Le musée Kanal offre une carte blanche à l'artiste John M Armleder

Kanal donne carte blanche à l'artiste suisse John M Armleder pour sa dernière exposition avant transformation

© NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

24 sept. 2020 à 06:25 - mise à jour 24 sept. 2020 à 06:25Temps de lecture3 min
Par Barbara Boulet

Ce sera la toute dernière exposition de l’histoire éphémère de Kanal Brut. Pendant 7 mois, It Never Ends occupera les 6 plateaux du showroom de l’ancien garage Citroën. 6000 mètres carrés présentant tantôt des œuvres de l’artiste, tantôt des objets de sa collection personnelle, tantôt des œuvres d’artistes invités.

Qui est John M Armleder ?

John M Armleder, c’est d’abord une silhouette singulière. Une longue tresse grise le suit jusqu’au bas du dos et ne le quitte jamais. Avec son "costume cravate" noir, ses baskets Nike dotées d’une virgule rose fluo, il arbore un sourire doux.

Ce dandy-là, âgé aujourd’hui d’une septantaine d’années, est une référence de l’art contemporain des années 70 et 80. Proche du mouvement new-yorkais Fluxus, il créera avec d’autres le collectif Ecart basé à Genève.

A plusieurs reprises, Armleder représentera d’ailleurs la Suisse, son pays natal, lors de grandes manifestations internationales d’art comme les biennales de Venise et de Paris, et d’autres, aux quatre coins du monde. Aujourd’hui, il a beau être moins connu du grand public, il inspire encore la nouvelle génération.

It Never Ends

John M Armleder photographié en janvier dans son nouvel atelier de Genève

Lorsque Bernard Blistène (du Centre Pompidou Paris) et Kanal lui ont proposé d’occuper le site industriel pour sept mois, Armleder a accepté à une condition : "J’ai tout de suite dit que je ne voulais pas d’une exposition de type rétrospective ou une espèce de catalogue de choses que je fais, confie-t-il. J’avais envie de m’associer avec des gens avec qui je me suis déjà associé auparavant ou avec des gens avec qui je ne me suis jamais associé".

Le résultat, est aujourd’hui une exposition sur 6 niveaux aux atmosphères bien distinctes.

Espace public gratuit

Le rez-de-chaussée et le premier étage hébergent en accès libre la billetterie, un lieu de restauration, une bibliothèque, une imprimerie et un espace de coworking le tout immergé dans l’univers de John Armleder. Car c’était une volonté de Kanal : créer un espace public ouvert sept jours sur sept. "Un lieu de vie, explique le directeur Yves Goldstein. Un lieu de quartier pour tous les habitants, avec des sculptures, peintures installations de John Armleder, et des œuvres d’amis à lui".

L'artiste musicien-plasticien Charlemagne-Palestine lors du montage de son installation

On y découvre par exemple une installation monumentale de John M Armleder : un énorme échafaudage métallique sur lequel vivent quelques animaux empaillés. A côté d’elle prend place l’installation de son ami Charlemagne Palestine (artiste qu’il a côtoyé au temps où il vivait à New-York) : une sorte d’autel lumineux et coloré pour son carillon.

Le vide

Le deuxième étage, réservé aux visiteurs celui-là, abrite l’exposition assez ludique "None of the above". Quand on y entre on pense pénétrer dans une pièce vide. Pourtant, 40 artistes -amis ou influences d’Armleder- sont inscrits au générique. En réalité, les œuvres sont peu perceptibles : elles ont la taille tout au plus d’un timbre-poste. Le co-commissaire de l’exposition Yann Chateigné résume bien : "on est face à cette expérience surprenante d’un vide qui devient un plein".

L’accumulation

A l’étage supérieur, c’est l’inverse. Le plein, l’abondance, l’accumulation sont au cœur de l’exposition " All of the above". Dans une salle aseptisée, se loge une autre sélection d’une quarantaine d’artistes. Des œuvres présentées face à nous, sur des gradins, comme si elles nous regardaient. "On pourrait dire que c’est son musée idéal, commente Yann Chateigné. Une partie est issue de sa propre collection, ses œuvres de cœur, celles avec lesquelles il vit et auxquelles sont adjointes d’autres œuvres qu’il ne possède pas, mais avec lesquelles il a de grandes affinités voire une passion".

L'entrée de l'exposition All of the Above
L'entrée de l'exposition All of the Above © RTBF

Art et objet du quotidien

Au quatrième, on découvre l’installation Quicksand 3. Pour la troisième fois dans son travail, Armleder a installé une sorte d’improbable magasin, une très longue série d’étagères remplies d’objets en tous genres et qui nous questionnent sur ce que nous regardons : s’agit-il d’œuvres ou de matériaux.

"Ce rapport entre l’art et l’objet de quotidien a toujours été au centre de son travail, décode Yann Chateigné. Cette frontière ténue entre la vie quotidienne et l’art d’avant-garde, entre l’activité usuelle et artistique. Entre ce qui n’est pas de l’art et ce qui le devient à travers le regard de l’artiste".

Concerts et performances

Les jeux de lumière du dernier étage de l'exposition

Au dernier étage, on trouve enfin deux belles installations sur le thème de la lumière.

Au long des sept mois, It Never Ends proposera aussi une série de concerts, spectacles, et performances (le programme est à lire sur le site Internet du musée).

Avec It Never Ends, John Armleder nous fait voyager dans un univers poétique, déconcertant, ludique. Et pour ceux qui aiment, il peut être aussi intellectuel, mais pas forcément. Une exposition à l’image de l’artiste, à voir jusqu’au 25 avril au Musée Kanal-Pompidou.

Sur le même sujet

Articles recommandés pour vous