Belgique

Le Pèlerinage de l’Yser se pose la question : "La Flandre atteindra-t-elle 2030 ?"

Le pèlerinage de l’Yser n’attire plus la foule comme jadis et se pose des questions sur mouvement flamand.

© © RTBF T.D Quach

04 sept. 2022 à 14:18 - mise à jour 06 sept. 2022 à 13:50Temps de lecture4 min
Par Jean-François Noulet, avec T.D Quach et Belga

La 95e édition du Pèlerinage de l’Yser s’est tenue ce dimanche à Dixmude, à l’ombre de la Tour de l’Yser. La manifestation rassemble, d’année en année, de moins en moins de monde.

Le nombre des participants atteignait péniblement les 150 personnes. Cette année, les organisateurs ont choisi pour thème de l’événement une question : "La Flandre atteindra-t-elle 2030 ?", une manière de souligner le fait que la base de soutien à l’autonomie flamande se rétrécit et que de moins en moins de Flamands, non-extrémistes osent afficher la fierté d’être flamand.

100 à 150 participants aujourd’hui, des dizaines de milliers jadis

C’est un rassemblement traditionnel qui autrefois attirait la foule. Au pied de la Tour de l’Yser, c’est par dizaines de milliers que les militants flamands convergeaient pour écouter les discours et porter haut les couleurs et les symboles de la Flandre.

A l’origine, le Pèlerinage de l’Yser a été organisé à la mémoire des soldats flamands tombés au combat pendant la Première Guerre mondiale. Au fil des temps, l’événement était devenu la caisse de résonance des revendications flamandes. Sur fond de drapeaux jaunes frappés du lion des Flandres, les leaders politiques posaient les jalons pour plus d’autonomie flamande.

Depuis ces années fastes pour le Pèlerinage de l’Yser, les choses ont changé. "Il y a eu pendant longtemps des discussions sur la direction que devait prendre le Pèlerinage de l’Yser. Certains, les plus radicaux du mouvement flamand voulaient vraiment une manifestation très radicale. D’autres voulaient une manifestation plus focalisée sur le pacifisme, plus modérée", explique Dave Sinardet, politologue à la VUB. En 1996, des membres du Vlaams Blok ont d’ailleurs protesté contre la tenue du Pèlerinage de l’Yser, événement devenu trop gauchiste à leur goût. L’extrême droite flamande a d’ailleurs par la suite organisé sa propre manifestation, l’Ijzerwake, la veillée de l’Yser.

Depuis, le pèlerinage de l’Yser officiel fait de moins en moins recette. "Les deux manifestations ont continué, mais toutes les deux n’attirent plus beaucoup de monde, le Pèlerinage de l’Yser encore moins que le Yzerwake", souligne Dave Sinardet. "L’an dernier, c’était 115 personnes, comparées aux 100.000 personnes qu’il y avait dans les années 30", ajoute-t-il.

Un questionnement sur l’avenir

Ces dernières années le nombre de participants au Pèlerinage de l’Yser tourne autour de la centaine de personnes. Alors, cette année, les organisateurs tentent de se remettre en question. "La Flandre atteindra-t-elle 2030 ?", posent-ils comme question en guise de thème général pour cette 95e édition. Il ne faut pas voir derrière cette question une inquiétude pour l’existence de la Flandre, mais il s’agit plutôt de se demander si la vision "flamande" qui sous-tend le Pèlerinage de l’Yser correspond encore à quelque chose dans l’opinion flamande. "Nous constatons que la fierté disparaît", explique Paul Van Belder, Président du Comité du Pèlerinage de l’Yser. "Avant, on voyait beaucoup de jeunes qui circulaient avec un autocollant disant Je suis Flamand et fier, ça, c’est fini", constate Paul Van Belder.

Dans une interview publiée le 18 août dernier par le Krant van West-Vlaanderen, Peter Verplancke, le Directeur du Musée de l’Yser est revenu lui aussi sur ces couleurs flamandes, les autocollants, les drapeaux que l’on osait jadis afficher fièrement. "C’était culturellement accepté", a-t-il expliqué au média flamand. Aujourd’hui, "quand on fait ça et que, par exemple, on affiche le drapeau flamand, on est regardé comme un extrémiste", a-t-il ajouté. Et de se demander "que faut-il changer pour que l’identité flamande soit à nouveau attrayante ?"

Bref, la base de soutien à l’autonomie flamande se rétrécit. Les nombreuses réformes de l’Etat, les dissensions au sein du mouvement nationaliste flamand expliquent aussi cela.

"Les jeunes aujourd’hui sont occupés à d’autres choses. Il y a aussi des choses qui sont plus urgentes dans leur vie ou pour leur avenir", regrette Paul Van Belder, le Président du Comité du Pèlerinage de l’Yser. Il épingle aussi "les mouvements d’extrême-droite qui captent une attention disproportionnée". Pour lui, ces mouvements d’extrême-droite, ce sont "ceux qui font un mauvais usage de nos symboles et donnent une fausse image de la Flandre".

Alors aujourd’hui, les organisateurs du Pèlerinage cherchent à convaincre. "Si on veut plus de Flandre, il faut aussi convaincre les gens que ce serait une meilleure Flandre", explique Paul Van Belder, le Prédident du Comité du Pèlerinage de l’Yser. "Pour nous, une meilleure Flandre, cela veut dire une Flandre inclusive, une Flandre où chacun compte, où personne n’est laissé sur le côté etc.", ajoute-t-il.

Le Comité du Pèlerinage demande ainsi aux politiciens flamands d’arrêter leurs jeux politiques et de commencer immédiatement à travailler sur la réduction de la pauvreté, sur de meilleures retraites, sur plus de sécurité routière et pour une fiscalité équitable. "C’est le seul moyen de s’assurer que les Flamands n’ont pas encore plus peur et ne sont pas en colère et que l’on ne fait pas le lit des partis extrémistes."

La cérémonie de ce dimanche a traditionnellement été ponctuée d’un hommage fleuri à toutes les victimes de la guerre et de violence et par le Vlaams Leeuw.

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