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Belgique

Le papillomavirus n'est plus "un problème de filles" : les garçons aussi ont droit à la vaccination gratuite jusqu’à 18 ans

13 juil. 2022 à 08:30 - mise à jour 13 juil. 2022 à 14:20Temps de lecture5 min
Par Marine Lambrecht

A partir du 1er août 2022, les garçons auront aussi accès à la vaccination gratuite contre les papillomavirus humains (HPV), et ce, jusqu’à 18 ans inclus, a annoncé l’ASBL O’YES dans un communiqué. Peu importe le genre, c’est maintenant gratuit ou remboursé pour les 13 à 18 ans.

Depuis 2008, le vaccin est remboursé par l'INAMI pour les filles en Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) jusqu’à 18 ans, mais pas pour les garçons.

Il existait déjà un programme de vaccination gratuite dans les écoles ouvert aux garçons de 13 à 14 ans depuis 2019. Mais en dehors de ce programme, les garçons devaient débourser 400 € pour se faire vacciner. 

"Un problème de filles"

Si les garçons ont seulement accès maintenant à la vaccination gratuite, c’est notamment parce que pendant longtemps, la médecine et les autorités pensaient que ce virus était un "problème de filles".

Aujourd’hui, on sait que c’est loin d’être le cas. Tout le monde est concerné, peu importe le genre et la sexualité. 

On estime que jusqu’à 80% des hommes et femmes sexuellement actifs entrent en contact avec un papillomavirus une ou plusieurs fois au cours de leur vie. Et ce n'est pas qu'un problème de transmission, la santé des hommes peut aussi être impactée. 

Ces infections particulièrement contagieuses peuvent causer des verrues génitales (condylomes) et des cancers aussi bien chez les femmes que chez les hommes. Le papillomavirus est responsable de 70% des cancers de la gorge, selon une étude publié dans Human Vaccines & Immunotherapeutics

Et pourtant, ce n’est qu’en 2017 que le Conseil supérieur de la santé a remis à jour ses recommandations, en conseillant de vacciner aussi les garçons entre 9 et 14 ans.

En 2021, l’Europe a pris conscience de l’importance d’inclure les garçons dans la lutte contre ce virus dans son plan pour lutter contre le cancer. La Commission européenne demande aux États membres de renforcer la vaccination contre les HPV pour les filles et les garçons afin d’éradiquer le cancer du col de l’utérus et les autres cancers causés par les papillomavirus humains.

Une plainte en justice

Jusqu’à présent, le remboursement de ce vaccin était différent pour les hommes et les femmes. Un premier pas a été franchi en septembre 2019 lorsque les garçons de 13 à 14 ans inclus, ont obtenu la vaccination anti-HPV gratuite via des campagnes dans les écoles, au même titre que les filles.

Pour leurs aînés, c’est une plainte devant la justice qui a fait bouger les choses. C’est un jeune garçon qui n’avait pas droit au remboursement de ce vaccin, contrairement aux filles de son âge, qui a introduit une plainte, soutenu par l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes.

En mars 2022, le Tribunal du travail de Bruxelles a établi que le régime de remboursement de la vaccination contre l’HPV constituait une infraction à la Loi Genre et à la loi Anti-discrimination. Suite à cela, l’ASBL O’YES et ses partenaires ont écrit une carte blanche à destination du ministre fédéral de la Santé Frank Vandenbroucke (Vooruit). Un dossier a été introduit auprès du Comité de remboursement des médicaments pour solliciter le remboursement de rattrapage pour les garçons jusqu’à 18 ans inclus.

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La décision est à présent tombée. À partir du 1er août 2022, les garçons auront aussi accès à la vaccination pour les papillomavirus les HPV, et ce jusqu’à 18 ans inclus. Une décision saluée par les acteurs de la prévention et de l’éducation à la santé sexuelle.

Dépistage tous les 3 à 5 ans

En Belgique, le dépistage reste compliqué car il n'est pas généralisé. "La plupart du temps, il faut qu'il y ait déjà des lésions ou des verrues pour qu'on puisse repérer la présence du HPV", explique le Dr. Michel Bossens, gynécologue. "Il existe des traitements mais c'est l'immunité du patient qui joue beaucoup. Dans de nombreux cas, le virus part tout seul mais ça peut prendre du temps." 

À quoi faut-il faire attention ? "Si des symptômes surviennent, ils peuvent apparaitre entre trois semaines et huit moins après l'infection", détaille Sciensano sur son site. Il faut être attentif à l'apparition de boutons sur les organes génitaux et l'anus.

"C'est important de s'observer. Si ces symptômes apparaissent, il faut consulter son gynécologue", recommande Céline Danhier, directrice de l'ASBL O'YES. Sciensano conseille aux femmes de faire un frotti du col tous les 3 à 5 ans pour les 25 à 30 ans et un test HPV tous les 5 ans entre 30 et 64 ans.

À noter qu'il n'y a pas de test de dépistage pour les hommes. 

Un vaccin efficace dans 90% des cas

La solution outre le port du préservatif ? Le vaccin. "C'est important de se faire vacciner avant les premiers rapports sexuels", insiste Céline Danhier. 

Il existe deux vaccins contre le papillomavirus. Ils sont disponibles en Belgique depuis une dizaine d'années seulement. Depuis 2010 en Flandre et depuis 2011 en Fédération Wallonie-Bruxelles.

"Ils protègent contre les souches responsables de deux formes de verrues génitales et contre sept formes de lésions cancéreuses", précise le Dr. Michel Bossens.

Comparé aux environ 200 souches connues du HPV, ça peut paraitre peu mais ces souches sont responsables de 90% des cas de verrues et de cancers. 

Le lien entre le vaccin et la diminution du nombre de cancers a été démontré dans une étude publiée en 2021 dans The Lancet. Les auteurs ont analysé les effets de la campagne de vaccination chez les jeunes filles au Royaume-Uni. Ils ont observé une réduction significative du nombre de cancers du col de l'utérus chez les femmes depuis l'introduction du programme de vaccination en 2008. Ils estiment même que la vaccination a réussi à éliminer presque totalement ce type du cancer chez les femmes de moins de 26 ans. 

1 élève sur 2 n’est pas vacciné en Wallonie et à Bruxelles

En Fédération Wallonie-Bruxelles, la part de jeunes vaccinés augmente mais est en dessous des objectifs fixés. Selon une enquête de l’ONE réalisée au cours de l’année scolaire 2019-2020, seulement 54% des élèves de 2e secondaire en FWB ont reçu une première dose du vaccin contre les HPV. C'est 6% de moins que l'objectif fixé, c'est à dire 60 %. 
 
La différence entre les filles et les garçons n’est pas énorme. 57,5% des filles sont vaccinées, contre 50,8% des garçons. 
 
La différence est par contre notable avec les jeunes néerlandophones. En Flandre, ce taux atteint 90%."Cette différence s'explique en partie pour des raisons culturelles. En Belgique francophone, il y a l'impact des antivax de France qui s'est renforcé avec le Covid", explique Céline Danhier. Les autorités espèrent atteindre 80% de couverture vaccinale d'ici 2025. 
 
 
Ces résultats sont cohérents avec une enquête récente menée par O’YES. À travers celle-ci, il est apparu que les participants ne se vaccinent pas pour trois raisons principales : le manque d’information sur la vaccination contre les HPV, la réticence de la part de certains parents et le prix élevé. Parents et enfants peuvent trouver des informations fiables et régulièrement mises à jour sur le site www.les-hpv.be.

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