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Chroniques

Le parti socialiste dans le multivers du pouvoir d’achat

Les coulisses du pouvoir

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Ce n’est pas tous les jours que le plus grand parti de la coalition décide de passer outre un élément symbolique fort de l’accord de gouvernement. Et ce n’est qu’une fois par an, a priori, que le PS se dit qu’il est plus intéressant, pour lui, de communiquer largement et fortement vers l’extérieur, avant de discuter au sein du gouvernement. En 2021, c’était, souvenez-vous, la réforme des pensions, dont on est toujours en attente d’une quelconque avancée concrète (d’ici quelques jours ?). Et cette année, c’est donc le pouvoir d’achat. Je ne vais pas revenir sur les 13 mesures, elles sont ici. Rappelons juste que le PS veut diminuer les factures concernant l’énergie, le logement, et le transport, tout en protégeant les salaires et les allocations. Coût total : 6 milliards et demi, grosso modo. Et pour financer tout ça, les revenus du capital seront mis à contribution avec, entre autres, une nouvelle taxe sur les grands patrimoines.

Quelles chances de réussir ?

Minces, voire inexistantes. D’abord, notons, et c’est important, qu’il y a, dans ces propositions, un bon gros coup de canif à l’accord de gouvernement, page 35 : "Le gouvernement veillera à ce que les efforts et les réformes des précédents gouvernements pour améliorer la productivité de l’économie belge soient maintenus." Revenir, comme le demandent les socialistes, sur la réforme de la loi de 1996 concoctée par la Suédoise, peut s’assimiler à une forme de provocation gratuite. Parce que toucher à ce texte, c’est bousculer un équilibre, et en face, il n’y a pas de raison de ne pas exiger quelque chose d’imbuvable pour le camp socialiste. Même logique pour cette volonté de faire casquer les revenus du capital. Les socialistes disaient, hier, que "nécessité fait loi", que lors de la confection de l’accord de gouvernement, il n’y avait pas de guerre sur le sol européen, pas d’inflation à quasi 8% et qu’il faut donc aider la population. Ce n’est pas faux, évidemment, mais on ne change pas d’accord de gouvernement à chaque crise, aussi majeure soit-elle. Notez, d’ailleurs, que tout ce chapitre sur la loi de 1996 est une redite à gauche : Jean-Marc Nollet avait développé les mêmes arguments à la veille du 1er mai, souhaitant, lui aussi, revenir sur l’accord de gouvernement. On a beaucoup critiqué Georges-Louis Bouchez pour moins que ça.

Alors à quoi bon ?

C’est un peu comme dans le multivers, cette théorie qui veut qu’il y a infinité de monde où nos vies sont (plus ou moins légèrement) altérées. Ainsi, dans le multivers du pouvoir d’achat du PS, ces 13 mesures, ça peut être un coup de pression relativement classique : c’est la thèse des socialistes. D’ailleurs, disent-ils, Vooruit est d’accord sur quasi-tout et va le dire, et puis les verts ont aussi leurs propres propositions (il y en a dix), d’ailleurs, et c’est vrai qu’un "congrès social" d’Ecolo est prévu le 5 juin. Et que donc, vu les négociations en cours et à venir sur la réforme fiscale et le budget 2023, c’est de bonne guerre de montrer les muscles. Ailleurs dans le multivers, ces 13 mesures, ça ressemble à un chapitre fiscalité/pouvoir d’achat d’un accord de gouvernement "Vivaldi" bis, en tout cas vu par un prisme PS. Le Groen Kristof Calvo plaidait la semaine dernière pour une sorte d’adaptation de l’accord de gouvernement. Et il est vrai que les quelques moments où la Vivaldi a réussi à produire des accords, c’était en mettant beaucoup de dossiers sur la table, en même temps, que chacun puisse s’y retrouver. Dans ce scénario, imaginez un été studieux où les sept partenaires de la majorité travailleraient dur à une "Vivaldi" 2.0, de quoi tout aplanir et repartir d’un bon pied pour la dernière ligne droite de cette législature. Ouais, dit comme ça, on n’y croit pas une seconde.

Au minimum, dans une autre partie du multivers, le nôtre peut-être, ces 13 mesures, ça ressemble surtout à un chapitre d’un programme électoral. Car au final, il y a de quoi se montrer circonspect, sur cette séquence, sur sa réception au nord du pays, fort négative. D’autant plus que deux heures avant que le PS ne s’exprime, la Commission européenne présentait ses prévisions économiques. Notre pays est dans le top 5 européen en matière d’inflation et à l’arrière du peloton pour la croissance prévue en 2023. Les mesures belges de soutien concernant l’énergie et l’indexation automatique des salaires pèsent trop sur notre budget, d’après la Commission. Alors qu’elle est l’étape suivante ? Le PS plaidera-t-il, la prochaine fois, pour désobéir aux règles européennes ? La dernière fois que Paul Magnette s’était attaqué à l’Europe, ça lui a valu la plus belle séquence politique de sa carrière, vous vous souvenez du CETA en 2016. Il est peut-être un peu nostalgique.

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