Chroniques

Le PTB joue au petit chimiste à Zelzate

Les coulisses du pouvoir

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23 juin 2022 à 06:45Temps de lecture3 min
Par Bertrand Henne

Le PTB remporte une victoire politique. Le Conseil d’Etat a validé le tax shift équitable mis en place à Zelzate, la seule commune ou les communistes sont en majorité. Pour le PTB c’est une étape importante dans la dédiabolisation.

Taxe sur les multinationales

Zelzate est une commune ouvrière située sur le canal qui relie Gand à la Mer du Nord. On y trouve des grandes entreprises comme Jan De Nul ou Arcelor Mittal. La majorité Vooruit/PTB, seule du genre en Belgique a mis en place ce qu’ils appellent un "tax shift équitable", selon le principe que les épaules les plus larges contribuent plus que les épaules les plus fragiles.

Il s’agit dans les faits d’une taxe sur les entreprises occupant plus de 5000 m² qui va rapporter près de 400.000 euros par an. Dans le même temps la commune diminue pour les ménages la taxe déchets et pour les indépendants la taxe environnementale qui va passer de 159 à 59 euros.

Ce tax shfit a été attaqué au conseil d’Etat par les entreprises visées par la taxe et par le VOKA l’association flamande des entreprises. Le conseil d’Etat a donné raison à Zelzate.

Le PTB au Balcon

Pour le PTB c’est tout un symbole. Car le parti fait face à plusieurs problèmes qui freinent son développement. Après l’échec des discussions qui ont suivi les élections communales de 2018 à Molenbeek et à Herstal, on lui reprochait de ne pas vouloir prendre ses responsabilités. On lui reprochait aussi de manquer de réalisme, de demander des mesures au niveau communal qui nécessiterait au minimum des compétences régionales, fédérales, voire européennes.

Ces reproches étaient largement fondés. Le PTB n’était pas prêt, n’avait pas l’expertise, n’avait pas le rapport de force et sans doute pas la culture démocratique pour aller en majorité avec le PS dans ses bastions. Le PTB a néanmoins décidé d’expérimenter le pouvoir local à Zelzate. Le rapport de force lui était plus favorable, il est quasiment au coude à coude avec Vooruit. Le terrain était moins difficile : un bastion ouvrier, en Flandre, où la pression médiatique est moindre et ou le PTB connaît mieux le terrain. Le premier élu du parti Chris Merckx a été élu en 1976 à Hoboken, une commune très similaire à Zelzate.

Petit chimiste

Et donc, à Zelzate, le PTB mène des expériences de laboratoire. Il joue au petit chimiste sous le contrôle étroit de la direction du parti. Comment articuler des compétences locales avec les idées marxistes de lutte des classes, qui doivent faire basculer la société ? Comment gérer au quotidien alors que le parti avance sur une stratégie de propositions phares très marquées idéologiquement : la taxe pour les riches, la suppression des accises sur les carburants? Mais la gestion d’une commune est assez loin de ce genre de slogan. Avec ce tax shift équitable le PTB réussit à la fois à envoyer le message qu’il peut gouverner, et qu’il peut matérialiser ses slogans au niveau local. On vote dans deux ans pour les communales, c’est donc un signal.

Révolution ?

On attendra le bilan final pour parler de révolution à Zelzate. Le tax shift équitable est en partie de la communication politique. Beaucoup de communes ont décidé de taxes qui touchent plutôt des grandes entreprises, par exemple des taxes sur des pylônes GSM, ou sur la superficie occupée. Ces taxes permettent souvent dans un budget de moins taxer les citoyens. Mais ces communes n’emballent pas cela dans un “tax shift équitable” et ne le présentent pas comme une prise de guerre dans la lutte des classes.

Il y a donc la fabrique d’un symbole derrière Zelzate. Le PTB veut envoyer le message que sa petite expérience fonctionne, que le laboratoire n’a pas explosé sous le coup d’une potion maladroitement secouée. Il envoie le message que le communisme sauce Hedebouw est soluble dans le socialisme sauce Conner Rousseau (même si Conner Rousseau semble plus occuppé à préparer une majorité avec la N-VA à Anvers). 

Ce message vaut pour le niveau local. Pour le niveau régional et le fédéral je suis beaucoup plus sceptique. Au niveau local, dans les bastions ouvriers et lorsque le rapport de force est équivalent entre les deux partis ça peut fonctionner. Le PTB a mis un petit doigt de pied dans le bain du pouvoir pour tester si l’eau n’était pas trop froide. Avec ce qui se passe à Zelzate, on peut considérer qu’il mettra sans doute quelques orteils en plus, mais pour le corps c’est encore trop tôt pour le dire.

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