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Le mezcal suit les traces de la tequila et pourrait être victime de son succès

Le mezcal suit les traces de la tequila et pourrait être victime de son succès.
08 août 2022 à 10:30Temps de lecture3 min
Par RTBF avec AFP

A vue d’œil, Sosima Olivera peut évaluer la qualité d'une agave, la plante du mezcal, l'alcool mexicain à la mode dont les producteurs artisanaux redoutent les fruits amers du succès international.

"La bouteille (de mezcal) est un résumé de tout ce que nous faisons depuis des années", se félicite Sosima en arpentant ses plantations de feuilles vertes, épaisses, géantes, grimpantes et piquantes (à ne pas confondre avec des cactus) à travers les collines de Sola de Vega, dans le sud-ouest du Mexique.

"Pour chaque mal, un mezcal"

"Pour chaque mal, un mezcal".
"Pour chaque mal, un mezcal". Carisa Chirita / 500px

Sosima, 50 ans, anime un collectif de "mezcaleros" dans l'Etat du Oaxaca, un raccourci du Mexique entre côte Pacifique et extrémité sud de la Sierra Madre, avec des traditions authentiquement entretenues par les communautés zapotèques et mixtèques.

Oaxaca est le berceau du mezcal, dont la cote grimpe dans les bars à cocktail aux Etats-Unis, au Canada, en Espagne, en France et en Allemagne. 

Les exportations sont passées de 19,7 millions de dollars en 2015 à 62,9 millions en 2020, selon les données officielles.

Les marques font souvent allusion à l'euphorie que procure un alcool qui chauffe les entrailles à 40 ou 50 degrés : "Viejo indecente" ("vieil indécent"), "Pierde almas" ("âmes perdues"), "Mil diablos" ("mille démons").

Des "mezcalerias" ont flairé la bonne affaire autour de la cathédrale Santo Domingo à Oaxaca-ville, le fief de grands artistes mexicains du XXe siècle (Francisco Toledo et Rufino Tamayo) pris d'assaut par les touristes. Ces débits de boisson servent le mezcal dans des dés à coudre malgré le dicton local qu'il vaut mieux ne pas prendre au pied de la lettre, en effet : "Pour chaque mal, un mezcal. Pour chaque bonheur aussi. Elle s'il n'y a pas de solution, un litre et demi".

Les agaves surexploitées ?

Les agaves surexploitées ?
Les agaves surexploitées ? Bloomberg Creative Photos

Le mezcal dérive de l'agave (également appelé maguey, plante de la famille des Asparagaceae), tout comme la tequila, fille unique de l'agave bleue de l'Etat du Jalisco, plus au nord. Plus raffiné au goût, le mezcal utilise différents types de plantes et sa production artisanale prend plus de temps d'élaboration. Certaines plantes demandent 13 et 15 ans pour mûrir, et même jusqu'à 17 ans dans le cas du "tepeztate".   

Loin de se réjouir de la notoriété mondiale du mezcal, Sosima s'inquiète des conséquences du boum de la demande commerciale.

"S'il y a besoin de davantage de plantes, il y a davantage d'exploitation de la terre, des paysages, de la biodiversité, du bois", analyse-t-elle face à ses jarres en argile dans lesquelles elle distille une eau de vie de sa propre marque, "Fane Kantsini" ("Trois colibris" en chontal, sa langue indigène).

"Très peu d'efforts sont faits pour conserver les espèces d'agave", déplore une autre productrice, Graciela Angeles, 43 ans. "Sans maguey, il n'y a pas de mezcal !", assène-t-elle, un dicton aussi vrai que celui en vogue dans les mezcalerias de Oaxaca-capitale. Graciela cultive pour sa part de multiples variétés de graines et de semences sous une immense serre. Elle détaille le processus complexe de l'élaboration de la liqueur, dont la réussite dépend en grande partie du flair et du talent du maître "mezcalero".

Jusque dans les aéroports !

Autre danger : certains "palenque" (atelier de distillation) artisanaux ne sont en fait que des sous-traitants de grandes marques avec l'arrivée de grands capitaux dans le commerce juteux du spiritueux. Une marque comme "400 conejos" ("400 lapins") a pignon sur rue jusque dans les duty-free des aéroports. En moyenne, la bouteille de 750 ml coûte 40 dollars à Oaxaca.

En contraste avec ce modèle affairiste, le mezcal de Sosima et d'Angeles est le fruit d'un lent processus. "Les petits producteurs comme nous vont toujours exister dans les villages", espère Sosima. Des producteurs adeptes d'une agriculture raisonnée, semant peu mais bien, explique-t-elle en substance. Les deux femmes productrices de mezcal organisent des séances de dégustation pour éduquer les consommateurs.

"Ce qu'il y a derrière le mezcal, je l'ai appris après être tombé amoureux de la saveur", affirme Christopher Govers, un touriste dans une fête du mezcal qui a attiré plusieurs centaines de personne à Oaxaca-capitale. Dans son dos, au plus fort de la fête, deux hommes passent en titubant.

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