Mobilité

Le plan Good Move au centre de Bruxelles : quel impact sur l'Horeca ?

Le plan Good Move est en place à Bruxelles-ville depuis le 16 août.

© RTBF

Cela fait six semaines que la ville de Bruxelles a inauguré son nouveau plan de mobilité. Good Move est censé apaiser les quartiers du centre de la capitale en empêchant le trafic de transit. Mais certains restaurateurs du Pentagone, le centre historique de la ville, lancent un cri d'alarme : leur clientèle ne parvient plus à les rejoindre.

Beaucoup de complications

Une enseigne bien connue du centre de Bruxelles.
Une enseigne bien connue du centre de Bruxelles. © RTBF

Depuis qu’elle a ouvert son restaurant, il y a 17 ans, à deux pas de la Grand Place de Bruxelles, Out a déjà du faire face à pas mal de problèmes : les lockdowns suite aux attentats, le Covid… Mais rien de comparable à la crise qui s’est abattue sur elle depuis le 16 août. En six semaines, elle déclare avoir perdu près de 70% de sa clientèle. En cause, la crise énergétique sûrement. La tendance est aux économies dans les ménages. Mais en ce qui concerne Bruxelles, certains restaurateurs pointent du doigt "Good Move", ce plan visant à rediriger le trafic de transit vers les grands axes. Depuis la mi-août, le centre de la capitale est censé être apaisé. Mais ce sont les clients d’Out qui ne le sont plus, apaisés, à force de tourner en rond.

Out - Restauratrice à Bruxelles.

"Pour arriver au centre de Bruxelles c'est très très compliqué. Mes clients me disent que d'habitude ça leur prenait quinze minutes pour venir, maintenant ça leur prend environ une heure. Même le soir vers 20 heures, ils sont coincés dans la circulation."

Certains des fournisseurs d’Out refusent encore de venir la livrer. Mais certains de ses clients ont des idées. Qui n’enchantent pas vraiment la restauratrice :

Out - Restauratrice à Bruxelles.

"Dès la première semaine du plan Good Move, j'étais ici en train d'en discuter, et un client m'a conseillé d'acheter un vélo électrique avec une remorque pour faire mes courses… Je lui ai répondu que, avec mon mètre cinquante, je ne me voyais pas transporter dix kilos de tomates et cinq kilos de gros oignons…"

Des impacts différents

Une vitrine de bar à Bruxelles.
Une vitrine de bar à Bruxelles. © RTBF

Juste à côté, Luis tient un bar. Ses clients lui sont restés fidèles. Mais ils sont de plus en plus nombreux à délaisser la voiture au profit des transports en commun.

Luis Jimenez - Tenancier de bar.

"Si vous voulez vous garer en ville, il y a surtout des emplacements pour la police, ou pour les personnes handicapées. C'est quand même assez compliqué… Le piétonnier la nuit est assez mal fréquenté, il n'y a pas beaucoup de patrouilles. Ca décourage beaucoup les clients. Ceux qui viennent encore privilégient les transports en commun, mais les bus, trams et métros s'arrêtent à minuit. La plupart des clients partent à cette heure-là, quelques autres un peu plus aisés commandent un taxi ou un Uber. A présent, je dois fermer mon établissement vers 1 heure du matin au lieu de 3, ou 4 heures auparavant."

Chez Lola...
Chez Lola... © RTBF

Plus haut dans la ville, au Sablon, nous voici chez Lola. Ou plutôt chez Serge, son propriétaire. Le Sablon dispose toujours d’un vaste parking à ciel ouvert. Il est toujours accessible en voiture.  Pourtant, Serge est formel. Depuis le 16 août, 15% de sa clientèle a tout simplement disparu. Certes, les embouteillages catastrophiques connus les premiers jours ont disparu, mais…

Serge Litvine - Restaurateur à Bruxelles.

"On remarque que la circulation a diminué. Est-ce que c'est parce que les gens utilisent plus les transports en commun (qui ne sont pas plus nombreux) ? Je ne pense pas. Je crois surtout qu'ils fréquentent moins le bas de la ville."

Quand le bashing s'en mêle

Changement de décor. Nous voici chez l’échevin bruxellois des Affaires économiques. Il est en contact avec les restaurateurs. Ce qu’ils lui disent ? Que ce n’est pas forcément good move qui leur a fait perdre des clients. Mais plutôt la critique anti-Bruxelles. Le bashing, comme on dit :

Fabian Maingain - DéFI, échevin des Affaires économiques à Bruxelles-ville.

"On a des retours très contrastés. La première préoccupation qui nous revient, c'est la crise énergétique qui influe sur le pouvoir d'achat de leurs clients. La deuxième demande de la part des commerçants, c'est d'arrêter le bashing sur Bruxelles, d'arrêter de dire que Bruxelles est inaccessible, ce qui n'est pas vrai, et de décourager les gens de venir dans le centre-ville."

Certains s'en sortent plutôt bien

Un établissement qui profite beaucoup de l'afflux touristique.
Un établissement qui profite beaucoup de l'afflux touristique. © RTBF

Il est vrai que tous les restaurants ne souffrent pas. En ce début d’octobre, la terrasse de Michel est bien remplie.

Michel De Triest, cafetier-restaurateur à Bruxelles.

"Pour venir sur place, c'est peut-être un peu compliqué. Sinon, je n'ai pas du tout de perte de clientèle. Bon, c'est facile, je suis en face du Manneken Pis, je profite énormément du tourisme et du passage et, chance pour moi, ils adorent la bière! Donc, moi je n'ai rien ressenti."  

En attendant, pour résoudre ses soucis de mobilité, Michel a opté pour un triporteur. Pas sûr que ce soit la  solution idéale pour lutter contre la pollution sonore. Mais avec ça, au moins, il est sûr de ne pas passer inaperçu.

Le triporteur comme solution de fortune (et bruyante) pour se déplacer dans le Pentagone.
Le triporteur comme solution de fortune (et bruyante) pour se déplacer dans le Pentagone. © RTBF

JT du 07/10/2022 : le plan Good Move fait grincer des dents

Sur le même sujet : Extrait JT (22/09/2022)

Plan Good Move : A Anderlecht on n en veut plus

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