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Belgique

Le ministre Henry sous protection policière : qui décide ? Comment et pourquoi ?

27 juil. 2022 à 16:25 - mise à jour 27 juil. 2022 à 16:28Temps de lecture4 min
Par Jean-François Noulet, avec B. Hupin, R. Hermans, T_D. Quach et D. Brichard

Philippe Henry, vice-président du gouvernement wallon et ministre régional du Climat, de l’Énergie, de la Mobilité et des Infrastructures, se trouve depuis quelques jours sous protection policière. Ce sont des menaces qu’il a reçues dans le cadre de son action ministérielle qui justifie la mise en œuvre de mesures de protection en raison de menaces à son encontre.

Ces dernières années, le nombre de personnalités qui doivent être placées sous protection policière a connu une tendance à l’augmentation. Les profils des personnes protégées varient. Responsables politiques et magistrats font partie des catégories de personnes les plus concernées par cette procédure. Plus récemment, les mesures sanitaires liées au Covid ont aussi nécessité de placer sous protection des virologues.

Lorsque l’OCAM a analysé les menaces qui pèsent sur une personnalité, c’est le Centre de Crise qui décide des mesures à prendre.

Qui décide de placer une personne sous protection policière ?

C’est d’abord l’OCAM, l’Organe de coordination pour l’analyse de la menace qui, en collaboration avec la Police fédérale, évalue le risque qui pèse sur une personne suite aux menaces reçues sous forme de lettre, d’e-mails ou de commentaires sur les réseaux sociaux ou sous forme verbale, par exemple.

"Quand un service de police se rend compte qu’il y a ce type de menaces qui pèsent sur une personne, il va le signaler au Centre de Crise national. Le Centre de Crise va demander à ses partenaires, l’OCAM et la Police fédérale, d’analyser cette menace", explique Antoine Iseux, porte-parole du Centre de Crise fédéral. L’OCAM et la Police fédérale évaluent l’ampleur et la nature des menaces.

Si ces menaces sont jugées sérieuses par la police et l’OCAM, la recommandation est faite de passer à des mesures de protection policière.

C’est au niveau du Centre de Crise fédéral que l’on fixe alors les mesures de protection qui doivent être prises.

En quoi consiste la protection policière ?

Ces mesures varient selon les cas. "Le panel de mesures est très large", confie Antoine Iseux, le porte-parole du Centre de Crise. Il peut d’abord s’agir "de mesures organisationnelles ou comportementales". "On va demander à la personne d’adopter certains comportements, d’être attentif à certains comportements suspects", explique Antoine Iseux.

Les personnes visées par des menaces pourront recevoir un numéro de téléphone et d’un contact auprès des services de police qu’elles pourront appeler en permanence en cas de danger ou pour évoquer un fait qu’elles ont observé.

La personne visée par des menaces peut aussi bénéficier de la visite d’un conseiller en techno-prévention.

Si la menace est plus grande, des mesures policières pourront être mises en œuvre. Ce sera "une présence policière fixe, mobile, que ce soit sur le lieu de travail, à un domicile ou ailleurs", explique Antoine Iseux, du Centre de Crise fédérale.

La protection policière peut prendre la forme d’une protection 24 heures sur 24. Il peut s’agir d’une protection rapprochée ou de patrouilles de police qui passent régulièrement dans le quartier de la personne protégée.

Des contrôles de personnes, de véhicules ou d’objets suspects peuvent aussi être effectués.

Dans certains cas, la personne menacée peut aussi être relogée temporairement dans un lieu jugé plus sûr que son domicile.

Quelles sont les personnes placées sous protection policière et combien sont-elles ?

Les profils des personnes qui doivent être placées sous protection policière sont variés.

Comme l’illustre le cas du ministre wallon Philippe Henry, les personnalités politiques peuvent faire l’objet de menaces et nécessité une protection policière. Fin 2020, la ministre bruxelloise de la Mobilité, Elke Van den Brandt avait aussi bénéficié d’une protection policière. Elle était la cible de menaces venant de quelques groupes précis sur les réseaux sociaux. Ces messages s’étaient intensifiés à l’annonce des projets politiques de mobilité qu’elle porte, comme la taxe kilométrique. En 2016, plusieurs ministres fédéraux, le Premier ministre Charles Michel (MR), ainsi que le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders (MR), le ministre de l’Intérieur Jan Jambon (N-VA) et le ministre de la Justice Koen Geens (CD&V) avaient bénéficié de cette protection.

A Anvers, Bart De Wever a été placé plusieurs fois sous protection policière. En mars 2021, c’était en raison d’une menace émanant du milieu de la drogue.

Des magistrats ou des avocats font aussi partie des personnalités nécessitant d’être protégées par la police. Il peut s’agir de magistrats instruisant ou jugeant des dossiers de grande criminalité ou de terrorisme. Il peut aussi s’agir d’avocats engagés dans des affaires sensibles. On peut ainsi citer l’exemple de Me Bruno Dayez, assurant la défense de Marc Dutroux et placé sous protection policière au moment de la sortie d’un livre dans lequel il posait la question de la nécessité de la libération de Marc Dutroux.

Parmi les personnes protégées se trouvent aussi des policiers qui font l’objet de menaces en raison de leur activité professionnelle.

Lors de la crise sanitaire du Covid, des experts scientifiques qui conseillaient le gouvernement dans la stratégie à suivre pour enrayer l’épidémie ont aussi fait l’objet de menaces nécessitant une protection policière. On peut ainsi citer Erika Vlieghe, la présidente du groupe d’experts sur le coronavirus et le virologue Marc Van Ranst.

Actuellement, selon les derniers chiffres communiqués par le Centre de Crise, "il y a une soixantaine de dossiers qui sont ouverts et cela amène la protection de 130 personnes en Belgique", précise Antoine Iseux, le porte-parole du Centre de Crise fédéral.

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