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Le Micro Festival se jette à l’O.

O., un duo paritaire venu de Londres sans œillère.

Annoncé en ouverture du Micro Festival 2022, le groupe O. roule sa bosse entre une batterie et un saxophone. Issu de la foisonnante scène jazz londonienne, cet étrange duo instrumental entrevoit le futur à la croisée du post-punk, de l’électro et de plans hyper dub chinés dans les meilleurs bars à chicha de Brixton. Pistonné par les zinzins de Black Midi, O. célèbre l’union d’un gars et d’une fille : un groupe de musique à aimer pour la vie.

Aventureuse et sans œillère, la programmation servie par l’équipe du Micro Festival s’expose à tous les styles avec un certain goût du risque. Ouvertement transgenre et décomplexée, l’affiche brandie du côté de Liège se singularise toutefois par son état d’esprit. Un peu punk et bien rock’n’roll. Parfaitement raccord avec cette approche mélomane, la proposition du groupe O. décolle de la planète jazz pour explorer de nouvelles galaxies sonores. À bord de la navette estampillée de la quinzième lettre de l’alphabet, la batteuse Tash Keary et le saxophoniste Joe Henwood observent l’avenir avec des étoiles dans les yeux. "Nous nous sommes rencontrés autour des morceaux de Hover Fly, un projet mené par la chanteuse anglaise Katie Moberly. Elle avait besoin d’instrumentistes de la scène jazz pour une session d’enregistrement", détaille Joe Henwood. Invités à orchestrer les envies de la chanteuse, le saxophoniste et la batteuse Tash Keary font connaissance. "On partageait des goûts musicaux, on écoutait les mêmes disques. À force de s'enthousiasmer pour les mêmes trucs, nous avons envisagé la possibilité de jouer ensemble."

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Entre beau et chaos

Avant de s’inventer un nouveau monde à la lettre O, les deux compères se démenaient au sein d’autres projets musicaux. "Joe était saxophoniste dans le groupe Nubiyan Twist. Pour ma part, je travaillais avec la rappeuse Shunaji", indique la batteuse, également à la baguette d’un combo disco, 100 % féminin, baptisé All Day Breakfast Café. De ces jours-ci, la rencontre entre une batterie et un saxophone dans les rues de Londres coïncide généralement avec l’émergence d’une nouvelle sensation de la scène jazz. "Nous sommes en relation avec plusieurs personnalités de cette sphère musicale", indique Joe Henwood. "Mais pour nous, O. est d'abord un groupe de rock. Quand je monte sur scène avec mon saxophone, je me sens d’ailleurs l’âme d’un guitariste." Partant de là, il serait tentant d’accoler la lettre O à une (in)fusion jazz-rock plus ou moins soporifique. Loin des musiques d’ascenseur et autres papiers peints sonores pour magasins de thés bios, le duo complique sérieusement la donne en se déclarant ouvertement influencé par des albums de Radiohead, King Tubby, The Comet Is Coming ou Rage Against the Machine... Sur papier, ce name-dropping peut sembler illusoire et totalement improbable. En concert, pourtant, le duo parvient à combiner ses nombreuses influences dans un va-et-vient de sons épileptiques. "C'est très difficile de mettre des mots sur ce que nous proposons au public", confie Tash Keary. "Nous n'avons pas l'impression d'appartenir à une mouvance ou à un genre particulier. Chez nous, la musique repose sur un fragile équilibre : au milieu du beau et du chaos."

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O à la bouche

Alternative excitante et audacieuse, l’association musicale qui unit Tash Keary et Joe Henwood pose toutefois question : pourquoi un groupe d’aujourd’hui choisit-il la lettre O comme nom de scène ? Quel que soit le moteur de recherche utilisé sur Internet, le blase est en effet bien difficile à repérer sur la toile et les réseaux. "Trouver un nom original en 2022, ce n'est pas une mince affaire", rigole le saxophoniste. "Nous l’aimons d’abord pour sa forme géométrique. Et puis, il nous permet d’échapper à la question du genre. Car le O est la seule forme commune aux pictogrammes de Venus (représentant les femmes) et de Mars (représentant les hommes)."

En plein dans le Windmill

Tash Keary a grandi à Leicester. Joe Henwood, son partenaire, est originaire d’Oxford. Désormais, les deux compères forment un groupe paritaire installé dans le quartier multiculturel de Peckham, dans le sud de Londres. Pour appréhender l’éclosion du duo, il convient pourtant de se diriger vers Brixton. Où un pub, le Windmill, s’est érigé comme le centre névralgique de toute une communauté artistique. C'est là, au coin de la rue, que tout a commencé pour des groupes comme Shame, Black Country, New Road, Goat Girl ou Black Midi. "Nous traînons souvent au Windmill", confirme Joe Henwood. "C'est là que les gars de Black Midi nous ont vu jouer l'un de nos premiers concerts. Après le show, ils nous ont présenté à d'autres musiciens. Puis, ils nous ont invité à les accompagner sur leur tournée européenne. Partager des concerts aux côtés de Black Midi, c'était la meilleure école envisageable. Cela nous a donné l'occasion d'adapter notre set à des scènes de différentes tailles. Grâce à eux, nous avons appris beaucoup en très peu de temps."

La couche O. zone

Vu de l’extérieur, le Windmill ressemble à un paquebot. Sorte de ferry citadin profilé pour combler les pulsions créatives des nouveaux explorateurs de la scène musicale, l’endroit navigue volontiers à contre-courant des modes et des tendances. Lieu de fête(s) et d’expérimentations super soniques, le club londonien sert d’ailleurs de laboratoire aux idées développées par le groupe O. "Nous avons mis sur pied une résidence artistique baptisée "O. zone"", explique Tash Keary. "Il s’agit d’une série de concerts avec, à chaque date, un.e invité.e différent.e. Dans ce cadre, nous avons collaboré avec Isobella Burnham, la bassiste de Tom Misch ou de Sampa The Great, mais aussi avec la rappeuse Shunaji ou la tromboniste Rosie Turton du groupe Nerija. Nous avons aussi joué un concert avec le producteur et guitariste Tal Janes, fondateur du groupe Bahla et collaborateur de Jordan Rakei. À Londres, il est vraiment considéré comme l’une des plaques tournantes de la scène jazz. Il a d’ailleurs exercé une grande influence sur Shabaka Hutchings (Sons of Kemet, Shabaka and the Ancestors, The Comet Is Coming). En nous associant à ces différentes personnalités, nous explorons d'autres façons de créer des sons, mais aussi d'autres manières d'interagir avec la musique." Pour voir et écouter les avancées orchestrées par le duo, un détour par Liège s’impose, ce vendredi 5 août, du côté du Micro Festival.

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