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Le philosophe Michel Eltchaninoff sur la guerre en Ukraine : "Poutine est parti dans les étoiles"

Le philosophe Michel Eltchaninoff et Vladimir Poutine (image d’illustration)
28 févr. 2022 à 07:45Temps de lecture3 min
Par Kevin Dero sur base d'une interview de Pascal Claude

"Le cosmisme", doctrine méconnue, a été mis en avant dans "Matin Première" ce lundi. Un éclairage supplémentaire sur la psychologie propre au "Maître du Kremlin", présenté par Michel Eltchaninoff, docteur en philosophie, spécialiste de la philosophie russe et rédacteur en chef à "Philosophie magazine", qui était interviewé par Pascal Claude.

Né à la fin du XIXe siècle, le "cosmisme" est un mélange de recherche scientifique, de métaphysique et de mysticisme. Mouvement né en Russie, ayant pour objectif notamment de tuer la mort ou encore de coloniser l’espace, il influencerait Poutine. Le président russe citerait des "cosmistes" (des philosophes ou des écrivains, comme Dostoïevski par exemple). Ou encore Constantin Tsiolkovski, théoricien de l’exploration spatiale qui croyait déjà dur comme fer aux fusées dans les années 20. Poutine le cite, a baptisé une ville à son nom. L’homme est aussi cité par Elon Musk, le milliardaire américain et patron de Tesla. Michel Eltchaninoff constate donc que ce courant "bizarre, occulte" du "cosmisme" inspire donc pour le moment un "chef d’Etat nationaliste comme Poutine, qui est parti dans la lune dans sa tête si on peut dire, et un milliardaire transhumaniste comme Elon Musk".

La Russie doit être plus qu’un pays, elle doit être une idée

Le philosophe, qui a sorti dernièrement le livre "Lénine a marché sur la Lune" et "Dans la tête de Vladimir Poutine", en 2015 explique donc que dans une partie culture russe, l’idée d’un "messianisme" est présente. Le fait que la Russie doit être "plus qu’un pays, elle doit être une idée". Une idée "grandiose de l’Homme. Poutine dit "nous allons coloniser l’espace, pour le bien de l’Humanité". Il y a cette idée que la Russie doit apporter quelque chose au monde, des valeurs morales, chrétiennes…" Idée paradoxale au moment où pour imposer ces idées, il fait la guerre et "tue des Ukrainiens qui, comme Poutine le dit lui-même, sont très proches des Russes".

Dossier de la rédaction

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Poutine est-il fou ?

Pour le philosophe, c’est difficile à dire. Car le chef d’Etat russe serait "extrêmement cohérent dans son discours ". S’efforçant à dire, depuis des années et à longueur de discours que "L’Ukraine n’existe pas, que l’Europe est décadente, que l’OTAN est un ennemi…" Pour notre invité, Poutine s’est enfermé dans une sorte de réalité parallèle. "Un enfermement dans son univers psychique, dans un autre récit, dans une vision de la Russie et du monde coupés du réel". Michel Eltchaninoff cite un artiste qui disait récemment que "Poutine est parti dans les étoiles". L’homme est davantage mû par "des idées grandioses et un peu folles" que par le souci de la réalité (une réalité comme la ferveur du peuple ukrainien ou le mécontentement en interne, par exemple).

Enfermement dans son univers psychique, dans un autre récit

Sujet JT du 27 février :

L’auteur a publié une tribune intitulée "Pour nous défendre, aidons les Ukrainiens", publiée dans le Journal du Dimanche hier. Dans celle-ci, il insiste : selon lui, Poutine ira plus loin si on le laisse avancer. Michel Eltchaninoff salue donc la fermeté affichée par l’Union européenne (renforcement des sanctions, livraisons d’armes, porte ouverte à l’adhésion de l’Ukraine…). "Tout ça pour l’instant montre que les dirigeants européens semblent comprendre la gravité de l’enjeu". Une réaction qui montre à Poutine une certaine résistance, "lui qui a toujours considéré que les Européens étaient faibles, impuissants, divisés". Poutine verrait donc que l’Europe n’est pas ce "continent décadent et faible qu’il décrit dans ces discours depuis des années".

Les dirigeants européens semblent comprendre la gravité de l’enjeu

 

Une Europe sous influence…

"Poutine veut mettre l’Europe sous son influence" affirme le philosophe. "Il verrait bien l’Europe comme une sorte de protectorat. Des démocraties faibles, divisées, une Europe qui n’existerait plus sous les coups de boutoir de ces divisions internes." Pas de chars à Bruxelles, donc, mais une union de pays "obligés" de Moscou. Comme Poutine essayerait de faire pour le moment avec l’Ukraine, en somme… "L’idée, c’est de dire que la Russie est une grande puissance qui a la volonté de dominer le continent européen" selon le docteur.

Géographiquement, en Ukraine, Poutine considérerait que l’Ukraine est russe jusqu’au fleuve Dniepr (fleuve qui coule à Kiev) "et quelques idéologues à Moscou considèrent que l’ouest du pays est une zone folklorique, qui n’a pas d’intérêt géopolitique".

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