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Le jardin de Nemo, une ferme sous-marine pour les plantes terrestres

04 août 2022 à 14:29Temps de lecture3 min
Par Natalie Massart

Faire pousser des fruits, des légumes ou des plantes aromatiques dans des serres englouties à plus de 6 mètres de profondeur dans la Méditerrannée, c’est possible. Et au Jardin de Nemo en Italie, ça marche !

Ce projet de recherche sous-marine unique au monde est né un peu par hasard en 2012 dans la tête de Sergio Gamberini, alors patron d’une entreprise de matériel de plongée sur la côte ligurienne. Lorsqu’un ami le met au défi de faire pousser du basilic sous la mer, Gamberini place quelques graines dans une boîte plastique hermétique qu’il place dans un ballon d’air à 8 mètres de profondeur. Le résultat est bluffant. La plante, pourtant très sensible à la température et à l’humidité, survit et s’épanouit. Mieux encore, une fois remonté à la surface, goûté et analysé, le basilic révèle une plus forte concentration en huile essentielle : 72% contre 57% sur terre.

Sergio Gamberini, soutenu par le département d’agronomie de l’Université de Pise, élargit alors l’expérience avec une ferme sous-marine. Le Jardin de Nemo voit le jour. Objectif ? Expérimenter un système d’agriculture alternatif transposable dans des zones impossibles à cultiver en raison de la rudesse du climat, du manque d’eau douce et de terres arables. Une petite révolution, un projet fou.

Un jardin de bulles ancré au fond de la mer

Ocean Reef Group

Le jardin de Nemo, c’est un monde à part : 6 énormes bulles en suspension dans la Méditerranée, des dômes remplis d’air et équipés de systèmes hydroponiques pour faire pousser les plantes… Des serres de mer flottant entre 6 et 10 mètres de profondeur, histoire d’être préservées du mauvais temps et de la houle.

Retenue au fond de l’eau par des cordes, des chaînes et des poids, à une cinquantaine de mètres de la plage, chacune dispose d’une plate-forme suspendue sur laquelle peut se tenir un plongeur pour travailler à l’intérieur du dôme.

Les 6 biosphères sont disposées en cercle autour d’une structure centrale en forme de fleur appelée "arbre de vie", en réalité le point central de tous les câbles utiles au fonctionnement de l’installation. Une installation totalement écologique et autonome : l’éclairage, les pompes et les capteurs sont alimentés par des générateurs éoliens et des panneaux solaires installés en surface

Ocean Reef Group

Légumes, fruits, plantes aromatiques et médicinales

Au Jardin de Nemo, sans terre, on fait pousser le basilic, les tomates, les aubergines, la salade… Avec pour seul arrosage, la condensation. Des dizaines de variétés de plantes du monde entier sont exploitées, du plant de cacao au mandarinier, sans craindre l’attaque de nuisibles.

Découverte surprenante du projet : les biosphères semblent agir sur les plantes comme un accélérateur de croissance. La germination et la pousse sont plus rapides que sur terre.

Par ailleurs, les dernières recherches scientifiques publiées dans Sciencia Horticultura, indiquent que la composition en huile essentielle d’une même plante varie en fonction de son lieu de culture, sous eau ou pas.

Les cultures sont supervisées grâce à des caméras reliées aux serres mais aussi par des plongeurs qui s’y rendent quotidiennement.

Ocean Reef Group

Risques ?

"Bien entendu la nature imprévisible des océans fait courir des risques au projet" indique Luca Gamberini, qui épaule maintenant son père en tant que vice-président de la société Ocean Reef Group en charge du projet. "Nous avons totalement perdu les cultures 4 fois, mais cela ne compte pas vraiment puisque nous avons un taux de croissance excellent", relativise-t-il. "En outre, poursuit l’ingénieur de formation, cette solution permet d’éviter tout risque de sécheresse, d’intempéries, d’incendies ou des nuées d’insectes ravageuses ainsi que du réchauffement climatique".

Ocean Reef Group

Ecosystème unique

Ocean Reef Group

Au fil du temps, le jardin de Nemo s’est transformé en une sorte de récif artificiel sans risque pour un écosystème transformé : poulpes, raies, hippocampes et autres espèces craintives y ont élu domicile. Et il n’est pas rare de voir des bancs entiers d’anchois passer sous le dessous des dômes.

Le site attire les curieux, plongeurs ou autres, mais ambitionne de représenter beaucoup plus : une réponse possible aux sécheresses et aux famines.

Une solution pour l’avenir ?

Ocean Reef Group

"Le champ des possibles est immense", s’emballe Luca Gamberini. Lesquels ? " Nous le découvrons jour après jour, et cela va au-delà de ce qu’on aurait pu imaginer ", répond-il.

L’agriculture représente 70% de l’utilisation de l’eau douce dans le monde.

Il semble impensable de continuer à produire des aliments avec des ressources en eau réduites par le dérèglement climatique, d’autant plus dans des régions du monde arides ou en manque de surfaces cultivables. Alors, après dix années d’expérimentations empiriques, de recherches universitaires en laboratoire mais aussi de résistance et de scepticisme, l’exemple du Jardin de Nemo pourrait offrir une partie de la solution.

La signature cet été d’un tout nouveau partenariat avec Siemens fait en tout cas rêver Ocean Reef. La plus grande entreprise d’ingénierie en Europe envisage de créer des clones des biosphères existantes, afin de simuler virtuellement et rapidement de nouveaux scénarios d’exploitation.

De quoi attirer de nouveaux investisseurs et déployer, peut-être, le concept à grande échelle.

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