On n'est pas des pigeons

Le gaz wallon, la solution face à la crise énergétique ?

Groupe d’hommes dans une galerie de mine.

© Getty Images

Il resterait encore 7 milliards de tonnes de charbon inexploitées en Wallonie, soit entre 100 et 200 milliards de mètres cubes de gaz. Cela représente 5 ans de consommation pour toute la Wallonie. Vu la crise énergétique, qu’est-ce qu’on attend pour aller le chercher ?

L’aspect de l’entrée de la mine d’Anderlues aujourd’hui.
L’aspect de l’entrée de la mine d’Anderlues aujourd’hui. © RTBf

Les veines de charbon contiennent naturellement du gaz. "C’est le grisou, bien connu des anciens mineurs", explique Jean-Marc Baele, géologue à l’université de Mons. "Une tonne de charbon peut contenir entre 20 et 25 mètres cubes de méthane."

On peut extraire ce gaz dans les anciens charbonnages (on parle alors de "gaz de mine"), mais ce sont des réserves assez limitées. Le potentiel gazeux des veines de charbon vierges, jamais explorées (on parle alors de "gaz de houille"), est beaucoup plus important.

Des gisements dans le Hainaut

Il y a plusieurs obstacles à l’exploitation du gaz de houille. D’abord, il faudrait lancer des études géologiques et des sondages pour mieux caractériser et mesurer le potentiel réel de ces gisements.

Ce sont des études qui peuvent prendre plusieurs années et coûter plusieurs millions d’euros.

"Nous savons que la zone la plus intéressante se situe au sud du bassin houiller du Hainaut", explique Daniel Pacyna, du Service géologique du SPW (Région wallonne). C’est là que le charbon est le plus riche en gaz. Ce sont des études qui peuvent prendre plusieurs années et coûter plusieurs millions d’euros. Mais si le prix du gaz se maintient à un niveau élevé pendant des années, cela pourrait intéresser des investisseurs."

Un deuxième obstacle, c’est la densité de population. Contrairement aux Etats-Unis ou au Canada, qui possèdent des gisements dans des zones peu densément peuplées, le charbon wallon est situé dans des zones urbanisées. La perspective de faire des forages au milieu des habitations n’est pas très engageante. Les Wallons acceptent déjà assez difficilement les éoliennes dans leur paysage. Les derricks gaziers ne seraient certainement pas mieux accueillis.

La mauvaise réputation du gaz de schiste

Le troisième obstacle, et non des moindres, est environnemental. La perspective de devoir stimuler ? voire fracturer la roche, comme pour l’extraction du gaz de schiste, fait bondir certains défenseurs de l’environnement.

"L’exploitation de ce gaz", peut-on lire sur le site web de Canopéa (ex Inter-environnement Wallonie), "impliquerait des techniques d’injection de liquide ou de gaz dans le sol pour fractionner/stimuler la roche et permettre l’échappement du gaz. Aujourd’hui, suite à son utilisation intensive pour extraire les gaz de schiste notamment aux États-Unis, les conséquences de la fracturation sur l’environnement sont connues et inacceptables : elle augmente la pollution de l’environnement, accroît l’activité sismique, augmente l’effet de serre en relâchant beaucoup de méthane dans l’atmosphère et est susceptible de rendre l’eau courante inflammable."

Le charbon est une roche plus tendre que le schiste, naturellement plus fracturé et plus riche en gaz.

"La fracturation hydraulique n’est pas systématiquement employée pour exploiter le gaz de houille", nuance Jean-Marc Baele, géologue à l’Université de Mons. "Quand elle l’est, c’est moins brutalement et sans additifs chimiques. Le charbon est une roche plus tendre que le schiste, naturellement plus fracturé et plus riche en gaz."

Extraire des gaz à effet de serre ?

Le dernier obstacle est plutôt politique.

Il paraît difficile de faire accepter un projet consistant à chercher de nouveaux gisements d’énergie fossile.

Au moment où l’Europe se met en ordre de bataille pour décarboner son économie (neutralité carbone visée en 2050), il paraît difficile de faire accepter un projet consistant à chercher de nouveaux gisements d’énergie fossile. D’ailleurs, dans le nouveau Plan Air, climat, énergie 2030, dévoilé récemment par le Ministre wallon de l’Énergie, Philippe Henry, il n’est absolument pas question de gaz de houille.

Seule l’extraction de gaz de mine est encore envisagée, mais c’est très différent. Il s’agit du gaz qui s’échappe des anciennes galeries de mine, celles qui n’ont pas encore été envahies par l’eau.

Le méthane a tendance à sortir dans l’atmosphère, il vaut mieux le brûler et le transformer en électricité.

Le méthane a tendance à sortir dans l’atmosphère et c’est un puissant contributeur à l’effet de serre. D’un point de vue environnemental, il vaut mieux le brûler et le transformer en électricité. Depuis 2019, la société française Gazonor exploite ainsi le gaz produit par l’ancien charbonnage d’Anderlues. Les cinq turbines installées au-dessus de l’ancien puits de mine produisent de l’électricité pour 35.000 ménages.

Gazonor a d’ailleurs introduit une demande de permis pour exploiter trois autres anciens puits de mines au sud de Charleroi. Mais le potentiel du gaz de mine est nettement moindre que celui du gaz de houille. "C’est très difficile à évaluer, car le bassin wallon est peu connu de ce point de vue", explique Yves Fouant (Gazonor)." Je dirais entre 3 et 6 milliards de mètres cubes."

Employé de Gazonor regarde un moteur, le 20 mai 2008 à Avion, permettant de compresser du gaz provenant d’un ancien puit de mines.
Employé de Gazonor regarde un moteur, le 20 mai 2008 à Avion, permettant de compresser du gaz provenant d’un ancien puit de mines. © Tous droits réservés

"De toute façon, du gaz, on va continuer à en brûler"

Aller chercher du gaz de houille dans les veines de charbon non exploitées, c’est extraire du sous-sol une énergie fossile qui ne serait jamais sortie toute seule. Le bilan environnemental est moins favorable que pour le gaz de mine.

Il vaut mieux utiliser un gaz extrait chez nous qu’un gaz transporté sur des milliers de kilomètres.

"Il ne faut surtout pas encourager l’usage des énergies fossiles", estime Jean-Marc Baele. "Mais du gaz, qu’on le veuille ou non, on va malheureusement continuer à en brûler pendant des annéesC’est mieux que de brûler du charbon ou du pétrole. Et il vaut mieux utiliser un gaz extrait chez nous qu’un gaz transporté sur des milliers de kilomètres. Le gaz de houille ne va pas rendre la Wallonie énergiquement indépendante, le potentiel est trop limité. Mais je suis favorable à une ologie de terroir, où des entreprises locales qui consomment du gaz pourraient fonctionner grâce aux ressources qui sont sous leurs pieds, plutôt que d’envisager une fermeture parce que le prix du gaz sur les marchés internationaux explose."

Il y a plein d’autres ressources, et notamment la géothermie profonde, qui est une énergie tout à fait verte.

Pour le géologue de l’université de Mons, il y a une raison supplémentaire d’entamer sans tarder les études nécessaires sur le gaz de houille. "Il n’y a pas que le gaz dans le sous-sol de la WallonieIl y a plein d’autres ressources, et notamment la géothermie profonde, qui est une énergie tout à fait verte.".

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