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Le Japon face au covid : peu de morts, malgré une gestion problématique

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30 déc. 2020 à 11:27Temps de lecture3 min
Par Analyse de Bernard Delattre

Le Japon fait face à une troisième vague de l’épidémie, encore plus virulente que les deux vagues précédentes. Mais malgré tout, au total, l’archipel a réussi à éviter une catastrophe sanitaire majeure. Comment le Japon a-t-il géré cette pandémie ?

Le Japon comptabilise moins de 3500 morts, c’est peu pour un pays de 125 millions d’habitants, et qui, en plus, paraissait très menacé par l’épidémie.

29% des Japonais ont 65 ans ou plus c’est un record mondial.

Or, on le sait, les personnes âgées sont particulièrement vulnérables à ce virus.

Quelle est la clé du bilan japonais ? Les autorités ont bien géré cette crise ?

Non et on l’a d’ailleurs vu dès l’apparition du virus.

En février, à bord du navire de croisière ''Diamond Princess'', en quarantaine à Yokohama, 700 des 3700 passagers et membres d’équipage ont contracté le virus, dans le monde entier, on a critiqué la façon dont Tokyo avait géré cet énorme cluster.

Puis, au printemps, le Japon, comme beaucoup de pays, a été confronté à une grave pénurie de masques. Le gouvernement a mis des mois à régler le problème.

Il a ensuite envoyé trois masques par la poste à chaque Japonais. Pourquoi pas, a priori, mais ça a été un fiasco, cela a coûté les yeux de la tête à l’Etat et pour rien puisque ces masques étaient si petits que très peu de Japonais les ont portés.

Il y a eu aussi deux gros problèmes d’organisation.

Au moment de décréter l’état d’urgence, le gouvernement a décidé de fermer les écoles, mais il n’a laissé que trois jours aux parents qui travaillent pour trouver une solution de garde pour leurs enfants. Cela a mis beaucoup de gens en colère.

Du temps, en revanche, il en a fallu, et pas un peu, pour que l’aide exceptionnelle de 100.000 yens (800 euros, environ) que l’Etat a octroyée à tous les Japonais arrive sur leur compte en banque.

Les formalités administratives étant toujours interminables ici, il a fallu des mois pour que cet argent leur soit versé.

La troisième vague toujours très mal gérée

Certains experts reprochent même au gouvernement d’avoir été le catalyseur de cette troisième vague.

Cet été, pour relancer la consommation, donc l’économie, l’Etat a distribué une cinquantaine de millions de bons de réduction permettant de séjourner à l’hôtel ou de prendre le TGV à prix cassés.

Les Japonais se sont donc mis à voyager. Et, selon des infectiologues, cette campagne de promotion du tourisme a accéléré la propagation du virus dans le pays, ce qui a contribué à la troisième vague de l’épidémie.

En plus, l’Etat a constitué des stocks de deux antiviraux qui, croyait-il, pourraient servir comme traitements du Covid. Cela a coûté des milliards de yensor, on s’aperçoit maintenant que ces médicaments sont peu voire pas efficaces contre le virus. Donc c’est de l’argent public jeté par les fenêtres.

Et, pour ce qui est de se faire vacciner, les Japonais vont devoir patienter.

La plupart des pays ont homologué ces vaccins en quelques jours mais au Japon, cela va prendre des mois vu la lourdeur et la lenteur de l’administration.

Comment expliquer le nombre si réduit de contaminations ?

D’abord par le fait que le Japon s’est barricadé : il s’est vraiment coupé du monde.

Depuis le mois d’avril, ses frontières sont fermées, hormis à quelques hommes d’affaires triés sur le volet et originaires de pays jugés très sûrs d’un point de vue sanitaire.

Cet isolement international a sans doute permis au Japon de limiter le nombre de contaminations.

Surtout, depuis le début de l’épidémie, les Japonais sont extrêmement prudents.

Ici, depuis le mois de février et y compris quand, par moments, le virus refluait, personne n’a enlevé son masque. Les Japonais sont vraiment très responsables et disciplinés face au virus.

Le report des Jeux Olympiques

C’était le 24 mars : l’annonce du report d’un an des Jeux olympiques de Tokyo.

Ce qui a soulagé les Japonais. A l’époque, d’après les sondages, ils jugeaient que cela aurait été de la folie de faire se tenir ces Jeux l’été dernier vu le contexte sanitaire.

Ils n’ont pas changé d’avis, depuis. Une majorité de sondés prône toujours soit le report de ces Jeux à 2022, soit leur annulation pure et simple.

Les Jeux Olympiques les plus chers de l’histoire

S’ils ont lieu ces JO de Tokyo, ce seront les Jeux d’été les plus chers de l’histoire, ce qui contribue d’ailleurs à les rendre impopulaires au Japon.

Ils coûteront 13 milliards d’euros à cause notamment de toutes les précautions sanitaires qu’il va falloir prendre. Les Japonais trouvent que tout cet argent, on aurait plutôt dû l’investir dans la Santé publique.

Le pire c’est que, d’ici à la cérémonie d’ouverture, le 23 juillet, ce budget astronomique risque d’encore augmenter.

Le comité organisateur a déjà dû rembourser plus de 800.000 billets d’entrée. Les rembourser à des Japonais qui les avaient achetés mais qui, finalement, se disent que l’été prochain, ce sera plus prudent de suivre ces Jeux à la télé.

Si en 2021, à cause de l’épidémie, l’événement doit se dérouler à huis clos ou en présence d’un public réduit, ce sera autant de billets supplémentaires qu’il faudra rembourser et ce sont les contribuables japonais qui, par leurs impôts, vont devoir compenser ce manque à gagner.

Et c’est au printemps qu’on décidera si ces Jeux de Tokyo se déroulent en public ou pas et donc à ce moment-là, les étrangers, les Belges, notamment qui détiennent des billets sauront s’ils sont autorisés à y assister.

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