Ecologie

Le modèle de ville actuel n'est plus bon, comment le changer ?

03 mars 2022 à 10:00Temps de lecture3 min
Par RTBF avec AFP

Le modèle de ville n'a pas suivi l'évolution au fil des années de nos usages et modes de vie. Pourquoi et comment le changer aujourd'hui ?

Les architectes et urbanistes Christine Leconte et Sylvain Grisot donnent des axes de réflexion sur l'avenir de la ville dans "Réparons la ville" aux Editions Apogée. Un essai qui met en lumière l'importance de "réparer la ville", dont le bâti et l'urbain sont au cœur des enjeux de la crise climatique.

"Réparons la ville"

Dans l'essai "Réparons la ville" paru aux Editions Apogée, Christine Leconte, architecte et présidente du Conseil National de l'Ordre des Architectes de France et Sylvain Grisot, urbaniste et fondateur de l'agence Dixit.net, tirent le constat de l'inadéquation de la ville avec nos modes de vie, nos usages et notre consommation.

Aujourd'hui, la ville n'est pas cassée. Le terme "réparation" répond plutôt à une forme d'adaptation. "Nos modes de vie ont changé et il faut s'adapter à cette évolution", déclare Sylvain Grisot.

A travers cet essai publié en février 2022 sous forme d'une conversation entre les deux auteurs, ces derniers cherchent à interroger la ville et ses usages (de la mobilité à l'usage de ses rues en passant par la place des espaces verts). A la fin de chaque chapitre, ils proposent des solutions pour accompagner ce changement important, grand oublié des débats politiques.

Construction : adapter le bâti existant

En pleine crise environnementale, le constat est sans appel. La construction participe activement au réchauffement climatique et les urbains en subissent les conséquences. Énergie, émissions carbone, pollution des sols, ressources énergétiques, la fabrication de nos villes consomme énormément. "C'est l'activité qui consomme le plus de ressources minérales et produit le plus de déchets en France", notent Christine Leconte et Sylvain Grisot dans leur essai. 

Selon Sylvain Grisot, "les villes ont été construites comme des objets de consommation" jusqu'à présent. Les logements sont imaginés selon des standards et produits en quantité industrielle. Cette façon de concevoir permet de réaliser des économies d'échelle et d'amortir les coûts. La construction du neuf est privilégiée et s'installe dans des espaces vides, des zones agricoles ou naturelles alors que de nombreux bureaux et anciens bâtiments sont laissés à l'abandon.

Ce modèle de "ville jetable" doit cesser, selon les auteurs.

La place n'est plus à la nouveauté mais à la réutilisation des espaces déjà construits. 

Pour autant, cela ne sonne pas la fin de la construction. La ville de 2050 existe déjà à 80%. Les 20% restants seront de la nouveauté individualisée bâtie avec "beaucoup plus d'exigence" et "cousue main"

Des territoires et des logiques différentes : la réponse du local

Chaque territoire fait face à des enjeux particuliers. Une ville très touristique du littoral ne répondra pas aux mêmes logiques qu'une ville d'Île-de-France très dense, par exemple. Pour cette raison, Sylvain Grisot estime qu'il est nécessaire de "porter un regard différent sur les villes" pour que "chacune trouve sa voie"

Dans la lignée de son ouvrage "Manifeste pour un urbanisme circulaire" aux Editions Apogée, l'auteur et urbaniste rappelle le rôle des territoires dans la fabrication de la ville. Selon les localités, les expertises, les ressources agricoles ou encore les savoir-faire culturels sont très précis.

"Chaque ville a sa solution", dit l'urbaniste. En collaborant, les acteurs de la chaîne de production pourront aboutir à des résultats.

Dans "Réparons la ville", Christine Leconte et Sylvain Grisot illustrent cet axe par l'exemple de l'exploitation agricole du chanvre en Île-de-France. "Les agriculteurs franciliens se sont lancés dans la production de chanvre et de paille en voulant investir le marché de la construction. Les architectes sont aussi nombreux à se former à la construction avec ces matériaux mais peinent à trouver des commandes", écrivent les chercheurs. En 2017, les architectes de l'ordre d'Île-de-France se sont installés au Salon de l'Agriculture pour se rapprocher des décideurs afin de trouver des collaborations.

Décideurs et citoyens main dans la main

Aujourd'hui l'aménagement et la construction de la ville est pensée en silo et de manière indépendante. "On va chercher des solutions dans les friches ou dans les périphéries", déclare Sylvain Grisot. Mais c'est avant tout un système interdépendant. "On ne pense pas l'urbanisme sans mobilité" ou l'architecture sans l'écologie. 

Pour mettre en marche ces changements, le discours doit changer. Les citoyens mais aussi et surtout les décideurs doivent à leur tour s'emparer de cette question pour faire émerger de nouveaux récits. "Cesser de donner envie de ville mais bâtir une ville qui donne envie d'y vivre", conclut Sylvain Grisot.

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