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Chroniques

Le MR va-t-il être éjecté des majorités dans le sud du pays ?

Les coulisses du pouvoir

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28 avr. 2022 à 06:27 - mise à jour 28 avr. 2022 à 07:12Temps de lecture3 min
Par Bertrand Henne

C’est le printemps et l’Olivier fait son grand retour en Wallonie. Les présidents du PS d’ECOLO et des Engagés se parlent, dans le dos du MR. Et cela pourrait conduire un jour à un changement de majorité dans le sud du pays.

Culture en serre

L’Olivier n’est pas encore planté en pleine terre namuroise et en fédération Wallonie Bruxelles. Mais il est cultivé soigneusement dans une serre, à l’abri du gel. C’est l’étape avant la mise en terre, la préparation, dans la discrétion. Mais les saints de glaces arrivent, les dernières gelées se précisent.  Ce qui est singulier c’est que désormais cette serre wallonne ou croît le possible olivier, est ouverte au public…

Et oui tenez ce matin, le Soir publie un projet de renouvellement de la charte de la démocratie de 2002, ce texte qui fixe les contours du cordon sanitaire a été discuté par Maxime Prévot, Paul Magnette et Jean Marc Nollet. Il suit un communiqué publié ce week-end par les trois mêmes présidents suite au débat sur la VRT entre Georges Louis Bouchez du MR et le Tom Van Griecken du Vlaams Belang.

C’est désormais public, ces trois présidents se parlent, dans le dos du partenaire du PS et d’ECOLO en région et en fédération : le MR. Et d’après mes informations, ils ne parlent pas que de cordon sanitaire, mais aussi de budget, de relance, d’enseignement de projets pour la Wallonie et la fédération. Et ils ne se cachent plus, les députés, les ministres les journalistes sont au courant.

Poker menteur

Est-ce que le PS et Ecolo cherchent à se débarrasser du MR au profit des engagés ? Ça veut dire qu’ils laissent croire autour d’eux qu’ils sont prêt à le faire, oui. Il y a un côté Poker menteur dans cette affaire. Le message que les jardiniers de l’olivier font passer c’est que tout est en place pour remplacer le MR dans les majorités si Georges Louis Bouchez commet une nouvelle faute, ne respecte pas les accords passés. Un président de parti me disait, la question n’est plus de savoir si c’est possible qu’un changement de majorité ait lieu, la question c’est de savoir quand et pour quel motif.

Le "quand" c’est la question de la fenêtre de tir. Il reste deux ans de législature, moins de temps utile si on compte la campagne, je dirais que "quand" c’est dans les tout prochains mois.

Le "motif", c’est une rupture de l’accord de gouvernement et/ou des accords passés entre ministres et/ou président de partis. Un dossier, peu importe pourrait faire office de détonateur. Tenez par exemple ces centrales au gaz dont le président du MR ne veut plus, mais qui ont fait l’objet d’un accord en Wallonie. Il y a beaucoup comme ça des dossiers.

Bluff ?

La question c’est de savoir si les présidents de partis du PS d’ECOLO ou des engagés Bluffent. Ici on peut raisonnablement penser que la part de bluff est limitée, pas nulle, mais limitée.

Pourquoi ? Parce que l’exaspération est là envers Georges Louis Bouchez dans les cadres et les militants du PS et d’Ecolo. Parce que le cdH qui avait refusé l’olivier en 2019 a désormais fait sa mue. Les engagés chercheraient désormais à s’engager, beaucoup dans le parti craignent que l’opposition ne leur profite pas, surtout avec un espace politique saturé par Georges Louis Bouchez. Parce que ces trois présidents tablent sur le fait que relégués dans l’opposition le MR implose, ou soit tiraillé entre les barons déchus de leur poste de ministre et les pros bouchez. Parce que gouverner avec Georges Louis Bouchez complique la tâche du PS face au PTB.

Enfin, parce que le PS surtout, Ecolo dans une moindre mesure, considèrent qu’il faut relancer la machine des exécutifs en fédération et en Wallonie. Des exécutifs qui ronronnent, voire sommeillent et bénéficient de peu de visibilité. Le plan de relance d’Elio di Rupo contesté par les patrons et les syndicats, avant un rassemblement contraint et forcé a semble-t-il convaincu certains de la nécessité de changer. En plus d’un changement de partenaire, on évoque aussi un changement de casting qui permettrait au PS et à Ecolo d’avancer sur leur agenda interne et relancer une dynamique alors que le fédéral risque de n’être qu’une litanie de blocages persistants. Et ce point ne déplairait pas aux forces vives, syndicats et patronat en Wallonie.

Voilà les différents éléments sur la table, on pourrait aussi sous-peser tous les facteurs bloquants. Le cas d’Elio di Rupo qui semble hostile à cette manœuvre, la possibilité que le MR puisse tirer profit de l’opposition, la confusion liée à des majorités différentes entre le sud du pays et le fédéral  (même si Bruxelles était déjà dans ce cas). Tous ces éléments comptent, et expliquent d’ailleurs qu’un éventuel changement n’a pas eu lieu jusqu’ici.

D’ailleurs tout ça n’a peut-être comme objectif que de mettre le MR sous pression, pour l’affaiblir autour de la table des gouvernements. C’est évident, il y a de ça. Mais la pression ne fonctionne que s’il y a un risque réel de changement de majorité. Et oui, le risque est réel.


 

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