Le personnel de plusieurs communes soumis aux tests sérologiques : la bien mauvaise idée

Dans les analyses de sang, on peut trouver des traces d'anticorps, pas du virus.

© Wong Yu Liang - Getty Images

31 août 2020 à 11:29Temps de lecture2 min
Par Jean-Christophe Willems

Après Ans, voici Trooz... Dans cette commune liégeoise, près de deux cents membres du personnel, ainsi que les enseignants, vont se soumettre à un test Covid.

Si l'initiative semble louable, le procédé l'est un peu moins. Car les résultats reposent sur les fameux tests sérologiques, par prise d'une goutte de sang.

La mauvaise méthode de test

S'il permet d'obtenir un résultat en quelques minutes, ce type de test peut prêter à confusion. Car il se contente d'indiquer la présence ou non d'anticorps. Or, on sait que ces anticorps peuvent se développer au contact de la maladie tout en restant présents bien longtemps après la guérison. 

Un résultat positif signifie donc qu'on a probablement développé la maladie et qu'on en est quitte alors qu'un résultat négatif montre simplement qu'il n'y a aucune trace d'anticorps dans l'organisme et qu'on n'est sans doute pas immunisé.

Pour le professeur Elie Cogan, médecin consultant senior au CHIREC et à Erasme, ce type de test "pour rassurer" est une aberration : "Sur le plan épidémiologique, c'est intéressant au niveau statistique, pour analyser la prévalence de l'épidémie au cours des derniers mois. Mais le test efficace pour détecter la présence actuelle de la Covid-19, c'est le PCR, par frottis nasopharyngé. Il est fiable à près de 100%"

Ce faux sentiment de sécurité

Avec le PCR, un résultat positif indique qu'au moment de la prise d'échantillon, le patient est porteur de la maladie, et éventuellement contagieux. Avec la méthode sérologique, le résultat positif est, au contraire, plutôt rassurant puisqu'il indique que le corps a lutté contre ce virus et a peu de chances de le contracter à nouveau.


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De plus, les anticorps se développent souvent plusieurs jours après l'apparition de la maladie, voire ne se développent pas du tout dans certains cas de figure. Un patient peut donc être infecté et contagieux sans que l'on détecte le moindre anticorps dans la prise de sang. Pas de quoi rassurer les membres du personnel des communes où on a instauré le système de test...

Le bourgmestre s'explique

Contacté par nos soins, le bourgmestre de Trooz Fabien Beltran concède qu'il ne s'agit que d'une prise de température (dans ce cas-ci, plutôt de sang) à un moment T et qu'il faudrait un suivi plus poussé. En ce qui concerne la méthode employée, elle débouche sur quatre type de résultats : négatif, vieille infection, infection récente et non terminée et enfin infection récente et terminée. Et c'est dans le troisième cas de figure que l'on procède à l'autre test, le PCR, pour confirmer ou infirmer le résultat.

Pour le professeur Cogan, cela ne change rien : "Les chances de tomber sur une infection récente non terminée sont infimes. Le pire, c'est que dans tous les autres cas de figure, on continue de rassurer les gens alors qu'ils sont peut-être déjà porteurs, sans avoir développé les anticorps, ou vont éventuellement le devenir. Nous avons d'ailleurs averti les autorités fédérales qui vont se pencher sur le dossier."

En attendant, tout le personnel communal de Trooz se fait tester et le bourgmestre est négatif... du moins au test sérologique.

 

 

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