L'odyssée

Le piano autrement : découvrez le pianola, le piano préparé ou encore le toy piano

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21 févr. 2022 à 16:40 - mise à jour 21 févr. 2022 à 16:57Temps de lecture4 min
Par Anne Hermant

Le Festival des Flagey Piano Days s’est clôturé ce dimanche 20 février. Et si vous êtes déjà en manque de la sonorité du roi des instruments, Anne Hermant et Pierre Solot vous proposent une thématique piano… Mais "piano autrement".

Piano mécanique

Il y a les voitures autonomes qui roulent toutes seules et il y a, depuis bien plus longtemps déjà, le piano mécanique, le piano qui joue tout seul. Bien sûr, il y a tout un mécanisme complexe derrière tout cela : le piano fonctionne grâce à des rouleaux perforés préalablement enregistrés. Lorsque le cylindre perforé tourne, il fait enfoncer les touches du piano, qui joue donc automatiquement le morceau imprimé sur le rouleau.

Le piano mécanique apparaît aux États-Unis à la fin du XIXe siècle et connaît son apogée juste avant la crise de 1929. C’est un instrument populaire qu’on trouvait fréquemment à l’époque dans les bars en Amérique, une sorte de jukebox avant l’heure.

 

Le piano mécanique a beaucoup de succès. De nombreuses firmes le fabriquent, le perfectionnent et le commercialisent. Le modèle le plus connu est le pianola, fabriqué par la firme Æolian. Le terme pianola est d’ailleurs devenu un terme générique.

Mais il faut savoir que les rouleaux perforés ne sont pas systématiquement enregistrés par un artiste. Il est donc possible d’imaginer de la musique qui n’est pas conçue pour être jouée, voire de la musique totalement inexécutable ! Le maître en la matière est sans conteste le compositeur américain Conlon Nancarrow, qui a composé 51 Études pour pianola, entre 1948 à 1993. Pour le compositeur belge Jean-Luc Fafchamps, "ce corpus enthousiasmant aux accents souvent inouïs est probablement l’avancée la plus spectaculaire effectuée par la musique occidentale en matière de contrepoint et de rythme depuis Jean-Sébastien Bach, que d’ailleurs, et sans surprise, Nancarrow vénérait – à côté de Stravinsky, John Cage et John Coltrane."

Le piano comme instrument d’orchestre

C’est Berlioz, qui le premier, lui donnera ce rôle en 1832. Pourtant, en 1941, dans son monumental traité d’orchestration, Charles Koechlin déplore encore "la force de l’usage, ou plutôt l’éternelle routine, qui perpétuent l’idée d’opposer le piano à l’orchestre", et regrette que "l’utilisation du piano, pour son timbre au milieu de l’orchestre, reste trop rare." Koechlin aurait donc certainement salué la façon dont Bartók emploie le piano dans sa Musique pour cordes, percussion et célesta. Au sein de l’orchestre, le piano est utilisé à la fois comme instrument harmonique et percussif. Bartók l’a d’ailleurs inclus dans le groupe des percussions.

Le piano préparé

En 1940, le jeune John Cage crée sa première pièce pour "piano préparé", qu’il définit comme étant "en réalité un ensemble de percussions confié aux mains d’un seul interprète".

A l’époque où on lui commande une musique pour le ballet Bacchanale, John Cage compose beaucoup pour instruments à percussion, dont il joue lui-même. Mais la scène où doit avoir lieu la représentation est bien trop petite pour accueillir percussions et danseurs. Un piano à queue se trouvant dans la salle, John Cage à l’idée insérer des corps et matériaux divers entre les cordes : vis, boulons, morceaux de caoutchouc et de plastique, écrous et autres gommes.

Ce piano prend alors le nom de “prepared piano”.

Le Toy piano

C’est également pour accompagner une chorégraphie que John Cage compose en 1948 une Suite pour Piano Toy.

Il s’agit bien du piano jouet miniature que l’on offre aux enfants ! Contrairement au mécanisme d’un vrai piano, celui du piano jouet est rudimentaire : lorsque les touches sont jouées, des marteaux en plastique frappent des tiges métalliques. Le nombre de touches est évidemment très limité.

Le Toy piano de John Cage ne possède que 9 touches blanches, un véritable défi d’écriture. C’est John Cage lui-même qui a joué cette pièce lors de la première représentation : on l’imagine, assit sur un tabouret de 20 cm, les bras collés au corps, essayant de ne pas s’emmêler les doigts sur le minuscule clavier…

Inspirés par l’exemple de John Cage, d’autres compositeurs ont contribué au répertoire du piano jouet.

Le piano normal… dans une formation inhabituelle

On connaît les 18 Sonates et les 23 concertos pour piano de Mozart. Mais dans l’aria Ch’io mi scordi di te, il a utilisé le piano autrement, dans une formation inhabituelle : soprano, piano obbligato et orchestre. Cet air de concert est dédié à la soprano Nancy Storace, qui a été la première Suzanne des Noces de Figaro. Mozart a composé la partie de piano pour lui-même. Il en résulte un magnifique duo concertant, une sorte de fusion entre air d’opéra et concerto pour piano.

Le Fender Rhodes

On change de monde et d’époque, pour nous retrouver en Angleterre durant la Seconde Guerre mondiale. Harold Rhodes, un jeune professeur de piano américain, a rejoint l’armée de l’air britannique. Pour distraire les soldats et leur remonter le moral, on lui demande de jouer du piano. Il met alors au point un prototype de piano petit et léger qu’il peut transporter partout dans une valise.

Les cordes du piano sont remplacées par des morceaux d’aluminium récupérés sur les ailes de bombardiers B-17. Après la guerre, de retour en Amérique, il s’associe avec Leo Fender, célèbre pour ses guitares et ses amplificateurs, afin de développer son invention : le piano électrique Fender Rhodes est né. Il connaîtra son heure de gloire dans les années 70, avec des ambassadeurs de renom comme Herbie Hancock ou Chick Corea.

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