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Politique

Le ministre Vandenbroucke veut réformer l’organisation et le financement des hôpitaux : réactions

Man Doctor Walking In Hospital Corridor
31 janv. 2022 à 16:18 - mise à jour 31 janv. 2022 à 16:573 min
Par Jean-François Noulet, avec L. Henrard

"Un Big Bang", c’est un terme qui résume bien l’effet qu’aura le projet de réforme de l’organisation et du financement des hôpitaux porté par le ministre de la Santé, Franck Vandenbroucke. Il s’attaque à l’équilibre actuel au sein du secteur hospitalier via trois angles d’attaque : la constitution de réseaux hospitaliers et la répartition des spécialisations entre hôpitaux, la nomenclature, c’est-à-dire la façon dont sont rémunérés les médecins des hôpitaux, et la question des suppléments d’honoraires.

Reportage de notre 19h30 :

Le système actuel est "malsain"

Pour Paul d’Otreppe, le Président de l’Association belge des directeurs d’hôpitaux, le plan du ministre de la Santé, Franck Vandenbroucke est "essentiel" et constitue une réponse "vraiment complète". "On n’a rien vu de tel d’aussi complet depuis 20 ans", ajoute-t-il.

Le ministre envisage que les hôpitaux soient rémunérés "au forfait" pour la prise en charge de patients et non plus à l’acte. Paul d’Otreppe le rejoint sur ce point. "Aujourd’hui, près de 60 pays de par le monde, tous les pays développés, ont abordé ou mis en œuvre le financement forfaitaire par pathologie et la Belgique est vraiment en retard", explique-t-il.

Le ministre propose de répartir autrement et sur base d’autres critères l’argent entre médecins et hôpitaux. Actuellement, les médecins cèdent une partie des honoraires aux hôpitaux pour couvrir les frais des hôpitaux. Dans le projet du ministre, on ferait la distinction. Les hôpitaux recevraient leur part d’un côté, les médecins la leur de l’autre. Bref, le budget des soins de santé serait dépensé autrement. Actuellement, c’est "un système de financement qui finance sur les prestations, donc au volume, plus vous prestez, plus vous touchez d’argent", explique le Président de l’Association belge des directeurs d’hôpitaux. C’est "malsain", ajoute-t-il. "Aujourd’hui, on considère que 25% des prestations faites n’ont pas d’utilité pour la qualité des soins donnés", précise-t-il.

Pour Paul d’Otreppe, le forfait, "tel qui sera calculé permettra à un hôpital qui respecte les bonnes pratiques et qui est efficace, et au médecin, pour autant qu’il respecte les guidelines (les lignes directrices) et qu’il travaille de façon efficace, de gagner correctement leur vie et d’avoir des soins de qualité".

Le patron de l’Association des hôpitaux belges estime qu’il faut faire cette réforme, dans l’intérêt du patient.

L’intérêt de la réforme proposée par Franck Vandenbroucke est aussi de répartir autrement les moyens entre les hôpitaux et d’autres acteurs des soins de santé. De mettre plus l’accent sur le préventif que sur le curatif, aussi.

A revoir aussi, ce reportage JT du 18 décembre dernier

Hôpitaux / défiscaliser les heures supplémentaires ?

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Dans le secteur de la santé, certains craignent une réforme précipitée

Chez Unessa, la fédération de l’accueil, de l’accompagnement, de l’aide et des soins aux personnes, on se réjouit "de voir la réforme de l’organisation et du financement des hôpitaux se poursuivre concrètement". On voit dans le projet du ministre Vandenbroucke "une véritable vision pour le secteur".

Cependant, alors que le ministre envisage que certains points de la réforme aboutissent déjà en 2022 ou 2023, Unessa, qui souhaite voir aboutir une réforme "équilibrée" rappelle "qu’il ne faut pas confondre vitesse et précipitation, particulièrement dans les suites de la gestion de la crise COVID".

Unessa évoque une "absence, à ce stade, de garanties de base" et demande que "ce pas en avant" ne se transforme pas en "saut dans le vide pour nos institutions".

 

"Il faut une approche globale et systémique"

Du côté mutuelliste, Jean-Pascal Labille, le patron de Solidaris, parle d’une "réforme ambitieuse, nécessaire et attendue".

Les regroupements hospitaliers, la spécialisation des hôpitaux dans telle ou telle pathologie sont ici vues positivement, pour "offrir la plus grande qualité de soins sur un bassin de vie, sur une province ou une ville", explique Jean-Pascal Labille.

La réforme du financement des hôpitaux, la révision de la nomenclature (la façon dont sont payés les médecins) sont aussi jugées positivement. "Remettre ça à plat sur la table, en manière telle d’assurer l’équité dans la manière dont les médecins sont rémunérés et dans la manière dont les disciplines sont rémunérées, c’est important", souligne le patron de Solidaris.

Sur la question des suppléments d’honoraires, le ministre de la Santé propose qu’il n’y ait pas d’évolution pendant deux ans. Après, on fixera des plafonds. Pour le patron de Solidaris, les suppléments d’honoraires peuvent "empêcher des patients de se faire soigner". De plus, "il y a des suppléments d’honoraires qui ne sont pas de vrais suppléments d’honoraires et qui ne doivent plus exister", estime Jean-Pascal Labille.

Et de souligner au passage que la réforme voulue par le ministre de la Santé devra se faire en concertation avec tous les acteurs du secteur puisque tout est lié. "Il y a une partie des suppléments d’honoraires qui retournent vers les hôpitaux et qui financent aujourd’hui les hôpitaux, donc tout est lié", rappelle Jean-Pascal Labille. Pour lui, "il faut une approche globale et systémique".

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