Belgique

Le PTB en ordre de bataille pour 2024

25 nov. 2021 à 08:26Temps de lecture3 min
Par Bertrand Henne

Le PTB aura bientôt un nouveau président. Raoul Hedebouw est le seul candidat à la succession de Peter Martens. Mais Raoul Hedebouw sera-t-il vraiment le président ? La réponse à cette question n’est pas évidente.

Tactique

Ce n’est pas à une prise de pouvoir de Raoul Hedebouw à laquelle on assiste. Un Raoul Hedebouw qui aurait évincé Peter Mertens comme, par exemple, Charles Michel avait évincé Didier Reynders de la présidence du MR. Ce n’est pas non plus une passation de pouvoir comme Maxime Prévot au cdH avait succédé à un Benoît Lutgen en bout de course et désireux de se retirer.

Ni putsch, ni purge, ni succession. On assiste à une réorganisation tactique du PTB avant la grande échéance de 2024. Nous aurons cette année-là des élections régionales, fédérales, européennes et en octobre les élections locales, c’est-à-dire tous les scrutins possibles et imaginables. On est pile à mi-mandat, il reste deux ans et demi avant de voter, le PTB se met en ordre de bataille pour continuer son expansion.

Le PTB n’est pas le parti le plus disert sur sa popote interne, il faut bien l’avouer. Les informations sont plus parcellaires que dans d’autres partis et donc, les hypothèses et déductions sont peut-être moins solides que pour d’autres partis.

Communication

Partons, d’un fait, Raoul Hedebouw jouit aujourd’hui d’une très grande visibilité dans le sud du pays, un peu moins au nord. Or, Raoul Hedebouw s’impose comme le meilleur communicant, plus performant que Peter Mertens. En le propulsant à la présidence, le PTB lui transmet aussi le rond de serviette du parti dans les médias flamands pour tous les débats électoraux. Un rond de serviette qui reste encore à conquérir, plus que dans le Sud ou il est acquis grâce au travail de celui qui désormais peut se payer le luxe de n’être plus qu’un prénom Raoul.

Raoul Hedebouw à donc une première mission, s’imposer dans les médias flamands et mener une campagne 2024 qui sera axée sur l’unitarisme, l’opposition frontale au nationalisme. Or, si quelqu’un au PTB à bien un profil unitariste, c’est lui, les Wallons pensent qu’il est wallon et les Flamands savent qu’il est flamand.

Terrain

L’objectif c’est de conquérir l’opinion au nord du pays. Le travail médiatique du PTB s’accompagne d’un travail de terrain qui est l’autre racine de son succès et sans doute la racine la plus solide d’ailleurs. C’est l’autre objectif de cette manœuvre. L’organisation de sections locales, la formation de militants, le réseautage avec les milieux syndicaux, le porte à porte. On retrouve cette idée très marxiste léniniste d’être un parti d’avant-garde du communisme qui passe par une conquête des milieux ouvriers, ou milieux populaires avec une organisation très pyramidale.

Là aussi dans le contact avec la base, Raoul Hedebouw a démontré en Wallonie une force de conviction qu’il est chargé d’importer plus qu’aujourd’hui en Flandre. L’objectif de cette tactique étant évidemment de tailler des croupières au Vlaams Belang sur le terrain très vaste de la méfiance envers les partis traditionnels dans les milieux populaires, c’est le terrain de prédilection de Raoul Heddbouw. Il sera question de batailler aussi contre Vooruit et Groen sur le terrain plus étroit des classes moyennes qui votent encore à gauche.

Résultat, même si c’est en Wallonie que le PTB pourrait devenir premier parti, et éventuellement monter dans une majorité régionale, c’est bien en Flandre que l’œil du PTB est tourné.

Qui est le patron ?

C’est une question ouverte, mais il est probable que Raoul Heddebouw, en tout cas dans un premier temps ne sera pas le vrai patron. Car Peter Mertens devient “secrétaire général” et gardera sans doute la main sur la ligne politique du PTB avec l’autre homme fort du parti, David Pestieau qui reste vice-président. C’est peut-être un triumvirat qui va désormais diriger le parti. Dans ce quarteron marxiste l’autonomie de Raoul Hedebouw n’est pas à ce stade évidente à déterminer.

Voilà donc les PTBiste réorganisés pour tenter d’être à la hauteur de ce que le très libéral hebdomadaire anglais The Economist affirmait : la Belgique offre le meilleur espoir de l’union européenne pour l’idéologie marxiste. Si c’est la presse bourgeoise qui le dit, c’est que c’est vrai.

 

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