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Le projet éolien Katabata validé : "une source d’énergie renouvelable à l’infini" disponible au Groenland

© Université de Liège

22 août 2022 à 10:02 - mise à jour 22 août 2022 à 11:10Temps de lecture4 min
Par Fanchon Giltay

Il y a 2 ans, le projet Katabata voyait le jour. Lancé par Damien Ernst professeur à l’Uliège et spécialiste des questions énergétiques, et Xavier Fettweis chercheur qualifié FNRS à l'Uliège, son objectif se définit pat l’implantation de millier d’éoliennes au sud du Groenland. Dans un premier temps, le modèle MAR fut utilisé en simulation afin de modéliser ces vents. C’est par la suite que trois stations météorologiques ont été installées à divers endroits afin de mesurer en temps réel la capacité des vents catabatiques du Groenland.

Le modèle MAR, modèle atmosphérique régional, a été initialement développé par Hubert Gallée et repris par Xavier Fettweis au début des années 2000. Il s’agissait au début d’un projet spécialement établi pour les régions polaires. C’est un modèle climatique capable de faire un zoom sur une région bien définie, ce qui permet d’avoir une très bonne résolution spatiale. Le projet Katabata a été lancé dans le but de vérifier les hypothèses du modèle MAR, développé à l’Uliège. Il permet d’évaluer les changements futurs de la vitesse et de la puissance du vent au Groenland. (Retrouvez ici un article reprenant les dernières évaluations récoltées par les stations météorologiques sur place).

Station météo
Station météo © Université de Liège

Le vent serait une solution car il est non polluant et renouvelable de manière infinie.

Le réchauffement climatique est l’un des plus grands combats du 21e siècle. Une manière de le diminuer serait de remplacer des combustibles fossiles par des énergies renouvelables. "Le vent serait une solution car il est non polluant et renouvelable de manière infinie", nous confie Xavier Fettweis.

Ce qui est intéressant avec le Groenland, c’est que le vent dominant souffle dans la même direction que le vent catabatique qui est un vent local. Ce vent est produit lorsque les masses d’air arrivent sur la calotte du Groenland. Il se refroidit une fois en contact avec la glace et devient plus dense. Cet air, par gravité va descendre le long de la calotte. Ces masses descendent du nord vers le sud, dans la même direction que le vent dominant du Groenland. Ces deux vents s’additionnent et donnent des vitesses de vent exceptionnelles.

Un autre atout cette région est qu’elle n’est pas, voire très peu touchée par le réchauffement climatique qui affecte particulièrement les régimes de vent européens.

Au Groenland, le réchauffement climatique causera au pire une légère diminution de la puissance des vents en hiver mais ceux-ci soufflent tout de même à des vitesses très fortes.

Station météo
Station météo © Université de Liège

Deux différentes manières de transport de l’énergie s’offrent aux chercheurs.

La première serait de placer des câbles électriques entre le Groenland et l’Europe en passant par l’Islande, l’Irlande et l’Angleterre, qui rapatrieraient l’électricité.

La deuxième solution serait d’utiliser l’électricité générée par les éoliennes pour réaliser une électrolyse de l’eau afin de récupérer de l’hydrogène qui serait rapatrié par bateaux en Europe.

Une autre idée intéressante serait de capturer aussi du CO2 dans l’atmosphère et de le faire réagir avec l’hydrogène. De telles réactions pourraient produire toutes les chaînes de "CH" possibles, c’est-à-dire tous les hydrocarbures possibles, y compris du CH4, du gaz naturel dont le prix est extrêmement élevé pour l’instant. Les hypothèses de coûts se situent entre 70 et 200€/MWh contre près de 300€/MWh en ce moment pour le gaz naturel sur les marchés du gaz.

On pourrait tout de même se poser la question de l’impact sur la biodiversité au Groenland. Xavier Fettweis et Damien Ernst se voient rassurants sur le sujet. C’est un endroit fort désertique, sans végétation et avec très peu d’animaux, seulement quelques oiseaux. En raison du très mauvais climat du Groenland, la biodiversité y est donc extrêmement faible. Il n’est pas très agréable d’aller habiter dans cette zone de manière permanente, tellement les conditions météo sont mauvaises. On pourrait donc sans problème implanter un parc éolien dans ce genre de zones extrêmement peu peuplées.

© – Université de Liège

Suite à la guerre en Ukraine, le prix du gaz connaît une hausse encore jamais atteinte : "Nous traversons une immense crise du gaz que l’on paye actuellement à 300 euros le mégawattheure (MWh)", explique Damien Ernst.

Nous traversons une immense crise du gaz que l’on paye actuellement à 300 euros le mégawattheure (MWh).

Le projet Katabata donne la possibilité de mettre la main sur des substituts de combustibles fossiles qui peuvent être nettement moins chers et pour lesquels on ne financera pas de régimes autocratiques, comme la Russie par exemple, comme on le fait actuellement. L’énergie transportée du Groenland serait également de l’énergie décarbonée ce qui est très important pour la planète. Cela permettra à la Belgique d’avoir une économie totalement neutre en CO2 et de devenir indépendante de gaz russe.

À l’heure d’aujourd’hui, le modèle MAR et ses observations sont validés. La prochaine étape pour les chercheurs est de convaincre les industriels à investir dans le sud du Groenland pour y collecter cette énergie éolienne très abondante. Cela représente un investissement initial d’environ 10 milliards d’euros. Une fois cet investissement initial réalisé, les chercheurs espèrent que ce type de stratégie pour générer de l’énergie décarbonée sera répliquée dans de nombreux endroits du globe, ce qui serait un formidable espoir pour la transition énergétique.

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Nous avons rencontré Xavier Fettweis, l'un des fondateurs du projet.

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