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Le Parlement européen, "expression de l'opinion publique européenne", fête ses 70 ans

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Par RTBF Info avec Belga

Le Parlement européen a célébré mardi midi ses 70 ans, en présence des Premiers ministres belge, luxembourgeois et français, et de la présidente de la Commission européenne. Cette assemblée est aujourd'hui "le seul parlement transnational multipartite, multilingue et directement élu", dont les 705 membres sont "l'expression de l'opinion publique européenne", a souligné sa présidente, la Maltaise Roberta Metsola, en lançant la cérémonie dans l'hémicycle de Strasbourg. Une institution qui, de par son histoire, "incarne" aussi "la réconciliation européenne" après les deux Guerres mondiales.

Si 1952 est considérée comme son année de naissance, l'institution n'a aujourd'hui plus grand-chose à voir avec l'assemblée créée cette année-là, l'"Assemblée commune de la Communauté européenne du charbon et de l'acier" (CECA). "En 1952, ici à Strasbourg, Paul-Henri Spaak (ancien ministre belge des affaires étrangères en exil durant la guerre, puis Premier ministre, fervent militant de l'unification européenne, NDLR) présidait l'ouverture de la toute première session. C'était le point de départ de l'activité plénière de cette institution", rappelle Roberta Metsola. On y retrouvait alors des délégués des parlements nationaux de la poignée de pays membres: France, Italie, Allemagne (de l'Ouest), Belgique, Pays-Bas, Luxembourg. Elle avait un rôle de "contrôle" de la Haute Autorité, l'organe exécutif de la CECA. 

L'Assemblée commune devient peu après "Assemblée parlementaire européenne", pour englober la Communauté économique européenne et la Communauté européenne de l'énergie atomique. Elle prend le nom de "Parlement européen" en 1962, il y a 60 ans. Les députés qui y siégeaient étaient à l'époque encore toujours désignés par les différents parlements nationaux des États membres, exerçant donc tous un double mandat. Les premières élections européennes se sont tenues en 1979, et depuis lors les citoyens des pays membres élisent directement leurs représentants à cette assemblée. 

 

Les compétences du Parlement ont également fortement évolué, comme l'a rappelé Roberta Metsola, plus jeune présidente du Parlement. "Au fil des ans, les traités consécutifs ont permis à notre maison de la démocratie de se développer en un forum politique puissant, indépendant, avec des pouvoirs de colégislation et budgétaires (à la suite des Traités de Maastricht puis Lisbonne, NDLR) qui impactent les millions de citoyens européens". 

Si les gouvernements belge, luxembourgeois et français étaient représentés à cette cérémonie d'anniversaire, c'est que les trois pays se partagent les trois "capitales" des institutions européennes (Bruxelles, Luxembourg et Strasbourg), et également les sites des bureaux et administrations du Parlement. Le premier hémicycle propre du Parlement européen (jusque dans les années 70, il empruntait les locaux d'autres institutions) était d'ailleurs situé à Luxembourg, dans le "bâtiment Schuman". Les Premiers ministres des trois pays ont évité mardi d'évoquer la coûteuse transhumance mensuelle de tous les eurodéputés (et de la presse) de Bruxelles à Strasbourg pour les plénières, un sujet délicat. On se souvient qu'en pleine pandémie de Covid-19, l'organisation des plénières depuis Bruxelles avec participation à distance avait fortement irrité la France. 

Discours d'Alexander De Croo

Alexander De Croo, premier à prendre la parole après Roberta Metsola, a applaudi dans son discours la montée en puissance des citoyens et des institutions qui les représentent, une "évolution saine". Appelant à être "fiers" du chemin parcouru et de l'évolution du Parlement, il a cependant reconnu que "le travail est loin d'être terminé", la démocratie étant "une œuvre sans cesse inachevée". Et "si l'on veut réellement renforcer notre démocratie, il faut aussi s'attacher à renforcer le Parlement européen", a-t-il lancé, provoquant inévitablement les applaudissements des eurodéputés présents. "Tous les défis majeurs, que cela soit la guerre en Ukraine, les flux migratoires, les prix de l'énergie, se jouent au niveau international, nous devons donc renforcer notre démocratie à ce même niveau international. À notre niveau européen". 

"La Conférence sur l'avenir de l'Europe nous a fourni une excellente base de discussion sur les changements dont nous avons besoin", ajoute-t-il. Parmi les recommandations issues de cet exercice citoyen figurait entre autres le renforcement des pouvoirs du Parlement, avec l'octroi du droit d'initiative législative. M. De Croo a ensuite salué le "travail fondamental effectué par ce Parlement pour protéger la démocratie et l'État de droit en Europe", dans un rôle de "chien de garde vigilant" qu'il faut maintenir, ajoute-t-il. 

Dans un style plus passionnel, le libéral luxembourgeois Xavier Bettel a axé son intervention sur l'importance des valeurs communes européennes, rappelant qu'elles sont régulièrement mises en danger au sein même de l'Union. "On a l'impression que la paix et les droits sont quelque chose d'acquis", mais "certains pays stigmatisent les minorités sexuelles", tandis que dans d'autres vit un discours niant l'existence des chambres à gaz lors de Seconde Guerre mondiale, illustre-t-il. "Ne nous laissons pas diviser, la diversité doit rester notre force (...) L'Europe, ce n'est pas que recevoir, c'est aussi donner pour avoir quelque chose de plus grand ensemble aujourd'hui (...) Je compte sur le parlement pour donner régulièrement des rappels de ces valeurs", a encore lancé Xavier Bettel. 

La Française Elisabeth Borne, promettant de ne "jamais cesser de défendre" la démocratie européenne, y a opposé l'invasion russe de l'Ukraine: "N'oublions pas que derrière l'invasion de l'Ukraine, ce sont la démocratie et les droits humains que la Russie attaque". 

Les trois chefs de gouvernement ont souligné le poids historique et symbolique du Parlement. "En '45 on termine la guerre, sept ans plus tard on décide de construire quelque chose ensemble", souligne Xavier Bettel. Ce Parlement "représente la victoire de l'humanité sur le nationalisme", estime Alexander De Croo.

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