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"Le Redoutable" : un Godard de vivre, du réalisateur Michel Hazanavicius

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01 sept. 2022 à 06:50Temps de lecture3 min
Par Liam Debruel

Le film de Michel Hazanavicius sur le célèbre réalisateur français passe ce 1er septembre sur La Trois.

Le cinéma de Michel Hazanavicius fait peut-être partie des plus fascinants dans le domaine de la production cinématographique française grand public. En effet, le réalisateur oscarisé pour “The Artist a su développer tout au long de sa carrière une filmographie jouant sur un aspect assumé de la nature fictionnelle de ses œuvres. Il suffit de voir son dernier film, "Coupez !", pour mieux apprécier ce rapport à une réalité parasitée par l’art cinématographique et inversement. Voir Hazanavicius s’attaquer à Jean-Luc Godard constitue alors un challenge passionnant par l’aura forte du réalisateur de “À bout de souffle”.
 

La barrière du réel et de la fiction

Louis Garrel, qui présentera au FIFF son nouveau film en tant que réalisateur, incarne le fer de lance de la Nouvelle Vague française. Alors que la réception de son dernier film est assez négative, le metteur en scène français se voit pris dans la spirale de Mai 68, au risque de lui coûter son couple avec sa femme, Anne Wiazemsky, incarnée par Stacy Martin. Le long-métrage mettra peu de temps à se réapproprier les codes du cinéma de Godard, n’hésitant pas à s’essayer à diverses expérimentations esthétiques ou de montage propre à sa figure principale. Pourtant, si le film marque un intérêt certain, c’est grâce à son traitement même de la figure Godardienne. Il y a un jeu de distanciation qui brise encore plus le rapport entre fiction et réel, notamment quand le personnage dit qu’on peut tout faire dire à un acteur, faisant joindre le geste à la parole.

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Ludisme cinématographique

 

En abordant Godard, Michel Hazanavicius continue surtout d’interroger notre propre regard sur la fiction et comment celle-ci nourrit l’individu. On peut penser à OSS 117 qui fait dériver le pastiche d’espionnage pour en sortir plus héroïque ou au “Prince oublié” qui abordait le conte pour mieux rapprocher un père de sa fille en pleine adolescence avec une esthétique proche du cinéma d’animation. Ici, le regard envers Jean-Luc Godard ne tombe pas dans le prisme du fan ou du détracteur mais vers la possible image que peut se donner un auteur aussi marqué dans son style. Cette porosité entre Jean-Luc l’humain et Godard le réalisateur profite alors de cette histoire d’amour perturbée par la politique et la vision d’un homme se voulant être une figure active d’une rébellion de jeunesse. En ce sens, les prestations de Louis Garrel et Stacy Martin apportent un meilleur ancrage émotionnel qui évite la satire facile et plutôt un regard attendri sur Godard.

 

Un faux Mépris

Dans son interview à l’époque de la sortie du "Redoutable", Michel Hazanavicius déclarait :

Je ne voulais pas faire un film ricanant. Je voulais faire un film qui respecte — mais tout ça est dans le livre — j’ai pris des éléments du livre, mais je trouvais qu’il y avait une dimension tragique. Il y a dans leur histoire d’amour un truc qui ressemble un peu au "Mépris" je trouve, dans la structure : un homme qui s’éloigne et cette femme le regarde partir, sans d’autre choix que de constater qu’elle ne l’aime plus. Je ne voulais pas gâcher ça. Je voulais le raconter pour de vrai.”

C’est peut-être cela la plus grande force du long-métrage : bien qu’il s’amuse avec sa figure centrale, jamais le metteur en scène ne s’en moque vraiment, préférant garder un humanisme incandescent dans son amour pour la fiction. Comme toujours, Hazanavicius célèbre notre rapport avec l’irréel pour mieux en tirer un amusement certain, un ludisme de traitement mais surtout une volonté de vraie émotion. Pari à nouveau réussi avec ce “Redoutable”, fausse comédie Godardienne et vraie lettre d’évocation pour la création et ce qu’elle engendre d’autodestruction.

“Le Redoutable” le jeudi 1er septembre sur La Trois et en replay sur Auvio.

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