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Le président égyptien al-Sissi est à Bruxelles : des manifestants des droits de l’homme donnent de la voix

16 févr. 2022 à 15:08 - mise à jour 16 févr. 2022 à 15:18Temps de lecture3 min
Par Kevin Dero, Benoît Feyt et agences

"Pas de tapis rouge pour Sissi", le slogan est bien en vue, place du Trône, ce mercredi après-midi.

Alors que le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi est reçu au Palais royal, des manifestants ont tenu à montrer leur désaccord. Ils sont membres d’Amnesty International, du Cairo Institute for Human Rights Studies (CIHRS), de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), ou encore et ont tenu à rappeler que selon eux, les autorités égyptiennes sont responsables de la pire crise des droits humains de l’histoire récente du pays.

Le président al-Sissi et le Roi Philippe, ce mercredi au Palais royal de Bruxelles
Le président al-Sissi et le Roi Philippe, ce mercredi au Palais royal de Bruxelles © Tous droits réservés
Ramy Saath défenseur égyptien des droits humains, à Bruxelles, le 16 février 2022

Ramy Saath, défenseur des droits humains, était aussi présent sur place (ci-dessus). L’homme, Palestinien, emprisonné durant plus de deux ans en Egypte à cause de son militantisme avait été libéré en janvier dernier. Il revit la lumière du jour après plus de 900 jours de détention. Dernièrement, il racontait à l’AFP avoir subi des "traitements inhumains" avec "18 à 32 personnes dans une cellule de 23 m2" et "très peu de nourriture".

Aujourd’hui à Bruxelles, l’homme défend notamment une figure centrale de la révolte en 2011 en Egypte, Alaa Abdel Fattah. Ce dernier est en détention provisoire après a été condamné à cinq ans de prison par un tribunal d’exception du Caire pour "diffusion de fausses informations". Ils demandent aussi, à l'instar d'Amnesty International, la libération d'Ahmed Samir Santawy, âgé de 29 ans. L'étudiant en Master de sociologie et d’anthropologie à Vienne en Autriche, avait été arrêté le 1er février par les autorités alors qu'il était en visite en Egypte, son pays d'origine, pour rendre visite à sa famille. L'étudiant avait notamment mené des recherches sur les droits sexuels et reproductifs en Égypte dans le cadre de ses études.

 

Abdel-Fattah al-Sisi, qui a été réélu pour un deuxième mandat en avril 2018 avec plus de 97% des voix, est toujours considéré aux Etats-Unis et en Europe comme un partenaire stratégique et commercial dans la poursuite de la stabilité régionale.

Pourtant, lui qui a pris le pouvoir sur l’Egypte en 2013 est loin de faire l’unanimité. Les arrestations arbitraires, la torture et les disparitions forcées auraient atteint des niveaux sans précédent dans le pays du Moyen-Orient.

L’Egypte, avec plus de 60.000 détenus d’opinion selon des ONG, est régulièrement montrée du doigt pour son bilan des droits humains, "catastrophique" selon Amnesty International. Les Etats-Unis, qui estiment que le pays viole les droits humains dans tous les domaines – du travail des enfants aux exécutions extrajudiciaires-, ont en conséquence gelé 10% de leur aide.

Le président Sissi, lui, a présenté à l’automne sa "stratégie nationale pour les droits humains". Il insiste sur le fait que l’éducation, la santé ou l’électricité sont des droits plus nécessaires que celui, par exemple, de rassemblement, quasiment interdit dans le pays.

L’Egypte, avec plus de 60.000 détenus d’opinion selon des ONG, est régulièrement montrée du doigt pour son bilan des droits humains, "catastrophique" selon Amnesty International. Les Etats-Unis, qui estiment que le pays viole les droits humains dans tous les domaines – du travail des enfants aux exécutions extrajudiciaires--, ont en conséquence gelé 10% de leur aide.

Le président Sissi, lui, a présenté à l’automne sa "stratégie nationale pour les droits humains". Il insiste sur le fait que l’éducation, la santé ou l’électricité sont des droits plus nécessaires que celui, par exemple, de rassemblement, quasiment interdit dans le pays.

L’exemple Shawky

Walid Shawky, un médecin de 35 ans qui avait été en 2008 l’un des fondateurs du Mouvement du 6 avril – mouvement qui mobilisa trois ans plus tard des millions d’Egyptiens lors de la révolte ayant renversé le président Hosni Moubarak- a entamé une grève de la faim pour dénoncer son maintien en détention préventive depuis plus de trois ans, a annoncé dimanche la plus importante ONG des droits humains d’Egypte.

Cette figure de la société avait été emprisonnée le 14 octobre 2018 pour "appartenance à une organisation terroriste". Cette appellation d’abord réservée à la confrérie des Frères musulmans a été étendue à l’ensemble des partis et associations libérales liés à la "révolution" de 2011 après la prise du pouvoir d’Abdel Fattah al-Sissi en 2013.

Après 22 mois de détention – la préventive en Egypte n’est légalement pas censée excéder deux années — Walid Shawky avait été déclaré libérable, bien que toujours poursuivi.

Il n’a toutefois jamais été relâché et a même été aussitôt inculpé dans une autre affaire, une technique à laquelle recourt régulièrement le régime du colonel al-Sissi pour prolonger indéfiniment la détention préventive, selon des ONG.

"Il a été accusé d’avoir participé à une manifestation alors qu’au moment où elle se déroulait, il était en prison", rapporte l’Initiative égyptienne pour les droits personnels (EIPR).

 

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