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Le Hangar ouvre le Photo Brussels Festival avec l’expo collective « Á l’ombre des arbres »

Jaakko Kahilaniemi, Next Possible Victims, 2018

Depuis le livre polémique "La vie secrète des arbres", vendu à plus d'un million d'exemplaires, l'arbre fait le buzz. Symbole de longévité et de résilience, il nous relie au vivant. Mais menacé par la surexploitation, il nous met en alerte face à la catastrophe écologique annoncée. "In the shadow of trees" ( à l'ombre des arbres) au Hangar rassemble une vingtaine de projets photographiques, du plus esthétique au plus politique. 

Old Tjikko, un arbre de 9950 ans photographié par Nicolai Howalt et House of Summer de Kim Jungman
Old Tjikko, un arbre de 9950 ans photographié par Nicolai Howalt et House of Summer de Kim Jungman © Tous droits réservés

De la mélancolie à l'activisme

En préparant cette expo, il y a un an, l'équipe du Hangar redoutait une redondance entre les projets et au final une expo d'une certaine mélancolie, raconte Delphine Dumont, directrice du Hangar et fondatrice du Photo Brussels Festival. Au final, "In the shadow of trees" s'avère esthétique, symbolique, envoûtante... et documentaire. Si l'arbre est inamovible, tous les dangers qui le menacent ne nous incite pas à rester en place. Près d'un tiers des photographes présentent des projets de longue haleine autour de situations d'urgence, en Amazonie bien sûr mais aussi en Sibérie ou au Japon. Petit tour d'horizon.

Pablo Albarenga, Paola Wayuu, 2019
Pablo Albarenga, Paola Wayuu, 2019 © Tous droits réservés

L’Amazonie en résistance

Seeds of Resistance (graines de résistance) est le projet toujours en cours de l'uruguayen Paolo Albaranga auprès des populations qui tentent de protéger leur terre des ravages de l’exploitation forestière et de l’agro-industrie. La série compte déjà 14 portraits d’hommes et de femmes, indigènes et/ou activistes, porte-voix de la résistance. C'est José du peuple Achuar qui a organisé des groupes de surveillance du territoire, notamment par drones. Ou Dani, une militante LGBT et en lutte contre l'industrie agro-alimentaire qui menace la réserve naturelle où elle vit. On le constate, la lutte indigène est bien ancrée dans le XXIe siècle. Les photomontages de Pablo Albarenga rendent compte de cette modernité en mettant en parallèle, en vue "aérienne", le corps du/de la militant.e et le territoire en péril. Dans une équivalence du vivant, humain et non-humain.

Avec leur projet Aya (" fantôme", " âme " en quichua), Arguiñe Escandón et Yann Gross réussissent à fusionner humanité, histoire et politique dans un projet extrêmement sensible réalisé entre 2016 et 2019 dans la forêt amazonienne au Pérou. Au départ d’une photo de la fin du 19e siècle, montrant l’explorateur Charles Kroehle entouré d’indigènes, posant à côté d’un crocodile mort, les deux artistes décident de partir au Pérou pour " se débarrasser des images d’eldorado, de conquistadors, de sauvages, bons ou mauvais " (A. Robert). Le couple en ramène des photos presque traditionnelles de ce genre d’expédition : coin de forêt, humains dans les activités quotidiennes (un homme qui fume, une vieille femme qui projette un liquide dense comme la sève, animaux, cours d’eau. Des photos sombres, par la teinte bleuâtre du crépuscule et par cette impression de " perte annoncée ", de documents déjà précieux. En contraste, Escandon et Gross ont réalisés des images, quasi transparentes, de pan de forêt à l’aide du jus de plantes aux propriétés photosensibles. Des images aux tons ocre et verdâtre, lumineuses mais spectrales. Les très grands tirages de ces phytotypes, dont un collé sur une paroi de verre, sont impressionnants. Témoigner et nous toucher n’est pas si fréquent.

Arguiñe Escandón & Yann Gross, Verde, 2019 et vue de l'installation
Arguiñe Escandón & Yann Gross, Verde, 2019 et vue de l'installation © Tous droits réservés
Gennady's car, Berdyshykha, Russia - 2018  série "Borealis"
Gennady's car, Berdyshykha, Russia - 2018 série "Borealis" Jeroen Toirkens

De la taïga aux baobabs

Plusieurs séries de cette expo "In the shadow of trees", documentent des modes de vie et l'usage traditionnel, raisonné, des ressources de la forêt. Les néerlandais Jelle Brandt Corstius et Jeroen Toirkens présentent quelques images de leur imposant projet "Borealis". Ils ont sillonné, 4 années durant, les 6 pays d'Europe, d'Asie et d'Amérique sur lesquels s'étend la gigantesque forêt boréale (taïga en russe) qui représente 30% de la surface boisée du globe. En huit histoires, ils documentent la vie des habitants de ces régions. Russie, Écosse, Japon, Alaska...Un travail impressionnant et précieux au vu des effets du changement climatique sur ce primordial réservoir de carbone. À des milliers de kilomètres de là, dans le Sud-Ouest de Madagascar, pas une goutte de pluie ne tombe durant 9 mois. Pour conserver l'eau, les habitants creusent un réservoir dans le tronc des grands baobabs qui s'en accommodent très bien. On peut stocker jusqu'à 14000 litres d'eau dans un large tronc. Un échange solidaire entre espèces en quelque sorte. Le photo-reporter Pascal Maître (National Geographic, Géo) expose par le détail tout le processus dans sa série "Baobabs citernes".

Pascal Maître, Baobabs citernes - 2019
Pascal Maître, Baobabs citernes - 2019 Pascal Maître

Si le terme générique "arbre" vous fait plutôt pencher vers la spiritualité et le rituel, les propositions sont nombreuses, comme celle du chinois Yutao Gao qui scanne un pêcher en fleur à la mort de son grand-père dans un rituel de vie et de mort, ou l'approche quasi animiste de communion avec la nature adoptée depuis plus de dix ans par Benjamin Deroche dans sa série Surnature. Et puis les indispensables arbres centenaires, voire millénaires, photographiés, sur une période de 14 ans, aux quatre coins du monde par Beth Moon. De magnifiques "portraits "de ces sentinelles à l'ombre desquelles on se sent tout petit... et pour pas longtemps. 

 

"In the shadow of trees" au Hangar, 1050 Bruxelles dans le cadre du Photo Brussels Festival jusqu'au 26 mars 2022

Beth Moon, Kapok. Palm Beach.Floride de la série "Portraits of Time" - 2004
Beth Moon, Kapok. Palm Beach.Floride de la série "Portraits of Time" - 2004 © Tous droits réservés

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