Je n’ai pas très bien compris ce que Kompany a fait avec le joueur à ce moment-là," dit Nordin Jbari. "Même avec son kilo de trop en début de saison dernière, il a joué un match à Genk où il a terminé avec le plus de kilomètres parcourus de toute son équipe. Cela veut dire qu’il était quand même à niveau physiquement."

Le retour en forme de Verschaeren dans le onze de base fragilise d’autant plus le Molenbeekois qui se montre pourtant compréhensif quand il s’assied sur le banc. Bien entouré par une famille dévouée et positive, El Hadj traverse sa deuxième saison pleine dans un anonymat relatif (2 buts, 1 assist, 25% de temps de jeu) mais se dit confiant en l’avenir. "A l’époque, il parlait beaucoup avec Vincent qui n’arrêtait pas de louer ses qualités sur le terrain… mais ne le faisait plus jouer. Pourtant, ni lui ni sa famille n’ont eu un mot de travers pour Kompany, qu’ils respectaient énormément. Mais ce genre de signaux contradictoires sont particulièrement difficiles à comprendre pour un jeune joueur."

Barré par un joueur qui a deux fois son âge

L’arrivée de Felice Mazzu constitue une occasion en or de repartir à zéro. En pré-saison, l’entraîneur carolo brasse large pour trouver la bonne combinaison dans les deux postes de milieu offensifs de son 3-5-2. Mais El Hadj passe à l’arrière-plan, barré par deux concurrents. Lior Refaelov impressionne le coach par son professionnalisme et sa justesse malgré ses 36 ans alors que Verschaeren semble affûté dès le stage aux Pays-Bas du mois de juillet. "Il y a quelque chose qui m’échappe dans la politique anderlechtoise. Je n’ai rien contre Refaelov, qui est un très bon joueur, mais quand tu as de la qualité formée chez toi, tu dois quand même lui donner une opportunité, surtout si le garçon a déjà prouvé par le passé qu’il avait le niveau pour le Sporting. On ne peut pas parler de concurrence si le joueur n’a pas la place pour s’exprimer." En effet, El Hadj n’apparaît pas dans la sélection durant les premiers matchs de championnat et reçoit une seule opportunité de s’illustrer : à Paide, en Estonie, pour un match de qualification pour la Conference League, où il peine à se montrer convaincant malgré ses 80 minutes prestées.

Il faut aussi pouvoir comprendre sa réaction.

Parce qu’il se savait déjà condamné à aller jouer avec le RSCA Futures ? "Anderlecht l’a cassé mentalement", dit Jbari. "Il y a deux ans, le garçon était vu comme un grand talent du football belge et le voilà aujourd’hui condamné à aller évoluer dans une division inférieure. Cela doit être incompréhensible pour lui. On peut déplorer le fait qu’il ne soit pas allé jouer ce match de Challenger Pro League, mais d’un autre côté il faut aussi pouvoir comprendre sa réaction."

Depuis l’intronisation des équipes U23 en Challenger Pro League, Anderlecht met un point d’honneur à y présenter un effectif compétitif. Julien Duranville, Antoine Colassin, Lucas Lissens, Noah Sadiki, les noms prometteurs ne manquent pas et les résultats en attestent : avec 4 sur 6, le RSCA Futures est… en tête de la Challenger Pro League. A l’heure actuelle, le joueur accepte de s’entraîner avec le noyau B. Mais pour combien de temps ? Anderlecht ne souhaite pas le céder mais ne peut lui garantir une place dans l’effectif. Reste aux parties à trouver comment sortir de l’impasse.

Inscrivez-vous aux newsletters de la RTBF

Info, sport, émissions, cinéma...Découvrez l'offre complète des newsletters de nos thématiques et restez informés de nos contenus

Articles recommandés pour vous