Jam

Le mythe de Daphni

De Caribou à Daphni, Dan Snaith a de la suite dans les idées.

© Jiaolong Records

Par Nicolas Alsteen via

D’abord aménagée comme une succursale (ré)créative, supposée occuper les neurones du Canadien Dan Snaith à ses heures perdues, la filiale Daphni a souvent été perçue comme une bonne excuse pour goûter aux joies du dancefloor en marge des mutations psychédéliques de Caribou. La sortie de l’album "Cherry" vient toutefois changer la donne. En 2022, la logique s’est complètement inversée : Daphni a pris le pas (de danse) sur Caribou. Une bonne raison de faire la fête.

En inaugurant l’avatar Daphni, le brave Dan Snaith ne se doutait pas qu’il allait inverser le cours de l’histoire. Fin 2011, en s’improvisant DJ en marge des tournées marathon de Caribou, le mathématicien canadien ouvrait pourtant la porte à de multiples révolutions. À l’époque, Caribou produit les mélodies hallucinogènes les plus sexy de la planète. Deux ou trois batteries placées aux avant-postes, une basse et un mur de distorsion forment le socle d’une musique venue d’ailleurs. Obsédé par les mélodies saturées, la dream pop, les cavalcades shoegaze, les sons sixties et autres montées sous acides, le musicien dédie sa vie au rock alternatif avec quelques bonnes ondes d’avance.

Loading...

Au cœur de la matrice

Au printemps 2010, caribou sort du bois avec "Swim". Sur cet album, Dan Snaith déplace l’électricité sous la boule à facettes et impose des tubes inoubliables sur la platine ("Sun", "Bowls", "Jamelia"). Sous le feu des projecteurs, confronté à une attention médiatique inédite, l’homme aux lunettes se réfugie alors derrière des machines, transformant son studio en véritable laboratoire électronique. Fin 2012, il publie le résultat de ses avancées : "Jiaolong" marque le point de départ des aventures discographiques de l’alter ego Daphni. À la sortie de l’album, les médias saluent l’effort. D’abord présentée comme un passe-temps, voire un "one shot", l’affaire marque pourtant une solide transition vers la house, la techno, mais aussi vers des sonorités funky et post-disco. Annoncé comme un projet parallèle, Daphni est en réalité une matrice.

Loading...

Cherry on the cake

Marqués au fer rouge par les innovations électroniques de son créateur, les récents albums de Caribou convergent désormais vers Daphni. Là où une frontière esthétique séparait autrefois les deux entités portées par Dan Snaith. L’espace de divertissement du Canadien est à présent son principal moteur créatif. Publié sans promo ni plan média, le nouveau "Cherry" entérine ce changement de paradigme avec un bric-à-brac de merveilles électroniques. Conçu pour le plaisir, cet essai de Daphni prône l’hédonisme à tous les étages. Au diable la cohérence, au feu les convenances ! La recette proposée sur cette plaque tournante part dans tous les sens, mais ne perd jamais de vue son objectif primaire : défoncer le dancefloor.

Loading...

Foire tzigane et after party

Emballé sous une pochette violette un peu délavée, le troisième album studio de Daphni nettoie pourtant les tympans et brille aisément sur toutes les surfaces. Servi bien frais, le smoothie acid house "Cherry" – qui donne son titre au disque – régale d’entrée de jeu. En moins de deux minutes, "Falling" ose la référence aux versants les plus funky de Daft Punk. Ailleurs, l’excellent "Always There" claque le beat dans une ambiance de foire tzigane. Avec son filtre discoïde, le morceau "Take Two" enfonce pour sa part le clou avec une house tapageuse. Juste comme il faut. Spirale psychédélique pour clubbeuses et teufeurs en manque de rythme(s), "Mania" témoigne, irrémédiablement (?) du rapprochement opéré entre Caribou et Daphni. Beau comme une after party sur une plage des Baléares, le final "Fly Away" décolle sur un crescendo joué au synthé. Idéal pour planer nuit et jour.

Loading...

Saut à l’élastique

Ne passons pas à côté des choses simples. Ce vieux slogan, chipé dans une campagne publicitaire de viles saucisses industrielles, colle parfaitement à la philosophie développée par Daphni. Grand kaléidoscope électronique, "Cherry" repose en effet sur des idées simplifiées à l’extrême : un beat entêtant, des boucles de piano répétées à l’envi (l’incroyable "Cloudy" ou le délicieux "Amber") et un groove omniprésent esquissent ici de véritables instants de bonheur. Fabriqué sans filet ni prise de tête, ce nouvel album est un saut à l’élastique dans la diversité électronique. À l’atterrissage, aucun signe de prétention. Juste la volonté de faire la fête. À fond les ballons.

Inscrivez-vous à la newsletter Jam

Recevez chaque semaine toutes les actualités musicales proposées par Jam., la radio "faite par des êtres humains pour des êtres humains"

Sur le même sujet

Hot Chip : Toujours hot ?

Jam

Articles recommandés pour vous