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Le procès d’un néonazi allemand suspecté d’avoir tué un élu pro-migrants met l’Allemagne en émoi

Masque chirurgical sur le visage en raison de la pandémie de Covid-19, Stephan Ernst arrive au tribunal pour assister à l’ouverture de son procès. Ce néonazi est accusé du meurtre du politicien allemand Walter Lubcke, le 2 juin 2019.

© THOMAS LOHNES – AFP

16 juin 2020 à 15:26Temps de lecture2 min
Par E.D avec agences

C’est un procès qui attire tous les regards en Allemagne car il rappelle des heures très sombres. C’est la première fois depuis la Deuxième Guerre mondiale qu’une affaire de ce type est jugée en Allemagne. Certaines personnes ont d’ailleurs passé une partie de la nuit devant la Haute Cour régionale de Francfort pour être sûres de pouvoir y assister.

Allemagne : un crime néo-nazi qui effraie

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Suspecté d’avoir tué Walter Lübcke pour ses convictions

Dans le box des accusés : Stephan Ernst, 46 ans, proche de la mouvance néonazie. Il est suspecté d’avoir tué Walter Lübcke, un élu allemand de 65 ans, membre du parti conservateur CDU d’Angela Merkel. Le 2 juin 2019, Walter Lübcke se trouvait sur la terrasse de sa maison à Cassel en Hesse, lorsqu’il a été tué d’une balle dans la tête. Walter Lübcke était connu en Allemagne pour défendre la politique d’accueil des réfugiés. Cet événement avait réveillé le spectre du terrorisme d’extrême droite en Allemagne.

Le suspect a rencontré Walter Lübcke en 2015

Selon certains éléments de l’enquête, tout aurait commencé en 2015, quand le suspect et son complice présumé assistent à une réunion publique au cours de laquelle Walter Lübcke apporte son soutien à la politique d’accueil des migrants décidée en 2015 par la chancelière allemande Angela Merkel.

Cet épisode aurait ulcéré la mouvance d’extrême droite et aurait motivé le suspect à passer à l’acte. Walter Lübcke aurait donc été tué pour ses convictions orientées vers l’ouverture et la tolérance. Selon le parquet, Stephan Ernst, accusé aussi d’une tentative de meurtre à l’arme blanche en 2016 d’un demandeur d’asile irakien, a de plus en plus projeté sur Walter Lübcke sa haine xénophobe suite à cette réunion de 2015.

Un portrait de Walter Lübcke exposé lors de ses funérailles à Kassel, en Allemagne, le 13 juin 2019.
Un portrait de Walter Lübcke exposé lors de ses funérailles à Kassel, en Allemagne, le 13 juin 2019. SWEN PFORTNER – AFP

Un lourd passé, mais laissé sans surveillance

L’accusé est connu des autorités de longue date comme un sympathisant néonazi au potentiel violent. Des enquêtes sur son matériel informatique ont aussi révélé, selon plusieurs médias allemands, qu’il avait d’autres cibles potentielles en vue : des élus et une synagogue. Malgré son passé chargé, les services de renseignements avaient cessé ces dernières années de le surveiller. L’enquête a aussi révélé que la police n’a pas signalé à l’autorité délivrant des permis de port d’armes que le complice présumé était un membre toujours actif de l’ultra-droite. Cela lui a permis de se procurer pistolets et fusils.

Arrivée au tribunal de Markus Hartmann, accusé d’avoir aidé Stephan Ernst à tuer Walter Lübcke. Francfort, le 16 juin 2020.
Arrivée au tribunal de Markus Hartmann, accusé d’avoir aidé Stephan Ernst à tuer Walter Lübcke. Francfort, le 16 juin 2020. Thomas Lohnes – AFP

"Meurtre aggravé" et "tentative de meurtre aggravé"

Le parquet fédéral allemand, chargé des affaires les plus sensibles, accuse Stephan Ernst de "meurtre aggravé" et "tentative de meurtre aggravé". Il encourt la réclusion à perpétuité à l’issue de ce procès-fleuve qui est prévu pour durer au moins jusqu’à la fin octobre. Le complice présumé de Stephan Ernst, Markus Hartmann, est aussi dans le box des accusés. Il aurait aidé Ernst à s’entraîner au tir sans pour autant être "au courant des plans réels" de Stephan Ernst.

"Envoyer un signal clair contre la haine et la violence"

L’épouse et les deux fils de la victime, qui se sont portés parties civiles, ont tenu à assister au procès afin "d’envoyer un signal clair contre la haine et la violence", a expliqué le porte-parole de la famille, Dirk Metz, avant l’ouverture du procès. Leur avocat Holger Matt, s’est dit convaincu qu’il s’agissait d'"un meurtre planifié de sang froid, lâche et perfide, aux motivations les plus basses".

Un message "anti-racistes" du président allemand

En marge de ce procès, le président fédéral, Frank-Walter Steinmeier, a appelé les Allemands à s’engager activement contre le racisme. "Ce n’est pas suffisant de ne pas être raciste, nous devons être anti-racistes", a-t-il affirmé.

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